15 septembre 2006

l'"Effroyable Imposteur : quelques vérités sur Thierry Meyssan"

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PRESENTATION DU LIVRE

Thierry Meyssan s’est fait connaître du grand public grâce à l’Effroyable Imposture, un livre proclamant qu’aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone le 11/09. Un best-seller traduit dans plus de 20 langues, en vente dans toutes les bonnes librairies du Moyen-Orient. Mais qui connaît vraiment Thierry Meyssan ?

L’homme a tour à tour été l’icône du courant sectaire chrétien charismatique, leader du mouvement gay, franc maçon et informateur privilégié des laïques, des antifascistes et des féministes, avant d’être aujourd’hui le héros des anti-américains, qu’ils soient d’extrême droite, d’extrême gauche ou islamistes… Grâce à des complots attribuant tous les malheurs du monde tantôt à l’Opus Dei, tantôt à l’extrême droite, tantôt au fantôme de François Mitterrand, tantôt à la CIA… Même le 11/09 !

Loin d’être ridiculisé par l’Effroyable imposture, son site internet, le Réseau Voltaire, n’a jamais été autant visité. Il alimente la paranoïa de militants et d’intellectuels aux quatre coins du monde, sans que personne n’ait jamais vraiment levé le voile sur les coulisses d’une telle imposture. Fiammetta Venner a choisi de le faire.

L'AUTEURE : Essayiste, directrice de publication de ProChoix, elle écrit depuis dix ans sur les réseaux intégristes, juifs, chrétiens ou musulmans, notamment dans Charlie Hebdo. Son chemin a plusieurs fois croisé celui de Meyssan, malgré elle. Ses mises en garde ont toujours été ignorées. Aujourd’hui, elle est décidée à dire ce qu’elle sait de Thierry Meyssan. Au nom du journalisme engagé. Dans l’espoir d’ouvrir un débat de fond sur les failles de l’information et sur la tentation complotiste de notre époque.

''L'Effroyable imposteur'', par Fiammetta Venner, ed Grasset

Disponible dans toutes les bonnes librairies

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Qui est vraiment Thierry Meyssan ?

Thierry Meyssan, né en 1957, est connu en France et dans le monde arabe pour son livre, ''l'Effroyable imposture'', selon lequel « aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone » et le 11 septembre est un complot de la CIA.

Il a entamé des études de sciences politiques, mais il est très vite exclu de l'IEP pour des raisons qui restent non élucidées. Il prétend « avoir été mis à la porte, sous Giscard d'Estaing pour "activités politiques contraires à la République".

Dans les années 70, né d'une famille bordelaise conservatrice, il a un temps été l'icône du mouvement charismatique, un mouvement sectaire et intégriste chrétien. Avant d'en être exclu. Son mariage ayant été annulé pour « homosexualité » par l'Eglise catholique le 17 janvier 1990.

Il rejoint alors le mouvement homosexuel, notamment à l'association Gais pour les libertés (GPL), d'où il se fait exclure le 10 janvier 1989 après s'être fait élire — au nom de l'association mais sans l'avoir consultée — Secrétaire général adjoint de l'International Lesbian and Gay Association. Il sera par la suite exclu d?autres associations gays et lesbiennes, notamment l'ILGA, pour pour s'être autoproclamé « secrétaire à l'information » (un titre qui n'existe pas),

Il prétend avoir créé la Maison des Homosexualités. Ce qui est contesté par tous ses fondateurs.

En 1990, il intervient dans l'affaire du pasteur Doucé, un religieux connu pour militer pour la dépénalisation de la pédophilie, mystérieusement assassiné, et que Meyssan fréquentait au sein du Centre du Christ Libérateur. Un local accueillant des réunions pour : « Sado-maso », « travestis », « transsexuelles » et qui consacre des mariages homosexuels. Meyssan écrira a plusieurs journaux pour attribuer sa mort à l?extrême droite avant de changer de version. Le pasteur Doucé aurait selon lui était tué par les Iraniens. Le 8 août 1990, il est entendu par la Brigade criminelle, qui ne prend pas sa déposition au sérieux. Mais Le Monde en fait état le 31 août 1990.

En revanche, en 1992, il créée le Projet Ornicar, destiné à se battre pour la liberté sexuelle, pornographique et à lutter contre la répression du proxéntisme. Le Projet Ornicar organise notamment un colloque sur le thème de « la pornographie en Europe » grâce au sponsoring de Gérard Menoud, un mécène condamné par la justice pour avoir « commercialisé des films consacrés à la représentation de la violence et aux perversions sexuelles dégradantes pour la personne humaine ».

En mars 1994, il fonde le Réseau Voltaire sur les traces du Projet Ornicar mais dans un but plus large : la défense des libertés (notamment de la liberté pornographique) mais aussi la laïcité. Le Réseau se bat notamment contre l'amendement Jolibois entré en vigueur le 1er mars 1994 et qui prévoit de punir sévèrement « le fait soit de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu'en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine ».

Par la suite, le Réseau Voltaire élargira son audience et son publique en organisant des manifestations contre la commémoration de Clovis ou contre la venue du pape en France en 1996.

Thierry Meyssan se revendique de la franc-maçonnerie, bien qu'il soit très contesté dans ces milieux aussi. Il se défend en expliquant : « Je suis franc-maçon dans la lignée des philosophes des lumières. J'ai donc une conception offensive de la maçonnerie qui peut paraître surprenante au regard de la dérive conformiste, voire affairiste, de quelques loges trop connues. »

Il semble toujours secrétaire du Parti radical de gauche. À ce titre, il a fait partie des équipes de campagnes de Bernard Tapie (élections européennes de 1994) et de la députée Christiane Taubira (élection présidentielle de 2002).

Il publie des enquêtes remarquées mais aussi contestées pour leur fiabilité sur l'extrême droite (en particulier sur le service d'ordre du Front national (parti français), qui mène à une enquête parlementaire), et sur l'Église catholique (par exemple l'Opus Dei), etc.

De 1996 à 1999, il est coordinateur suppléant du Comité national de vigilance contre l'extrême droite qui rassemble chaque semaine les 45 principaux partis politiques, syndicats et associations de gauche pour élaborer une réponse commune face à la montée de l'intolérance.

De 1999 à 2002, il succède à Emma Bonino à la tête de la Coordination radicale anti-prohibitionniste, une organisation internationale visant à lutter contre le crime organisé en mettant fin à ce qu'ils voient comme sa principale source de revenus, la prohibition des drogues.

Son livre de 2002, ''L'Effroyable imposture'', qui présente une thèse controversée sur le 11 septembre 2001, a été un ''best-seller'' mondial, traduit en vingt-sept langues, bientôt suivi par un second, ''Le Pentagate''.

Sa théorie présentent les attentats comme un complot interne aux États-Unis : « Les Tours jumelles, que l'on croyait être une cible civile, cachaient une cible militaire secrète. Peut-être que des milliers de personnes ont péri parce qu'elles servaient à leur insu de bouclier humain. La Tour 7 - mais peut-être aussi d'autres bâtiments et sous-sols - masquait une base de la CIA » (p.35).

Ce livre a d'abord été largement diffusée sur Internet puis son succès en librairie lui a valu un passage remarqué dans l'émission de télévision ''Tout le monde en parle'' de Thierry Ardisson, le 16 mars 2002. Thierry Meyssan a depuis présenté son livre dans le monde entier, notamment dans des pays arabes, en Amérique latine et en Europe. Il a demandé à l'Organisation des Nations unies d'ouvrir une enquête internationale sur les attentats du 11 septembre 2001, mais n'y est pas parvenu malgré le soutien que la Ligue arabe et le Conseil de coopération du Golfe lui ont apporté.

Dans ''l'Effroyable Imposture'', Meyssan affirme que ce n'est pas un avion mais un camion qui a déchiqueté la façade du Pentagone. Il changera d?avis et de version dans un second livre, le Pentagate, où il affirme que ce n'est pas un camion mais un missile qui a détruit la façade du Pentagone.

En réalité, ses théories sont le fruit de l'imagination d'un « réseau d'experts » plutôt douteux, composé d'un officier des renseignements poursuivi par la justice (Pierre-Henri Bunel), d'un commissaire membre de la direction générale des renseignements généraux (Hubert Marty-Varance), d'un passioné d'espionnage (Stéphane Jah) et d'un conspirationistes d'extrême droite (Emmanuel Ratier).

Depuis ce livre, Thierry Meyssan assure une forme de diplomatie parallèlle au service des intérêts iraniens, syriens, et même selon des anciens membres du Réseau Voltaire... chinois. Une dérive qui a provoqué le départs successif de plusieurs de ses administrateurs. Notamment Michel Sitbon, Jean-Luc Guilhem et Gilles Alfonsi. Dans un article paru sur amnistia.net, il proclame la « fin du Réseau Voltaire » et expliquent les raisons de leur départ sur : [[http://www.amnistia.net/news/articles/voltaire/voltaire_552.htm|http://www.amnistia.net/news/articles/voltaire/voltaire_552.htm|fr]]

Ils se disent notamment génés par des propos antisémites entendus au Conseil d'Administration et la présence de militants soutenant des thèses révisionistes. En effet, ces départs ont été compensés par l'arrivée de militants favorables au révisionismes et à l'islamisme : comme Bruno Drewski (suspendu de la revue la Pensée pour soutien à des thèses révisionistes), Claude Karnoouh (témoin à décharge lors du procès Faurisson, et co-auteur de "l'intolérable intolérance", un texte soutenant ceux qui relativisent l'existence des chambres à gaz...- et Issa el Ayoub (journaliste Syrien pro-Hezbollah et qui a défendu la chaîne Al Manhar).

Depuis le 11 septembre, le Réseau Voltaire a considérablement réorienté sa ligne vers la lutte contre l'impérialisme américain et le Moyen-Orient. Il a édité un jeu de cartes des responsables américains singeant celui édité pour les anciens dignitaires irakiens, pris la défense du Hebollah et de Al Manhar, et édie un bulletin en ligne qui traduit les communiqués de la « résistance irakienne ».

Son site, très visité, surtout dans le monde arabe et en Amérique latine, a inauguré une rubrique, Flagrant délit, où l'on peut lire qu'un « agent de la CIA revendique la prise d'otages de Beslan » (17 septembre 2004) ou encore que le meurtre de Théo Van Gogh ne serait pas du à un réseau islamiste mais à un complot de la CIA pour masquer un trafic d'armes avec les Pays-Bas (« L'assassinat de Theo Van Gogh », 8 novembre 2004). Ces news sont même disponibles en plusieurs langues.

En juin 2002, Thierry Meyssan a été déclaré ''persona non grata'' sur le territoire des États-Unis par le Département de la Défense américain. Selon une statistique du Département de la Sécurité intérieure, datée de juin 2005, plus de 3 000 ouvrages ont été publiés dans le monde pour ou contre Thierry Meyssan.

Fiammetta Venner

in http://prochoix.org/cgi/blog/index.php/2005/05/06/465-qui-est-vraiment-thierry-meyssan


Thierry Meyssan : la machine à fantasmes

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le Français le plus populaire dans les pays arabes, ce n’est pas Zidane, mais Thierry Meyssan. C’est ce qu’a découvert Fiammetta Venner en 2002, lors d’un séjour à Amman, en Jordanie. « Thierry Meyssan, c’est l’honneur de la France », lui a dit le libraire, la voyant feuilleter la traduction arabe de L’Effroyable imposture (1), trônant entre le Protocole des sages de Sion et une réédition de Mein Kampf… Rentrée à Paris, Fiammetta Venner décida de s’atteler au portrait de cette vedette de la presse engagée et alternative, et de retracer minutieusement son parcours, des années soixante-dix à nos jours. Parcours tortueux, à l’image d’un charlatan sinistre qui est parvenu, à force de manœuvres, à être de tous les combats de gauche, avant de connaître enfin la gloire en s’attaquant à l’empire du mal américain et au complot sioniste. La première fois que Thierry Meyssan a eu sa photo à la « une » d’un journal, c’était en 1986, en couverture de l’hebdomadaire catholique La Vie. On le voyait place Saint-Pierre, à Rome, les bras levés, extatique, au milieu de ses compagnons du Renouveau charismatique venus célèbrer la Pentecôte au Vatican. La photo, prise dix ans plus tôt, n’était pourtant presque plus d’actualité. En 1986, Dieu n’intéresse plus beaucoup Meyssan. Il s’apprête à devenir l’un des porte-parole de la cause gay, en attendant de combattre l’extrême-droite et de batailler pour la liberté d’expression à la tête du Réseau Voltaire. Il retrouvera toutefois le Très-haut — du moins ses proches collaborateurs — en septembre 2002 : invité en Iran pour y présenter l’Effroyable imposture, il sera reçu en héros par les huiles du régime, fondamentalistes en tête. Cinq mois plus tôt, c’est à Dubaï qu’il connaissait le triomphe. Cet amoureux de la vérité a-t-il parlé avec ses nouveaux amis de ses combats passés, pour la laïcité, les droits des homosexuels, les sites pornos ?… Dans l’itinéraire soigneusement calculé de Thierry Meyssan, si les causes changent avec l’air du temps, les moyens ne varient jamais : ce sont toujours les mêmes divagations complotistes, assénées avec le même aplomb. Fiammetta Venner démontre par les faits que le délire qui a présidé à l’écriture de l’Effroyable imposture n’est pas né du jour au lendemain. Chez Meyssan, la paranoïa est autant une folie qu’un système. La machination est partout et lui sert d’explication à toutes les questions en suspens — et, à l’occasion, à régler ses comptes personnels. Il remplit les trous des enquêtes et répond aux interrogations légitimes que soulève parfois l’actualité avec des « informations » dignes du plus cinglé des mythomanes, mais qui, à chaque fois, trouvent preneur. Quand il affirme que c’est Mitterrand qui a créé le DPS (service d’ordre du Front national) pour protéger Mazarine, Noël Mamère reprend le « scoop » en direct sur LCI… Lorsqu’une explication s’effondre, il en trouve une autre. Dans ses engagemments comme dans ses thèses, Meyssan n’a pas peur du grand écart. Ainsi, le pasteur Doucé, mystérieusement assassiné, a d’abord été victime d’un complot du PS, puis d’une conspiration d’extrême-droite, avant de faire les frais d’agissements occultes du régime iranien. À l’en croire, le monde ne serait qu’un gigantesque lobby homo-facho-socialo-judéo-maçonnique. Mais loin de le considérer comme un simple affabulateur, Fiammetta Venner estime au contraire que Thierry Meyssan fait preuve d’un réel talent « pour coller à son époque et répondre à la demande ». La demande, tout le problème est là. Comme le souligne l’auteur, quand on écoute Meyssan, on se fait peut-être plaisir, mais on n’apprend rien. Il ne dit que ce que l’on attend qu’il dise. Il agite la machine à fantasmes. C’est précisément ce qui séduit chez lui. Encore aujourd’hui, malgré les élucubrations publiques de son fondateur, le Réseau Voltaire reste une source de renseignements considérée comme fiable par de nombreux journalistes et hommes politiques de gauche. Alors même que récemment, on a pu lire sur le site internet du réseau que le meurtre de Théo Van Gogh est le fait d’un complot de la CIA destiné à masquer un trafic d’armes avec les Pays-Bas… Au-delà du portrait qu’elle dresse d’un personnage peu fréquentable mais trop souvent courtisé, Fiammetta Venner s’interroge sur les devoirs de la presse militante : « Je reste impressionnée de voir à quel point cet homme a su utiliser toutes les failles, saisir toutes les opportunités, pour détourner un genre aussi noble que la presse engagée au service de sa propre gloire, au mépris de toutes les règles, celle de la vérité et surtout celle de la responsabilité. Faire ce portrait, c’était avant tout faire le procès de cette tentation conspirationniste qui empoisonne l’esprit critique et la pédagogie, deux valeurs dont le devoir d’informer ne saurait se passer ». Deux valeurs dont Meyssan, ceux qui l’écoutent, le suivent et le relaient avec gourmandise, en revanche, se passent fort bien.

Gérard Biard

mercredi 9 mars 2005

in http://prochoix.org/cgi/blog/index.php/2005/03/09/278-thierry-meyssan-la-machine-a-fantasmes

Posté par Nath Szuchendler à - - Permalien [#]