24 avril 2007

Nicolas Sarkozy face à Tariq Ramadan : le match trompeur

Le duel entre Nicolas Sarkozy et Tariq Ramadan lors de l’émission « 100 Minutes pour convaincre » du 20 novembre 2003 a été suivi par près de 6 millions de téléspectateurs. Il existe un contentieux entre les deux hommes. Ramadan refuse la « nationalisation de l’islam » voulue par le ministre, par principe et par crainte de se voir couper de sa base de l’UOIF. Sarkozy, lui, ne pardonne pas à Ramadan de lui avoir mis des bâtons dans les roues lorsqu’il cherchait à faire du CFCM une réussite personnelle. Rendez-vous est donc pris pour régler les comptes en direct… Le ministre, au mieux de sa forme, vif et pertinent, pousse Ramadan dans ses retranchements comme personne ne l’avait fait auparavant.

Il dénonce la fameuse tribune de Tariq Ramadan sur les « intellectuels juifs » comme une « faute » : « Quand on écrit, on pense avec sa tête, pas avec sa race. Votre article n’était pas une maladresse, c’était une faute. Parce que les Juifs, ce n’est pas comme les Auvergnats ou les Parisiens. Il y a eu la Shoah... » Ramadan se défend en rappelant qu’il a toujours condamné les attentats antisémites. Il ne voit pas pourquoi il ne pourrait pas qualifier des intellectuels par leur religion : « On m’appelle intellectuel musulman ; j’ai écrit intellectuels juifs, je n’y voyais pas malice. » Son discours est nettement plus embrouillé lorsque Nicolas Sarkozy s’en prend à son frère : « Votre frère Hani a publié une tribune dans laquelle il justifiait la lapidation des femmes adultères. C’est monstrueux, ce ne peut être que le fait d’un déséquilibré ! » Là, devant des millions de Français ahuris, Ramadan ne dit pas la phrase qui pourrait le sauver, quelque chose comme « je condamne la lapidation » ou « je ne suis pas d’accord avec mon frère ». Il préfère botter en touche en évoquant un moratoire : « Je demande un moratoire pour qu’on cesse l’application de ces peines-là dans le monde musulman. Ce qui compte, c’est de faire évoluer les mentalités. Il faut un discours pédagogique. » La salle est sous le choc. « Un moratoire ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Nous sommes en 2003 ! », s’écrie le ministre de l’Intérieur.

K.O. ?
Le lendemain, la presse unanime salue le K.O. Libération titre : « Sarkozy se paye le double discours de Ramadan ». En revanche, personne n’a relevé l’ironie de la situation : Nicolas Sarkozy a déstabilisé Ramadan en lui reprochant la tribune sur la lapidation de son frère, Hani Ramadan… qui se trouve être le maître à penser de l’UOIF — soit l’organisation que Sarkozy a choisi d’institutionnaliser au sein du CFCM et qu’il défend contre toute critique. Il refuse de les qualifier d'"intégristes", vante leurs mérites pour combattre le salafisme et défend même leur conception de la laïcité : « Si Fouad Alaoui dénonce deux intégrismes, l’intégrisme laïque et l’intégrisme musulman, je ne peux ni ne veux lui donner tort (...) Les deux doivent être rejetés avec une égale intensité ! » écrit-il dans son livre La République, les Religions, l'Espérance (Cerf).

En 2006, comme depuis des années, Hani Ramadan était l’invité incontournable du congrès annuel du Bourget — où Sarkozy est allé tôt saluer l’islam de France au lendemain de la création du CFCM. La plupart des brochures de l’UOIF sont signées de lui. Mais il enseigne également la bonne parole dans les locaux de l’association Tawhid à Lyon. Des associations féministes ont protesté contre cet enseignement auprès du ministre de l’Intérieur, qui a refusé d’intervenir au nom de la liberté d’expression.

Caroline Fourest

in http://prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/04/24/1508-nicolas-sarkozy-face-a-tariq-ramadan-le-match-truque

Posté par Nath Szuchendler à - - Permalien [#]