24 avril 2007

Nicolas Sarkozy mise sur la religion pour sauver les banlieues

Ce renversement inquiétant visant à présenter la religion comme une source d’espoir apaisée et les laïcs comme des intégristes menaçant l’intérêt commun est au cœur du livre de Nicolas Sarkozy La République, les religions et l’espérance. Pas publié n’importe où : aux Éditions du Cerf, une maison d’édition chrétienne. Et pas en n’importe quelle compagnie, puisque Nicolas Sarkozy a écrit son livre en collaboration avec Thibault Collin, de la Fondation de service politique, soit la fondation intellectuelle et politique de l’Opus Dei.

Sous couvert d’une discussion polie, le ministre de l’Intérieur signe un livre de combat contre la conception française de la laïcité — qualifiée de « laïcité sectaire ». Nicolas Sarkozy souhaite la remplacer par une « laïcité positive », que d’autres chercheurs appellent aussi « laïcité ouverte » ou « nouvelle laïcité », c’est-à-dire par une laïcité inspirée du modèle anglo-saxon. Une vraie trouvaille dans le contexte actuel, alors que justement les Anglais paniquent en découvrant combien leur modèle favorise gentiment l’intégrisme ! Mais contrairement à ce que l’on croit, l’intégrisme en banlieue n’empêche pas Nicolas Sarkozy de dormir.

Au contraire, il y verrait plutôt un moyen efficace pour mettre tout le monde sous Lexomil : « Partout en France, et dans les banlieues plus encore qui concentrent toutes les désespérances, il est bien préférable que des jeunes puissent espérer spirituellement plutôt que d’avoir dans la tête, comme « seule religion », celle de la violence, de la drogue ou de l’argent. » Il défend meme le rôle positif que pourrait jouer certaines organisations comme l’UOIF pour remettre les quartiers populaires dans le chemin : « La réalité, c’est que l’UOIF mène, sur le terrain, un travail utile contre des adversaires autrement plus dangereux pour la République : les salafistes », écrit-il.

La barbe pour masquer le vide libéral
En Angleterre, cette approche, façon realpolitik appliquée au social, a conduit Tony Blair à miser sur les Frères musulmans et sur Tariq Ramadan pour combattre les salafistes djihadistes. Un faux pari absolu. Puisque les Frères musulmans n’ont aucun impact sur ces ultra-radicaux (qui les prennent pour des guignols) mais distillent un islam liberticide d’autant plus dangereux pour le vivre-ensemble qu’il bénéficie désormais de la bénédiction de l’Etat. La France va jusqu’à présent mieux que l’Angleterre de ce point de vue (un musulman anglais sur trois veut vivre selon les lois de la charia, contre 27 % en France). Encourager les fondamentalistes à remplacer les travailleurs revient à abandonner le terrain aux prédicateurs intégristes, sexistes, homophobes et antisémites et reproduire les erreurs de l’Angleterre. Sarkozy ne peut pas l’ignorer, mais il ne veut rien entendre. Antoine Sfeir confirme : «Sur l’UOIF, nous avons été des dizaines à le mettre en garde, mais il n’y a rien à faire.»

Et pour cause… En bon ultra-libéral fasciné par les républicains américains, Sarkozy privilégie l’«espérance spirituelle» sur l’«espérance sociale» autant par conviction chrétienne que par pragmatisme économique. Les travailleurs sociaux, les associations citoyennes maintiennent un lien social qui fait barrage à l’intégrisme, mais ils coûtent cher en subventions. Or Nicolas Sarkozy n’y voit qu’un ramassis de petites mafias ayant détourné l’argent de l’État.

En novembre 2005, devant le Mouvement national des élus locaux réunis à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), il a fait une déclaration stupéfiante : « Tout l’argent mis par les gouvernements de gauche et de droite depuis vingt ou trente ans dans les politiques de la Ville a été en partie détourné par une économie souterraine qui a pollué l’économie réelle dans ces quartiers. » Les religieux, eux, ne coûtent pas 1 euro et ramènent l’« espoir ». Or Sarko doit faire des économies. S’il investit dans les banlieues, ce sera pour construire des mosquées.

Caroline Fourest & Fiammetta Venner


Les Frères musulmans comme rempart aux salafistes ?

Les Frères musulmans — dont s’inspire l’UOIF — aiment tout particulièrement agiter le danger salafiste pour se poser en rempart et soigner leur image de juste milieu. Ils oublient toutefois de préciser qu’ils sont eux-mêmes salafistes, c’est-à-dire fondamentalistes, même s’ils ne sont pas littéralistes. Ils sont peut-être moins caricaturaux que les salafistes djihadistes ou séparatistes, mais ils n’en sont pas moins intégristes. Et ils n’ont rien d’un rempart. Prenons l’exemple d’Abdelkader Bouziane, cet imam de Vénissieux expulsé pour avoir prêché qu’un homme pouvait corriger sa femme si elle le trompait. Un imam salafiste, formé à l’étranger et parlant mal le français que Nicolas Sarkozy a érigé en contre-modèle et expulsé pour montrer sa fermeté. L’UOIF, qu’il présente comme un antidote à ce type d’imams, dispose d’un institut de formation pour imams bien français, celui de la Nièvre. Les journalistes ont multiplié les reportages vantant les mérites de ce type d’institut où l’on forme des imams labélisés « Islam de France ». Mais qui sont les mentors théologiques de cet institut ? Qui servent de modèles aux imams formés par l’UOIF ? Hani Ramadan, l’homme qui justifie les châtiments corporels, et Youssef al-Qaradhawi, auteur d’un livre sur le Licite et l’Illicite en islam qui sert de « bible » aux militants de l’UOIF. Or qu’écrit-il dans ce livre ? Qu’il est licite de battre sa femme ! Quel rempart….

in http://prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/04/24/1513-nicolas-sarkozy-mise-sur-la-religion-pour-savuer-les-banlieues

Posté par Nath Szuchendler à - - Permalien [#]