Délation via l’école

Avec un président persuadé que certains fœtus ont le gène de la pédophilie, il est logique que le fichage génétique et social des élèves s’accélère…

Les badges « mon enfant est fiché » illustré d’un code-barres, font fureur en ce moment à Rennes, ville à la pointe de la mobilisation (*) contre « Base Elèves 1er degré ». Ce fichier gigantesque de tous les enfants scolarisés en France, auquel la police et les maires pourront avoir accès sous certaines conditions, sera généralisé à la rentrée 2007-2008. Les directeurs d’école seront alors tenus, sous peine de sanctions, de renseigner cette banque nationale d’informations détaillées sur les élèves, conçue en 2004 par Luc Ferry puis développée de  façon expérimentale par François Fillon et Gilles de Robien, ses successeurs au ministère de l’Education nationale.   

                                                                                                                  

« Base Elèves » permet de savoir pas mal de chose sur chaque enfant ( jusqu’à présent, chaque école constituait son propre fichier pour gérer les élèves, et ce fichier restait dans l’école) : lieu de naissance, année d’arrivée en France, coordonnées de l’ensemble des adultes responsables de l’enfant (parents, tuteurs, hébergeurs, baby-sitters..), aides sociales, absentéisme, parcours scolaire (redoublements…), langues vivantes étudiées, horaires et mode de transport domicile-école, horaires et mode de garde avant et après l’école… De quoi susciter la méfiance des parents et enseignants : il est probable qu’à l’avenir « Base Elèves » ne serve pas qu’à produire des statistiques à des fins pédagogiques.                                                                                                                                                  

Vu le contexte politique, il y a même des raisons de croire qu’il sert à débusquer les comportements jugés déviants. La loi Sarkozy sur la délinquance du 5 mars 2007 a modifié le code de l’éducation et enjoint aux maires de croiser les fichiers d’élèves avec les fichiers d’attribution d’aides sociales – afin par exemple de supprimer les allocations familiales aux parents d’enfants coupables d’absentéisme. Les renseignements sur la nationalité et l’origine pourraient être aussi utilisés par la police pour expulser les étrangers. « Base Elèves » se transforme donc indirectement les enseignants en délateurs…

Difficile cependant de faire la grève du renseignement : comme l’a expliqué Nicolas Sarkozy dans son courrier-réponse du 19 avril aux parents d’élèves des écoles publiques  d’Acigné (Ille-et-Vilaine), « Base Elèves »  doit servir à « rendre compte avec exactitude des moyens utilisés et des résultats obtenus ». Pour gagner plus, va falloir dénoncer plus !

(*) http://cf.geocities.com/cle_chat_chevre 

    http://assoguillevic.neufblog.com 

       

Emmanuelle Veil 

In Charlie-Hebdo du 16 mai 2007