28 mai 2007

La Moscow Pride assiégée par ses opposants ( Têtu )

Les militants gays et lesbiens ont du faire face à des opposants extrêmement violents.

Les opposants à la gay pride ont peut-être cru qu'il s'agissait d'un signe de Dieu: une pluie drue s'est abattue dès le début de l'après-midi sur Moscou, et n'a cessé qu'à la fin des hostilités contre les militants homos. En guise de gay pride, c'est en fait à une nationalist pride à laquelle nous avons dû faire face. Les organisateurs de la marche avaient appelé à déposer des fleurs auprès de la flamme du soldat inconnu, située à deux pas de la place Rouge et du Kremlin. Mais dès 14 heures, les policiers en avaient fermé l'accès. On craignait les heurts entre nationalistes et militants homos; ils ont bien eu lieu. En effet, près de 200 opposants, composés de babouchkas, de jeunes skinheads, de Cosaques et de membres de groupes extrémistes orthodoxes ont voulu s'adonner à une démonstration de force. Au cri de «Moscou n'est pas Sodome!», ils s'en sont pris très vite à la cinquantaine de militants LGBT éparpillés sur la place qui jouxtait la flamme. Nikolaï Alekseev, l'un des organisateurs de la pride, a été immédiatement arrêté, pendant qu'un député nationaliste russe pouvait faire tranquillement son discours contre les homosexuels présents. «J'ai trouvé une solution pour eux: la Sibérie», cria-t-il fièrement.

Les arrestations de militants ont continué, telle celle de Philippe Lasnier, conseiller du maire de Paris (photo). Jets d'œufs et de tomates contre les «goliboi» (un terme péjoratif utilisés pour parler des gays en russe), et des insultes accompagnaient le tout. Dans une confusion quasi générale – il était difficile de savoir qui appartenait à quel camp –, cette petite foule s'est ensuite dirigée à 500 mètres de là, sur la place située en face de l'Hôtel de Ville, lieu où était initialement prévu le rassemblement pour la gay pride. Les arrestations se sont poursuivies: Ievguenia Debrianskaia, l'une des leaders du mouvement lesbien russe, a notamment vite été appréhendée et conduite dans un bus de la police. Tandis qu'il répondait à une interview, le député vert allemand Volker Beck, qui avait dit ce matin que «le gouvernement allemand avait les yeux braqués sur la Russie et que les conséquences de la manifestation seraient étudiées lundi au Bundesrat», a été, sous nos yeux, pris à parti par un nationaliste, puis a été blessé au visage, par un jet de pierres semble-t-il (voir photo de nos confrères).

La police est alors tardivement intervenue, mais pour arrêter le député. Il est resté une heure en détention sans qu'on lui en explique la raison et ce, malgré son passeport diplomatique. Lors d'une brève conférence de presse, il s'est engagé à rencontrer l'ambassadeur d'Allemagne avant son départ et a critiqué la police qui ne s'est pas interposée face à ses agresseurs. D'après nos informations, un militant homo moldave aurait également été frappé et serait actuellement à l'hôpital. «L'entrée dans le parc [qui mène vers la tombe du soldat inconnu, ndlr] était fermée et il y avait une foule de gens à l'extérieur que l'on pourrait décrire comme des néofascistes, a raconté Robert Wintemute à l'AFP. Il y a eu une rixe, les néofascistes ont frappé Merlin Holland [le petit-fils d'Oscar Wilde, ndlr] à coups de pieds.» Les policiers ont, dans cette affaire, plutôt cherché à séparer les militants LGBT des skinheads mais sans réel succès, il faut bien reconnaître. Ils auraient arrêté 100 à 150 personnes, dont deux tiers au moins seraient des nationalistes. Contacté lors de sa détention, Nikolai Alekseev nous disait aller bien. Les festivités prévues ce soir (dont le concert de Desireless, une star en Russie), ont été annulées. Cette nuit, chaque camp devrait faire ses comptes.

Emmanuelle Cosse, Blaise Gauquelin

in http://prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/05/28/1616-la-moscow-pride-assiegee-par-ses-opposants-tetu

Retrouvez le dossier complet de Têtu consacré à la Moscow pride en cliquant ici

Posté par Nath Szuchendler à - - Permalien [#]