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Depuis quelques jours, circule (à nouveau) sur Internet une photographie de Jean-Marie Le Pen lors de l'une de ses visites à Anvers. Le président-fondateur du Front national français y est accompagné d’un certain… Bart De Wever, le président de la NVA, le parti nationaliste flamande associé aux démocrates-chrétiens du CD&V. Problème : la NVA devrait devenir l'un des maillons du futur gouvernement fédéral, avec le CD&V, les libéraux (VLD et MR) et les démocrates-humanistes francophones (cdH). Retour sur une polémique dévoilant une fois de plus les liens d'une certaine « droite » avec l'extrême droite.

La photo de Jean-Marie Le Pen avec Bart De Wever date de 1996. Elle a été prise après une conférence organisée à Anvers par le Vlaams-nationale Debatclub, un cercle de réflexion idéologique favorable notamment à la fin du « cordon sanitaire » isolant l'extrême droite sur l'échiquier politique. Lié directement au Vlaams Blok / Belang (VB), ce club préconise l'unité de tous les courants de la droite dans une seule force politique et organise dans ce but des conférences-débats *

Ex-lepéniste futur ministre fédéral ?

Bart De Wever est aujourd’hui le patron de la Nieuw-vlaamse alliantie (NVA), la formation nationaliste flamand issue en 2001 de l’aile ultradroite de l’ex-Volksunie. Depuis, la NVA est en cartel électoral avec les démocrates-chrétiens du CD&V (l'ex-CVP). Elle est également à la table des négociations pour la formation du futur gouvernement fédéral. Bart De Wever en est même un des acteurs clés.

Alors que cette photo recommence à circuler sur le Net (elle était déjà apparue, il y a quelques années, sur le site de Filip Dewinter, le numéro 2 du VB), la justification donnée par un Bart De Wever embarrassé serait simplement risible si l'arrivé de la NVA n'était pas programmée dans le prochain gouvernement fédéral.

« J’avais juste fini mes études et je pensais que c'était une occasion unique de pouvoir entendre Le Pen, qui était à l'époque un personnage de poids dans la politique française. Je suis un légaliste, avec des convictions démocratiques, mais j'ai une conception anglo-saxonne de la liberté d'expression : dans une démocratie, tout le monde doit être libre d'exprimer son opinion, même si c'est une opinion que je déteste. Et je préfère toujours avoir une information de première main que de manière filtrée » (1).

C'est la raison pour laquelle, Bart De Wever paradait avec Le Pen. Son rattachement à la liberté d'expression l'aurait-il poussé également à fréquenter des conférences altermondialistes ou de la gauche radicale ? Il semble que son intérêt allait uniquement en direction d'une certaine droite, bien singulière : populiste, xénophobe et nationaliste.

Sérieux hiatus supplémentaire : De Wever et Le Pen se sont encore revus à l’enterrement de Karel Dillen, le fondateur du Vlaams Blok, figure historique de l’extrême droite flamande et auteur de la traduction en néerlandais du premier livre négationniste. Son enterrement ne se passait pas il y a dix ans. Il se déroulait en mai dernier, juste avant les élections législatives...

Pierre EYBEN &  Alexandre VICK

(1) Source : La Libre Belgique du 31 août 2007.

* Vlaams-nationale Debatclub :
    les connexions lepéno-flamandes

Bart De Wever, l’actuel président du parti flamand NVA, a rencontré pour la première fois Jean-Marie Le Pen, le dirigeant de l’extrême droite française, en 1996. Lors d’une conférence organisée, à Anvers, par le Vlaams-nationale Debatclub.

Ce « club de débat national-flamand » est apparu en 1980. Officiellement apolitique, il est fortement influencé par un corpus politique d’extrême droite, en particulier celui développé par le Vlaams Blok, aujourd’hui agissant sous le nom de Vlaams Belang (VB). Depuis sa création, ce club organise régulièrement des débats avec des personnalités connues du monde politique, médiatique ou des affaires comme Mark Grammens (publiciste), Filip Dewinter (dirigeant du VB), Roeland Raes (alors vice-président du VB), Siegfried Verbeke (responsable de VHO, une association négationniste fondée à Anvers)...

Des Français ont également été ses conférenciers : Jacques Isorni (un des avocats du maréchal Pétain), Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch (numéro 2 du parti lepéniste)...

Dans le comité directeur de ce club de débat, on a retrouvé notamment Walter Peeters (sénateur blokker) et d’autres membres du Blok ou de Were Di, un cercle de réflexion nationaliste, aujourd’hui disparu, fondé par des anciens nazis et Karel Dillen, le président-fondateur du VB. Le 4 octobre prochain, une conférence aura lieu pour évoquer le souvenir de ce dernier. L'initiative de cet «événement » en revient au... Vlaams-nationale Debatclub.

Alexandre VICK

© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be –

Article mis en ligne le 9 septembre 2007

in http://www.resistances.be/warddebever.html