Quelques éléments biographiques.

En 1969, Ayaan Hirsi Ali nait le 13 novembre à Mogadiscio, dans une famille de cinq filles, un garçon, quatre épouses et un mari.  Elle vit en Somalie jusqu'à l'âge de 6 ans, et subit l'excision sur les voeux de la grand-mère maternelle à 5 ans.

Au milieu des années 1970, elle s'enfuit du pays avec son père, opposé au dictateur en place. Ils passent un an en Arabie Saoudite, un an et demi en Ethiopie, puis vivent plus de 11 ans au Kenya où elle suit ses études secondaires.

En 1991, elle fuit un mariage forcé que son père avait arrangé avec un cousin éloigné résidant au Canada, qu'elle n'a jamais vu, et rejoint l'Europe.

En 1992, elle s'installe en Hollande où après y avoir appris la langue, elle étudie la science politique et exerce parallèlement divers métiers : femme de ménage, assistante en politologie et plus tard interprète.

En 1997, Ayaan est enfin naturalisée. Elle s'engage dans la lutte pour l'émancipation des femmes musulmanes, démontrant que même aux Pays-Bas beaucoup sont victimes de châtiments corporels et  d'abus sexuels. Elle soutient le Gouvernement dans la remise en cause du financement des programmes  multiculturalistes, qui maintiennent les musulmanes isolées de la vie sociale hollandaise. C'est le début des menaces de mort qu'Ayaan Hirsi Ali commence à endurer. Elle quitte le Parti socialiste qui refuse de s'attaquer aux dérives islamistes, prétextant ne pas vouloir jouer en faveur du leader populiste Pym Fortuyn.

Aha03En 2003, elle est élue députée libérale (parti VVD) à la seconde chambre du Parlement. Ses propos contre l'Islam lui valent une condamnation à mort de la part des fondamentalistes. Elle écrit le scénario d'un court-métrage sur le statut de la femme dans l'Islam rigoriste, Submission. Le film est réalisé par Théo van Gogh, arrière petit-neveu du peintre Vincent van Gogh, cinéaste gay connu pour son franc-parler et ses prises de position contre l'Islam.

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En 2004, Submission est diffusé sur la chaîne de télévision hollandaise VPRO. Ce huis clos présente une femme nue sous un voile noir, au regard d’une profonde tristesse. Cette épouse prie Allah, puis l’interroge sur la situation des musulmanes qui subissent la loi patriarcale de maris tyranniques. Son corps est le support de versets coraniques relatifs aux femmes, puis celui de sévices maritaux. Le spectacle à la fois sobre et étouffant s'avère un bilan caustique de la condition des femmes en pays islamique.

Théo van Gogh est assassiné par un islamiste le 2 novembre alors qu'il se rend à bicyclette à son travail. Ayaan Hirsi Ali est cachée pendant 75 jours par les services de sécurité avant de réintégrer le parlement. Lors de l'enquête sur l'assassinat de Théo van Gogh, les forces de l'ordre découvrent un nouveau projet d'élimination de la députée libérale, qui devait se dérouler à l'occasion du réveillon du 31 décembre 2004.

Fin 2004, des musulmans hollandais tentent d'engager un procès contre Ayaan Hirsi Ali pour interdire toute discussion sur l'Islam et pour empêcher la réalisation du projet Submission 2 relatif à l’oppression de l’individu par les textes coraniques. Le 15 mars 2005, le Tribunal de La Haye rejette le recours des intégristes et aussi le retour de la censure. 

En 2005, la députée hollandaise Ayaan Hirsi Ali et le poète dissident cubain Raoul Rivero reçoivent, en Espagne, le Prix de la Tolérance pour leur combat respectif.  "Ayaan Hirsi Ali, Raúl Rivero et Théo van Gogh nous ont enseigné, par leur exemple, que la liberté et la dignité humaine ne s'obtiennent et ne se conservent pas en disant oui à tout le monde. Quand une personne a pour unique option de dire oui à tout et à tous, elle est en réalité une esclave" déclare alors la présidente de la Communauté autonome de Madrid, Esperanza Aguirre.

Assistant au colloque sur les violences contre les femmes, organisé au Parlement européen à l'occasion de la journée internationale de la femme le 8 mars 2005, Ayaan Hirsi Ali propose la création d'une cour et d'un procureur européens pour traiter les cas de violence conjugale. Dans l'Union européenne, une femme sur cinq est victime de mauvais traitements. Menacée de mort et estimant en outre que l'Islam n'est pas "l'ami des femmes", Yaan Hirsi Ali exhorte l'Europe à ne pas tolérer la violence religieuse. 

Signatories_12En février 2006, Ayaan signe le Manifeste des 12 contre le totalitarisme, initié par Caroline Fourest et Mehdi Mozaffari (Danemark) en pleine affaire des dessins sur Mahomet, co-signé par onze autres personnalités engagées dans la défense du droit à la liberté d'expression face à l'obscurantisme : Chahla Chafiq, Caroline Fourest, Bernard-Henri Lévy, Irshad Manji, Mehdi Mozaffari, Maryam Namazie, Taslima Nasreen, Salman Rushdie, Antoine Sfeir, Philippe Val, Ibn Warraq. Ce manifeste été relayé dans plusieurs langues et plusieurs pays.

En mai 2006, Rita Verdonk, ministre de l’Immigration et membre du parti VVD (libéral)-comme Ayaan-, prononce la déchéance de la citoyenneté de la député athée de 36 ans, que l’on appelle "l’insoumise de La Haye" en référence à l’un de ses ouvrages. Il lui est reproché d’avoir "menti" sur son identité lors de sa procédure de naturalisation, en se présentant comme étant Ayaan Hirsi Ali alors que son patronyme est Magan. Le premier est celui de son grand-père, le second, celui de son père. Le droit somalien, indifféremment, autorise le choix entre l’un et l’autre. La controverse éclate après la diffusion télévisée d'une interview de membres de la famille de la jeune femme. Ayaan a toujours expliqué qu'elle avait du mentir sur son parcours pour obtenir son statut de réfugiée, son parti sachant qu'elle avait changé de nom pour échapper aux recherches de sa famille. L'affaire provoque un tollé au Parlement jusqu’au sein du VVD, dont R. Verdonk voulait par ailleurs prendre la direction.

En juin 2006, grâce à une forte moblisation, Rita Verdonk, ministre de l'Immigration recule et rend à Ayaan Hirsi Ali sa nationalité.

Le 15 janvier 2007, Ayaan a reçu le prix Martin Luther King aux Etats-Unis, décerné par le Congress of Racial Equality (CORE) qui a tenu son 23ème congrès.

En octobre 2007, diverses personnalités demandent à ce que la protection d'Ayaan soit assurée, et que lui soit accordée la citoyenneté d’honneur par le gouvernement français. Publiée dans Libération le 22 octobre dernier, le texte est paraphé par Antoine Audouard, Nicole Bacharan, Antoine Basbous, Pascal Bruckner, André Comte-Sponville, Chahdortt Djavann, Luc Ferry, Alain Finkielkraut, Michèle Fitoussi, Caroline Fourest, André Glucksmann, Bernard-Henri Lévy, Abdelwahab Meddeb, Olivier Rubinstein, Mohamed Sifaoui, Dominique Simonnet, Michel Taubman, Phil. Val, Marc Weitzmann, Dominique Sopo, pdt de SOS-Racisme et Karim-Hervé Ben Kamla, pdt de l'amitié judéo-musulmane.

Voir  "Ayaan Hirsi Ali l'insoumise", par Caroline Fourest in http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2006/05/25/510

Nathalie Szuchendler