10 décembre 2007

Le gouvernement Sarkozy accueille le dictateur Kadhafi

Après ses dernières déclarations lors du sommet de l'Union Européenne, à Lisbonne, où il a justifié le recours au terrorisme par les "faibles" et fustigé la "dictature" du conseil de sécurité, Mouammar Kadhafi est accueilli en "grandes pompes" à Paris pendant cinq jours. Durant cette visite, il résidera à l'hôtel Marigny, près de l'Elysée, où il a planté sa tente de bédouin dans le jardin de cette résidence pour y recevoir ses hôtes.

Pendant la journée internationale des droits humains

Le début de cette visite coïncide avec la journée internationale des droits de l’homme. "Nous ne voulons pas que l’assassin et ses victimes se croisent à Paris'" a déclaré Christiana Valtcheva, l'un des personnels médicaux bulgares libérés en juillet, après une détention de huit années en Libye. Les infirmières et le médecin, anciens prisonniers des geôles libyennes, ont en effet différé un voyage prévu à Paris. Aux dires de Nicolas Sarkozy, le colonel Kadhafi aurait renoncé au terrorisme et au nucléaire... Son porte-parole Saïf al-Islam, qui n'est autre que son propre fils, avait d'ors et déjà annoncé des signatures de contrats concernant l'achat d'équipements militaires, d'avions airbus et d'un réacteur nucléaire, soit une dépense libyenne de plus de trois milliards d'euros. Même sans bénéficier du privilège d’une visite d’Etat, Kadhafi doit aussi être reçu à l’Assemblée nationale, visiblement en qualité de personnalité estimable... fit des actes terroristes et des droits humains bafoués en toute légalité au pays du "guide" ! Sarkozy n'a aucun état d'âme à ménager un dictateur dont l'influence est d'autant plus grande au Darfour, au Tchad, en République Centreafricaine qu'il avait tenté de s'immiscer dans l'affaire de l'Arche de Zoé en novembre. "J’ai dit au colonel Kadhafi que j’encouragerai son retour à la respectabilité internationale. Si nous n’accueillons pas des pays qui prennent le chemin de la respectabilité, que devons-nous dire à ceux qui prennent le chemin inverse ?" explique le président de la République française. "La seule façon de sortir par le haut, puisque maintenant Kadhafi accepte de rentrer dans le jeu international normal, c'est d'aller jusqu'au bout de cette démarche, en faisant en sorte que les droits de l'homme soient respectés dans son pays", déclare Rama Yade qui invite le leader libyen à éluder "toute provocation" dans cette affaire, "sans oublier les gestes forts indispensables pour les 170 victimes de l'attentat du DC-10" en 1989. Pour Bernard Kouchner, '"en libérant les infirmières bulgares de leurs longues tortures qui, pour nous, étaient un obstacle à la reprise des relations commerciales normales, nous avons servi les droits de l'homme plus que nos concurrents", mais "il n'est pas question d'oublier le nom des victimes qui lui furent imputées".

Des polémiques suscitées par la visite du tyran à l’Assemblée

L'opposition dénonce l'accueil français réservé à Kadhafi. François Hollande accuse Sarkozy de recevoir un "dictateur qui s'est compromis dans des actes terroristes" et "qui vient ici avec ses pétrodollars acheter des armes", tandis que Jean-Marc Ayrault, député P.S, demande l'annulation de la visite "inacceptable" du colonel à l'Assemblée nationale, et annonce un retrait du groupe socialiste à cette occasion. "La France reçoit le colonel Kadhafi parce que le colonel Kadhafi a libéré les infirmières bulgares et parce que le colonel Kadhafi s'est engagé dans un processus de réintégration dans la communauté internationale" déclare François Fillon en prétendant que ce serait le moyen pour que la Libye "redevienne progressivement un pays où les droits de l'Homme soient respectés." Le "Guide" de la révolution a certes rejoint le “concert des nations”, mais Le Livre vert, son ouvrage de référence écrit en 1976 et présentant le projet politique "kadhafiste" comme une troisième voie entre capitalisme et communisme, prône l'interdiction de la presse, l'absence d’élections, la futilité de la vie culturelle...On y apprend notamment que “la presse est un moyen d’expression de la société, et non le moyen d’expression d’une personne physique ou morale. Logiquement et démocratiquement, elle ne peut être la propriété ni de l’un, ni de l’autre.” Pour Kadhafi, la coexistence de plusieurs religions dans un même pays est génératrice de conflits : “La règle juste veut que chaque nation ait sa religion : c’est le contraire qui est anormal. De cette anomalie naît une situation malsaine, origine de graves différents au sein de la communauté nationale.” Ainsi fait-il appliquer la charia, d'autant plus aisément qu'une femme “est avant tout une femelle”, qu’elle “est la maîtresse de maison car tel est le statut convenable et nécessaire de celle qui subit l’affaiblissement menstruel”. L'existence en Libye est d'ailleurs tellement idyllique que “ceux qui façonnent eux-mêmes la vie n’ont pas besoin de l’imaginer à travers le jeu des acteurs de théâtre ou de cinéma”. Le Livre Vert pourfend la démocratie : “49% des électeurs sont gouvernés par un système qu’ils n’ont pas choisi et qui, au contraire, leur a été imposé. Et cela est la dictature. Il ne reste au peuple que cette apparence qu’illustrent les longues files d’électeurs venant déposer dans l’urne leurs bulletins de vote”. Quant à la vie politique, elle ne se réduit qu'à la présence d'un parti unique, parce Kadhafi considère “qu’un comité ou un Parlement légifère pour la société, cela est injuste et antidémocratique.” Les partis politiques sont donc interdits en Libye parce qu'ils sont jugés comme l’expression d’une minorité...

Par ce geste officiellement diplomatique et officieusement pédagogique, le gouvernement Sarkozy permet non seulement à Kadhafi de se refaire une jeunesse, mais légitime aussi son commerce avec un dictateur devenu un nouvel “ami”  respectable de la France. Et son nouveau client.

Nathalie Szuchendler

lundi 10 décembre 2007

Article Nath Szuchendler consultable in

http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/12/10/1859-le-gouvernement-sarkozy-accueille-le-dictateur-kadhafi

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