À Latran comme à Ryad, le chanoine Sarkozy a confirmé toutes nos craintes : son pontificat sera désespérément hostile à l’esprit de 1905.

Le Vatican n’en revient toujours pas. Jamais un président français n’avait martelé avec autant de conviction combien les racines de la France « étaient essentiellement chrétiennes ». Dans son élan, la France monarchique de droit divin, « fille aînée de l’Église », a subtilement été revalorisée au détriment de la France de 1789 et de 1905. L’Histoire de France lui pardonnerait si notre président parlait du passé. Mais ces « racines essentiellement chrétiennes », Nicolas 1er entend bien les conjuguer au présent : « Arracher la racine, c’est perdre la signification, c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale ». Voilà donc le christianisme devenu le ciment de notre « identité nationale ». Quand on vous disait que cette notion sentait le renfermé…

Pour le reste, le discours de Latran ne fait que reprendre le credo de son livre, La République, les religions et l’espérance, paru en 2004. Nicolas Sarkozy y affirmait déjà la supériorité de « l’espérance spirituelle » sur « l’espérance sociale » : « Pour fondamentale qu’elle soit, la question sociale n’est pas aussi consubstantielle à l’existence humaine que la question spirituelle ». À l’entendre, depuis le siècle des Lumières, aucune « morale laïque » — ni l’« émancipation des individus », ni la « démocratie » — n’aurait « été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens à l’existence ». Il dit rejoindre Benoît XVI sur ce point. Sauf qu’il n’est pas pape mais président de la République. Autrement dit chargé de l’espérance sociale et non de l’espérance spirituelle… Même François Bayrou, pourtant très chrétien, y voit un retour inquiétant à la religion comme « opium du peuple ».

Le pouvoir d’achat n’est pas au rendez-vous ? Ne désespérez pas. Sniffer plutôt un peu de « politique de civilisation ». Dans sa miséricorde, au cas où il vous resterait un gramme de cerveau critique disponible, le président a prévu d’étendre la culture du pavot à hosties : « Bien sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de tout forme d’intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y est beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent ». Autrement dit, plus de Français qui croient…

Le programme est clair. Les athées sont des incapables dépressifs, les caisses sont vides pour financer l’espérance sociale, alors on incite les religieux à prendre les choses en main. Notamment en banlieue. Nicolas Sarkozy déplore souvent qu’elles soient devenues « des déserts spirituels ». Comme si la confessionalisation du lien social dans les quartiers populaires était une priorité. Le plan n’a pas changé depuis son passage au ministère de l’Intérieur, alors qu’il était chargé des relations avec les cultes : refuser que la police s’occupe du lien social… Pour mieux le laisser aux imams — même radicaux — que l’on appelle à la rescousse quand les voitures crament.

À Latran, il a trouvé « injustes », les critiques sur la façon dont il a mis en place le Conseil français de culte musulman. À Ryad, il a redit sa volonté de « faciliter la construction de Mosquées en France ». En présence des hauts dignitaires de la monarchie wahhabite, il a tenu à définir l’intégrisme comme la « trahison de la religion » et non comme son excès. De toute façon, « Dieu n’asservit pas l’homme mais le libère ». Heureusement. Car notre président l’a décrété : « Dieu est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme ». Amis athées, retournez à votre dépression, vous n’appartenez plus au genre humain…

Caroline Fourest et Fiammetta Venner

in Charlie-Hebdo du mercredi 23 janvier 2008