egalibre, blog de Nathalie Szuchendler

une activiste éducative et prochoix

31 janvier 2008

Arabie Saoudite : quelques miettes pour les femmes

Un décret royal vient d’autoriser les Saoudiennes à séjourner seules dans les grands hôtels "sans être accompagnée d'un Mahram" (tuteur). D’après la déclaration de Mofleh Al-Qahtani, vice-président de l'Association nationale des droits de l'Homme (ANDH), cette autorisation sera soumise à des règles strictes concernant l’emplacement des chambres réservées aux clientes. Selon une circulaire du ministère saoudien du Commerce et de l'Industrie, les chambres des femmes devront en effet être éloignées de celles des clients- masculins, cela va sans dire. Une pièce d’identité sera nécessaire pour accéder aux hôtels dont la direction en informera le poste de police le plus proche, tout "en lui fournissant une copie de la carte d'identité" de la cliente.
Les milieux féminins ont accueilli favorablement cette mesure permettant de faciliter les déplacements des femmes à l’intérieur du pays, en particulier des femmes d'affaires qui essuient souvent les refus des hôtels parce que non-accompagnées d’élément masculin. En Arabie saoudite, qui applique rigoureusement les principes du wahhabisme, une femme ne peut se trouver en compagnie d'un homme n'appartenant pas à sa famille proche, c'est-à-dire son grand-père, son père, son oncle, son mari, un fils, un frère. Elle ne peut pas voyager sans autorisation de son mari ou d'un homme de sa famille. Ainsi une Saoudienne ne peut obtenir de passeport sans la présence du mari ou d’un membre masculin de sa famille proche. Ni d’ailleurs contracter un prêt. Vêtue de manière "correcte", c’est-à-dire couverte de la tête aux pieds, elle ne peut également manger seule dans un restaurant, n’a pas le droit de conduire, et reste privée des droits civiques (¹)
L’Arabie Saoudite est le seule pays de la planète à interdire aux femmes de conduire, qu’elles soient saoudiennes ou de nationalité étrangère. Les femmes dépendent totalement d’un parent masculin pour aller travailler, faire diverses démarches ou se faire soigner. Les familles les plus argentées engagent des chauffeurs pour 216 à 360 euros par mois. Mohammed Al-Zulfa, membre du conseil consultatif de la Shura (une assemblée de dignitaires religieux), avait demandé en mai 2005 une réflexion sur la possibilité d'autoriser les femmes de plus de 35 ou 40 ans à conduire seule en ville et accompagnée d'un chaperon sur les routes nationales… Cette proposition pourtant rétrograde avait déclenché un tôlé parmi ses collègues, qui lancèrent des appels au limogeage et au retrait de sa nationalité !
D’après le monde.fr (²), des Saoudiennes ont visiblement fait circuler, dès janvier, une pétition sur le net adressée au roi Abdallah, pour obtenir la levée de cette interdiction dans l’année 2008. Tandis qu’une ONG pour la défense des droits des femmes est mise en place sous le vocable "projet Ansar Al-Marah" (Les Partisans de la femme). D’après Soulimane Al-Salmane, l'un des fondateurs de la future organisation, "aider les femmes à obtenir leurs droits, qui sont ignorés ou abolis par la loi ou les coutumes, ne contredit pas l'islam, qui ne prive pas la femme de ses droits de disposer de son propre argent, de conduire ou de choisir son mari". En somme, il est temps de permettre à la femme saoudienne de jouir pleinement des droits potentiels que la charia peut lui octroyer ! Du 04 au 13 février à l'invitation de Ryad, Yakin Ertürk, rapporteuse spéciale de l'ONU sur la violence contre les femmes, rencontrera des représentants du gouvernement saoudien, des élus et responsables locaux, des officiels des Nations Unis et des "victimes de la violence". On imagine qu’elle se rendra au pays de la famille Saoud pour défendre la condition féminine, en "abaya", en "hijab", ou au pire sous "niqab".

Nathalie Szuchendler

(¹) http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/11/24/1839-arabie-saoudite-la-victime-d-un-viol-collectif-condamnee-a-la-flagellation-et-a-la-prison

(²) http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-34080123@7-60,0.html

Voir aussi :http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/01/17/1885-arabie-saoudite-discours-de-nicolas-sarkozy-devant-le-conseil-consultatif

Jeudi 31 janvier 2008
Article Nath Szuchendler consultable in


http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/01/31/1905-arabie-saoudite-quelques-miettes-pour-les-femmes

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Une laïcité de chanoine, par Caroline Fourest

Article paru dans Le Monde - édition du 31/01/2008

cfourest_carteblancheLa laïcité à la française vit-elle ses dernières heures ? "La société a changé", nous dit Michèle Alliot-Marie. La loi de 1905 est censée suivre. Elle nous annonce une modification, non pas de sa lettre, mais de son esprit, par circulaire ou par décret. Encouragé par de tels propos, le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, demande carrément un "moratoire".    

Personne ne peut prétendre être surpris. Nicolas Sarkozy l'avait promis, et même écrit en 2004 dans La République, les religions et l'espérance : un livre de combat contre une conception stricte et ambitieuse de la laïcité à la française, qualifiée de "sectaire". Il envisageait même de modifier l'article 2 - selon lequel "l'Etat ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte" - pour financer des lieux de culte sur fonds publics. Sentant que cela ne passerait pas, il s'est vite rabattu sur une solution plus discrète : décloisonner les associations de type 1905 et de type 1901 pour pouvoir financer le religieux via le culturel. Une suggestion du président de la Fédération protestante, retenue par la commission Machelon mise en place par Nicolas Sarkozy, et que Michèle Alliot-Marie promet d'appliquer en pleine remontée des intégrismes.

Officiellement, il s'agit d'aider l'islam à rattraper son retard. L'argument séduit même à gauche. Les mêmes n'accepteraient jamais que l'on touche à la laïcité pour financer le culte chrétien ou juif, mais si c'est pour l'islam... Mais de quel retard nous parle-t-on ? Si les fidèles sont nombreux et manquent d'un lieu de culte, ne peuvent-ils pas se cotiser ? Bien sûr que si, et c'est ce qu'ils font. D'après les chiffres du bureau des cultes du ministère de l'intérieur, le retard est pratiquement rattrapé. L'islam des caves n'est plus qu'un fantasme. Sur les 30 caves recensées par les services de renseignements, la plupart ont été remplacées par des salles de prières officielles, passées de 1 555 à 2 000 entre 2001 et 2006. Soit presque autant que le nombre de lieux de culte évangéliques, en pleine explosion avec 1 800 lieux recensés. Alors que 3 % des Français sont musulmans et 2 % protestants, il s'ouvre chaque année en moyenne 34 lieux évangéliques et 16 mosquées.

Jamais, depuis un siècle, la France n'avait connu une telle frénésie dans la construction de lieux de culte. Il en pousse un par semaine, souvent avec l'aide des élus locaux, de gauche ou de droite, désireux d'entretenir les clientèles religieuses. C'est dire si le dynamisme actuel devrait bien vite combler les besoins des musulmans français, dont un tiers seulement se déclarent "croyants et pratiquants", et dont seule une petite minorité va à la mosquée.

L'Etat a-t-il tellement d'argent à dépenser qu'il faille le consacrer à encourager cet islam collectif, souvent politique, au détriment de l'islam individuel ? Cet argent, nous dit-on, permettrait de mieux contrôler l'islam radical. Rien n'est plus illusoire. Les mosquées radicales, comme celles de l'UOIF - une organisation inspirée par les Frères musulmans légitimée par Nicolas Sarkozy au sein du Conseil français du culte musulman -, ont déjà leurs mécènes et déclinent l'offre d'une aide de l'Etat assortie d'un contrôle. D'ailleurs, à moins de revenir à un système concordataire, comment l'Etat pourrait-il contrôler le contenu d'un prêche ? Et de quel droit ?

Le seul moyen de protéger l'islam contre les influences étrangères et intégristes serait d'obliger tous les fonds destinés au cultuel à passer par la Fondation pour les oeuvres de l'islam, imaginée sous Dominique de Villepin. Et de l'étendre à tous les cultes par souci d'équité. Un comité de sages, républicains et laïques, se chargerait de redistribuer l'argent ainsi collecté. Autrement dit, il ne faut pas assouplir l'esprit de 1905, mais le durcir.

Au lieu de financer le retour du religieux, on pourrait surtout consacrer cet argent au social et au culturel. Par exemple en vue de réduire le nombre d'élèves par classe dans les quartiers populaires. Mais ce n'est pas la priorité de notre président, pour qui un instituteur ne remplacera jamais un prêtre ou un pasteur. A l'entendre, le plus grand mal dont souffrent les banlieues serait d'être devenues des "déserts spirituels". Sachant que l' "espérance" passe à ses yeux par le religieux, le nouveau nom du plan banlieue - baptisé "Espoir banlieue" - a de quoi inquiéter.

Mais que l'on ne s'y trompe pas : la volonté de décloisonner le cultuel et le culturel servira surtout le christianisme. En particulier le renouveau évangélique à tendance sectaire, que Nicolas Sarkozy juge "évidemment positif" et sur lequel il mise ouvertement pour reconquérir les banlieues. Toujours dans ce fameux livre, il consacre un chapitre entier à la reconnaissance des "nouveaux mouvements spirituels", du nom donné aux Etats-Unis à ce que nous appelons en France des sectes. On pense à des mouvements comme les Témoins de Jéhovah ou la Scientologie, incroyablement chouchoutés lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l'intérieur. Michèle Alliot-Marie annonce vouloir revoir "les qualifications pénales" envers les "dérives sectaires". Pour les assouplir, bien sûr. La "laïcité positive", c'est-à-dire à l'anglo-saxonne, n'a pas fini de nous surprendre.

Une_laicit__de_chanoine

in http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/01/31/une-laicite-de-chanoine-par-caroline-fourest_1005856_0.html 

                                 

Posté par Nath Szuchendler à 20:28 - Laïcité - Permalien [#]

28 janvier 2008

Plus fort que les petits pains ...

      

              Plus_fort_que_les_petits_pains

                        

                          in Charlie-Hebdo du mercredi 23 janvier 2008

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27 janvier 2008

Le gouvernement turc veut libéraliser le port du voile

La Turquie se trouve confrontée au projet de constitution rétrograde du Parti de la justice et du développement, au moment où s'est déroulé à Madrid le très consensuel forum "Alliance des civilisations" sous l'égide des Premiers ministres espagnol et turc. Des personnalités politiques musulmanes étaient de la fète, dont le secrétaire général de la Ligue Arabe Amr Moussa, le secrétaire général de l'Organisation de la conférence islamique Ekmeleddin Ihsanoglu, le Premier ministre malaisien Abdullah Ahmad Badawi, et la reine Noor de Jordanie. Du côté des initiatives censées faciliter la tolérance, l'émirat wahhabite du Qatar -grand producteur de pétrole et membre de l'OPEP- a décidé de créer un réseau de cent millions de dollars pour financer des fondations aidant à l'intégration des jeunes musulmans. Recep Tayyip Erdogan qui s'apprête à liquider la séparation de l'Etat et de la religion dans son propre pays, a aussi proposé ses services à une réunion noyautée par des pays islamistes qui cherchent à faire passer la pilule théocratique, y compris en apportant des solutions visiblement financières à un prétendu choc des civilisations. Le deuxième forum de cette Alliance se tiendra en 2009 à Istanbul, qui se prépare actuellement à vivre des changements politiques majeurs.

Au commencement était l'affaire L. Sahin
Postulant qu’il est chimérique de vouloir légiférer l’espace individuel des libertés, le vice-président du parti au pouvoir en Turquie (AKP, issu de la mouvance islamiste) a annoncé que le gouvernement turc envisageait de faire réviser la constitution et d'abolir notamment l'interdiction du foulard islamique en université. Depuis son arrivée au pouvoir en 2002, l'AKP tente d’infléchir le régime politique turc dans le sens islamique en commençant par gommer cette proscription qui résulte des arrêts de la Cour constitutionnelle et du conseil d'Etat turcs. Même si le Premier ministre issu de ce parti, R.T. Erdogan, certifie ne considérer la question du voile qu’en terme de respect des droits fondamentaux. Des débats ont déjà eu lieu à ce sujet, notamment à l’occasion de l'affaire Leyla Sahin qui avait été portée devant les tribunaux. Leyla Sahin était étudiante en médecine en 1998, lorsque le rectorat d'Istanbul émit une circulaire selon laquelle les étudiants barbus et les étudiantes portant le foulard islamique ne pouvaient être admis ni aux cours, ni aux stages, ni aux travaux dirigés. Exclue du système universitaire dont elle refusait la loi laïque sur le voile, Sahin alla poursuivre ses études à Vienne. Elle saisit en 2004 la Commission européenne, soutenant l'argument selon lequel l’interdiction du port du foulard islamique dans les établissements de l’enseignement supérieur en Turquie, viole les droits et libertés énoncés aux articles 8 (droit au respect de la vie privée et familiale), 9 (liberté de pensée, de conscience et de religion), 10 (liberté d'expression) et 14 (interdiction de la discrimination) de la Convention européenne des droits de l'homme. En novembre 2005, la Chambre débouta L. Sahin en appel. L’Assemblée décréta en effet que non seulement l'interdiction du voile dans les universités turques ne violait pas les libertés fondamentales, mais elle jugea cette prohibition potentiellement nécessaire pour préserver le régime laïc face à d'éventuels mouvements extrémistes.

Le président retire son plumage
Depuis la victoire de l’AKP aux dernières législatives et l’arrivée d’Abdullah Gül à la présidence, la "Constitution civile" promise par le gouvernement Erdogan constitue pour les "kémalistes" une menace pour la laïcité mise en place après des décennies de lutte. Une première version avait été rendue publique par un comité d’experts dirigée par le constitutionnaliste, Ergun Özbudun, en septembre dernier. La commission constitutionnelle de l'AKP y aurait inclu une disposition permettant de 
lever l'interdiction, dans un article consacré au droit à l'éducation dont personne ne pourrait être privé en raison de ses vêtements. Cette mesure insisterait sur la déontologie de la fonction publique, qui se doit de traiter sur un pied d’égalité les usagers du service et prévenir toute ségrégation fondée sur l’habillement. C’est au nom de la liberté que les dirigeants de l’AKP défendent la levée de l’interdiction de ce qu’ils appellent pudiquement désormais "basörtüsü" (foulard) et non plus "turban" (foulard islamique), comme dans les années 90. L’une des grandes craintes laïques se trouve ainsi fondée : la levée de l’interdiction du port du voile pour les usagers de la fonction publique, qui constitue encore le bastion de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, peut aussi affecter les fonctionnaires eux-mêmes et faire basculer le pays dans une sorte de régime théocratique à moyen terme. En outre, les cours de religion étant prévus par la Constitution de 1982 qui les a rendus obligatoires dans l'enseignement primaire et secondaire, le projet AKP à vocation islamique ne peut que les maintenir. Abdullah Gül lors de son élection à la présidence avait garanti qu'il soutiendrait le principe de séparation entre l'Etat et la religion. “Ses véritables intentions politiques” dénoncées par le Parti républicain du peuple (CHP) peuvent actuellement être considérées comme "dévoilées", sous prétexte de faire avancer la laïcité en direction d'un régime plus équitable. Qu’ils proviennent indifféremment de l'armée, du système judiciaire, de l’enseignement supérieur, les défenseurs turcs de la laïcité considèrent le port du foulard comme un signe d'appartenance à l'islam politique.
Le projet de Constitution qui est aussi le cadre d'une alliance entre l’AKP et le MHP (parti nationaliste) n'est pas encore officiellement publié. Cousu de libertés essentielles “avec le plus grand consensus possible”, il devrait faire l’objet d’un référendum avant d’être présenté au Parlement à la fin de l’année.

Nathalie Szuchendler

Voir “Turquie : entre les militaires et les islamistes” in http://egalibre.canalblog.com/archives/2007/09/09/6167644.html

dimanche 27 janvier 2008

Article Nath Szuchendler consultable in

http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/01/27/1898-en-turquie-le-gouvernement-est-pare-a-autoriser-le-hijab

Posté par Nath Szuchendler à 14:49 - Articles - Permalien [#]

Congrès du MRAP 2008 : les universalistes s'opposent à la direction Aounit

L’Opposition du Mrap quitte ses postes dans la direction nationale et organise une coordination des comités locaux

La direction majoritaire du Mrap a, par sa politique centrée sur la seule défense d’un président en place depuis vingt ans entraîné une chute inexorable de reconnaissance et d’effectifs. Après s’être, lors du dernier Congrès, engagée dans la direction nationale sur une liste unique pour enrayer ce processus, l’opposition avait déjà choisi en 2007 de ne plus participer aux instances de direction, après la tenue de l’assemblée générale 2006 bloquée sur presque tous les sujets et le constat de l’inutilité de sa présence à tous les niveaux.

Elle propose désormais d’organiser une coordination de comités locaux, de fédérations et de militants individuels qui veulent voir le Mrap retrouver ses valeurs fondatrices.

Devant le Congrès qui s’annonce, et refusant de continuer de cautionner plus avant cette politique l’opposition appelle adhérents, comités et fédérations qui le souhaitent à participer à cette coordination.

Elus au dernier congrès sur une liste unique recomposée, nous avons tenté pendant un an d’animer le mouvement sur les questions suivantes :

- luttes contre toutes les lois liberticides s’attaquant à tous les droits acquis en matière d’immigration (Perben, Sarkozy, Hortefeux) ; régularisation des sans-papiers ; luttes contre les discriminations ; travail sur les mémoires de la guerre d’Algérie, tout particulièrement la question des harkis dans un contexte de construction citoyenne et historique ; réflexion sur la nouvelle configuration géo-politique internationale issue de la bipolarisation du monde théorisée par les « fondamentalistes » de tout bord ; réflexion sur la structuration d’un communautarisme revendiqué par la droite sarkozyste et certains mouvements de la gauche ; réflexion sur les nouvelles manifestations du racisme autres que celles venant de la droite ou de l’extrême droite classiques…

Sur ces sujets, nous avons organisé sans participation de la direction deux colloques à portée nationale (à Marseille, sur les intégrismes ; à Bourgoin, sur les harkis, Les Chemins de l'appartenance), et participé activement à Marseille au colloque sur la colonisation organisé par Evelyne Verlaque et l’association Survie.

Malgré nos incessantes mises en garde et en dépit de tous nos efforts, la direction nationale a continué à :

- encourager la mise en concurrence des mémoires et les replis communautaristes ; enfermer dans l’identité religieuse les citoyens d’origine arabe ou maghrébine, incluant toutes les populations victimes de ségrégation et de racisme dans une seule identité « arabo-musulmane » ; centrer la défense antiraciste autour des seules populations dites « arabo-musulmanes », déclarées assimilées aux populations discriminées ; taxer toute critique et interrogation sur les pratiques et régimes totalitaristes liés à l’islam politique comme « islamophobes » ; refuser d’étudier la nouvelle configuration géo-politique internationale créée par les fondamentalistes religieux - américain ou islamistes radicaux ; refuser d’étudier les nouvelles manifestations et utilisations de l’antisémitisme venant actuellement d’autres mouvements que de droite ou d’extrême droite.

La direction ne s’est ainsi pas démarquée d’une idéologie dangereuse tendant à diviser le monde en deux « axes » - du « bien » et du « mal », notions inversées selon qu’il s’agisse des adeptes de Bush ou des islamistes politiques radicaux - où choisir « son axe » deviendrait la seule alternative possible.

Elle a renoncé à construire les positionnements du mouvement à partir des valeurs universelles qui nous unissent :

- liberté de circulation et d’installation des personnes ; égalité des droits sociaux civiques et politiques, y compris entre les hommes et les femmes ; défense de la laïcité - qui repose sur la séparation des Eglises et des Etats, la liberté de conscience des personnes et la liberté des cultes ; défense de toutes les victimes de discriminations racistes sans hiérarchie.

L’opposition n’a pas réussi à travailler dans les instances où elle était pourtant élue, le fonctionnement démocratique n’étant pas respecté : décision et modifications d’horaires rendant extrêmement difficile la participation des provinciaux ; absence ou retard du remboursement des frais des élus provinciaux de l’ « opposition » ; existence de réunions parallèles de la « majorité » au siège, le lundi, et de prises de décisions en dehors des instances élues - le tout officialisé par une structure hors statut autoproclamé « Mrap-Direction ».

Au CA, si nous avons réussi - difficilement - à énoncer nos positions, elles n’ont pas été transmises au reste du mouvement, bien que nous nous soyons opposés à la direction majoritaire du mouvement chaque fois que cela nous est apparu nécessaire :

- caricatures de Mahomet et plainte contre France-Soir ; affaire Redeker (malgré le caractère très critiquable des propos de ce dernier) ; meurtre d’Ilan Halimi ; expulsions d’Aubervillers ; participation de notre président à une émission télévisuelle contestée de Stéphane Bern, L’Arène de France, où on l’a vu se positionner du côté des religieux ; défense et soutien de camarades (Gérard Kerforn et Serge Goldberg) engagés par des membres du Mrap dans des procès.

Malgré nos propositions maintes fois exprimées, l’instauration d’un comité de rédaction représentatif a systématiquement été refusée. Le verrouillage politique de notre presse a été maintenu, la Lettre de l’adhérent en l’état, et nos contributions pour Différences, parfois prises en compte ont été quelques fois transformées sans que l’on nous demande notre avis. Mais surtout il n’a jamais été fait mention de la diversité des positions dans le mouvement sur des questions politiques pourtant essentielles.

Lors de la précédente AG, nos contributions n’ont été distribuées qu’au dernier moment sur des tableaux illisibles, et les motions que nous avons présentées, systématiquement éliminées des discussions.

Parallèlement à la personnalisation du mouvement opérée par son président, l’image du mouvement est devenue de plus en plus court-circuitée par ses apparitions médiatiques incontrôlables et ses ambitions électorales - successivement coprésident du staff de campagne de Marie-George Buffet, puis candidat indépendant aux législatives, maintenant futur candidat aux municipales.

En polarisant ses interventions sur des sujets diviseurs (voile, caricatures), en entretenant la confusion entre appartenance religieuse et ségrégation, en associant le nom du Mrap à des mouvements communautaristes et diviseurs, le Mrap national a créé une image politico-associative décalée des préoccupations de l'antiracisme de proximité, Il s’est coupé du travail de la base et n’a pas permis de coordination des actions de terrain, décribilisant ainsi les demandes de subvention nationales. Menées au détriment de la vie de l’association, ses positionnements ont été d’autant plus préjudiciables à l’indépendance du mouvement que la France était en campagne électorale.

C’est devant cette succession de dérives constatées et face à l’absence de démocratie perpétuée par la majorité actuelle du Mrap que nous sommes amenés à refuser de cautionner plus avant cette escalade dans l’instrumentalisation politique du MRAP et à suspendre notre participation aux instances.

Aujourd’hui, dans le contexte politique actuel, national et international, nous continuons à estimer essentiel que l’indépendance de notre mouvement anti-raciste soit préservée, et qu’un président - quel qu’il soit - ne puisse cumuler une candidature politique nationale à la présidence et à un poste de salarié du Mrap. Nous n'avons plus confiance dans une équipe qui s’auto reconduit indéfiniment et reproduit les mêmes schémas. La future direction n'est plus celle d'un mouvement national mais d’une fraction.

Voilà pourquoi nous proposons dès maintenant de créer une coordination nationale rassemblant comités, fédérations et individus afin de défendre les valeurs fondamentales du mouvement telles que revendiquées par les fondateurs du Mrap en 1949. Organiser des réunions d'échanges basées sur l'antiracisme de terrain ; développer des projets concrets : semaine de l'éducation, travail de mémoire, défense des sans-papiers, travail coordonné contre les discriminations, ouverture de nouveaux champs d'action (sport) ; production commune d’outils de travail…, nous semble désormais les seuls moyens pour construire ensemble l’outil associatif qu’il nous faut pour lutter contre toutes les formes de racisme dans une unité retrouvée.

Signatures : Frédérique Ferry, Gérard Kerforn, Nadia Kurys, Emmanuelle Le Chevallier, Horiya Mekrelouf, René Meyer, Didier Poupardin, Anne Savigneux, Maya Vigier.

samedi 26 janvier 2008

in http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/01/26/1896-congres-du-mrap-2008-les-universalistes-s-opposent-a-la-direction-aounit

Posté par Nath Szuchendler à 14:41 - Racisme / Antisémitisme - Permalien [#]

25 janvier 2008

Afghanistan : un étudiant jugé blasphémateur est condamné à la peine de mort

Un étudiant afghan de 23 ans et journaliste de surcroit dans un périodique local (Jahan-e Naw ou Nouveau Monde) était détenu depuis octobre 2007 sous l’accusation de “blasphème”. Sa famille a reçu mardi par écrit sa condamnation à mort prononcée par le tribunal de la province de Balkh, au nord de l’Afghanistan. Perwiz Kambakhsh avait été arrêté le 27 octobre pour avoir distribué à ses camarades d’université un article révélant que Mahomet a négligé les droits de la femme. Ce tract a été jugé par les officiels "insultant pour l'islam et interprétant de manière erronée des versets du Coran". Le jeune journaliste n’en serait pas lui-même l'auteur et aurait recueilli cet écrit sur un site iranien. Le procureur adjoint de la province Hafizullah Khaliqyar, assure que “basé sur les crimes commis par P. Kambakhsh, le tribunal de première instance l’a condamné à la plus grave punition». Et menace tout aussi clairement la presse locale, affirmant que l’étudiant avait "confessé" ses crimes : "J'arrêterai tous ceux qui tenteront de le soutenir après cela".

Pas de juriste pour la défense

D’après le frère du condamné, lui-même journaliste, le procès s’est déroulé à huis clos en l’absence de quelconque défenseur. L’Association afghane des journalistes indépendants (AIJA) avait interpellé la communauté internationale pour lui trouver un avocat, "en particulier les organisations de défense des médias (…) car personne ne voulait le faire". Rahimullah Samandar, président de l’association, certifie que P. Kambakhsh n’est pas l’auteur de l’article incriminé, son soi-disant "crime" ayant été de le lire. Sa détention serait liée à “des articles critiques” écrits par son frère Yaqoub Ibrahimi contre les autorités de Balkh. L’affaire aurait été orientée sur un plan politique pour faire pression sur le frère de Perwiz Kambakhsh, à travers le conseil des Oulémas, des spécialistes de la foi.
D’après une récente déclaration du ministère afghan de l’information, la condamnation à mort du journaliste ne serait pas définitive. La justice traiterait visiblement l’affaire "avec beaucoup d'attention", d’autant plus que le jugement a été prononcé suite à une distribution de prospectus blasphématoires, et non pour des activités journalistiques. Et de conclure rapidement sur la "non-compétence" de ce ministère pour intervenir dans le cas Kambakhsh.

La presse lance un appel au président Karzaï

Parmi les organisations internationales de défense des journalistes qui ont vivement protesté mercredi contre la condamnation, Reporters Sans Frontières (RSF) et la Fédération internationale des Journalistes (FIJ) Asie-Pacifique ont interpelé le président afghan Hamid Karzaï ce mercredi 23 janvier, pour "intervenir au plus vite" et faire annuler cette sentence de première instance prise "sans aucun souci du droit et de la liberté d’expression protégée par la Constitution".
"Si Hamid Karzaï ne fait rien, cela voudra dire qu'il ne respecte pas ses propres lois. J’espère que le président va intervenir dans cette affaire, qu'il va nous aider" implore R. Samandar.
Après la chute du régime taliban, la constitution afghane de 2001 entend défendre la liberté d'expression, mais elle repose sur une interprétation de la loi islamique (charia) qui requiert la peine de mort pour des actes jugés contraires à l'islam.

Nathalie Szuchendler

vendredi 25 janvier 2008

Article Nath Szuchendler consultable in

http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/01/25/1895-afghanistan-un-etudiant-juge-blasphemateur-est-condamne-a-la-peine-de-mort

Paru dans Respublica N° 776

in  http://www.gaucherepublicaine.org/,article,1913,,,,,_Afghanistan-un-etudiant-juge-blasphemateur-est-condamne-a-la-peine-de-mort.htm

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24 janvier 2008

Le surf du militant islamiste Hani Ramadan sur la législation genevoise

Le directeur du Centre islamique de Genève et ancien enseignant Hani Ramadan va bénéficier d’une indemnité équivalent à deux années de salaire, après avoir été licencié de son poste de professeur à Meyrin où il enseigne le français depuis 1981. En octobre 2002, le petit-fils intégriste du fondateur des Frères musulmans égyptiens Hassan Al-Banna (¹) avait justifié le recours à la lapidation et loué les mérites du sida comme punition divine dans une tribune libre du quotidien Le Monde. Ses propos fascisants lui avaient valu une mise-à-pied par le tribunal administratif genevois qui décida ensuite de sa réintégration en 2004. Les autorités locales après un recours d'une durée de cinq ans, ont obtenu son licenciement définitif de la profession contre une indemnisation d'un montant de 206.000 euros. L'Etat de Genève va également rembourser les frais d'avocat de H. Ramadan, qui s'élèvent à environ 13 700 euros.

Du prosélytisme islamique semé à tout vent

Dans son article "La charia incomprise" paru dans Le Monde en septembre 2002 et sur le site internet du Centre islamique de Genève, Hani Ramadan explique que "les peines concernant l'adultère ne peuvent être appliquées que dans des sociétés qui défendent les normes et les valeurs de l'islam." Par exemple "il est ainsi exclu de couper la main à un voleur dans un Etat qui ne donne pas à ce dernier les moyens de vivre dignement (...) parce qu'il s'agit d'une injonction divine, la rigueur de la loi est éprouvante pour les musulmans eux-mêmes. Elle constitue une punition, mais aussi une forme de purification. Il est interdit d'insulter le coupable. Après sa mort, on prie pour lui". En revanche "que ceux qui nient qu'un Dieu d'amour ait ordonné la lapidation de l'homme et de la femme adultère se souviennent que le virus du sida n'est pas issu du néant" avait-il précisé.

Dans un texte paru aussi en septembre 2002 sur le site du Centre islamique genevois, le prédicateur Hani Ramadan se plaisait à proclamer :

"La lapidation est terrible, tout comme le sida. Mais elle est à la mesure d'une faute qui est d'une gravité extrême, parce que ses conséquences s'avèrent souvent dramatiques. En outre, la nature de la peine correspond à la nature du péché: la main coupée pour le vol, la lapidation pour le plaisir illégitime. Elle constitue une punition, mais aussi une forme de purification."

"Si la vision de la lapidation est dure et marque les esprits, les témoignages révèlent que la souffrance du condamné est rapidement abrégée: la pluie de pierres qui s'abat sur lui l'assomme en effet en l'espace de quelques secondes."

"Qui a créé le virus du sida ? Observez que la personne qui respecte strictement les commandements divins est à l'abri de cette infection, qui ne peut atteindre, à moins d'une erreur de transfusion sanguine, un individu qui n'entretient aucun rapport extraconjugal, qui n'a pas de pratique homosexuelle et qui évite la consommation de drogue. Par rapport à ces principes de base, seuls s'exposent à la contamination ceux qui ont un comportement déviant." (²)

Violation du devoir de réserve de la part d'un enseignant

Le gouvernement genevois avait estimé que H. Ramadan violait le devoir de réserve en tant qu'enseignant, et n'avait plus sa place au sein de l'instruction publique suisse. La commission de recours du personnel enseignant avait réussi à le faire maintenir dans son statut de fonctionnaire, et à ce titre lui avait été versé depuis 2002 une indemnité de traitement. Laurent Moutinot, conseiller d'état genevois et président du gouvernement, a indiqué que l'Etat avait tenté de le déplacer dans un autre service de la fonction publique de façon à l'éloigner des élèves ou des étudiants. Ramadan n'en avait accepté aucun. L'accord aujourd'hui conclu entre le Conseil d'Etat genevois et Hani Ramadan s'appuie sur un nouvel article de la Loi sur l'instruction publique, qui permet à l'employeur de se séparer d'un fonctionnaire contre une indemnité, même si le licenciement n'est pas jugé légitime.

François Paychère, l'un des cinq membres de la commission de recours en 2004, estime que "le licenciement était disproportionné", aussi "nous avons retourné le dossier à l'Etat pour qu'il prenne une autre sanction. Il aurait aussi pu négocier avec lui à l'époque. Il ne l'a pas fait. Il porte donc la responsabilité des montants versés à Hani Ramadan". F. Paychère est actuellement président du tribunal administratif de Genève, et candidat au poste de procureur général.

Si la charia reste "incomprise" en pays occidental, elle permet en tout cas de s'assurer un salaire...

Nathalie Szuchendler

) Prédicateur égyptien du début du XXe siècle, fondateur d'un projet de lutte sociale et politique pour développer l'emprise de l'islam politique archaïque et réactionnaire, et créateur du mouvement des Frères musulmans qui diffuse activement l'intégrisme islamique sur toute la planète.

(²) www.lematin.ch

Au sujet des Frères musulmans, voir

Jeudi 24 janvier 2008

Article Nath Szuchendler consultable in

http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/01/24/1894-le-surf-du-militant-islamiste-hani-ramadan-sur-la-legislation-genevoise 

Posté par Nath Szuchendler à 20:22 - Articles - Permalien [#]

23 janvier 2008

Après la discrimination positive, la "laïcité positive"

Le président appelle de ses vœux une « laïcité positive ». Ce qui revient à dire que la laïcité française actuelle est « négative ». En fait de « positive attitude », il s’agit d’ouvrir une brèche dans la séparation entre le politique et le religieux, pour faire évoluer la laïcité française vers une laïcité plus américaine, le modèle absolu de Nicolas Sarkozy dans ce domaine.

Si la fronde des laïques tient bon, il renoncera à modifier l’article 2 de la loi de 1905, interdisant de reconnaître ou de subventionner le culte. En revanche, il faudra une mobilisation massive — par exemple à l’occasion de la venue prochaine du pape — pour le dissuader de parvenir au même résultat en coupant la fine membrane existant entre les associations cultuelles (type 1905) et culturelles (type 1901). Car cela reviendrait à autoriser le financement du culte par le biais du culturel. C’est la demande formulée par la Fédération protestante de France, poussée au prosélytisme depuis l’expansion des Églises évangéliques. Un mouvement que Nicolas Sarkozy juge « évidemment positif par son dynamisme et le renouveau dont il est porteur ».

Encore cinq ans et le président de la République française prêtera serment sur la Bible. Tandis que nos banlieues ressembleront au Bronx. Des déserts sociaux, où les Églises évangéliques et les Centres islamiques se disputent le ciel en guise d’espoir.

Caroline Fourest et Fiammetta Venner

in Charlie-Hebdo du mercredi 23 janvier 2008

Posté par Nath Szuchendler à 19:01 - Laïcité - Permalien [#]

Dieu, ministre d'ouverture de Nicolas Sarkozy

À Latran comme à Ryad, le chanoine Sarkozy a confirmé toutes nos craintes : son pontificat sera désespérément hostile à l’esprit de 1905.

Le Vatican n’en revient toujours pas. Jamais un président français n’avait martelé avec autant de conviction combien les racines de la France « étaient essentiellement chrétiennes ». Dans son élan, la France monarchique de droit divin, « fille aînée de l’Église », a subtilement été revalorisée au détriment de la France de 1789 et de 1905. L’Histoire de France lui pardonnerait si notre président parlait du passé. Mais ces « racines essentiellement chrétiennes », Nicolas 1er entend bien les conjuguer au présent : « Arracher la racine, c’est perdre la signification, c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale ». Voilà donc le christianisme devenu le ciment de notre « identité nationale ». Quand on vous disait que cette notion sentait le renfermé…

Pour le reste, le discours de Latran ne fait que reprendre le credo de son livre, La République, les religions et l’espérance, paru en 2004. Nicolas Sarkozy y affirmait déjà la supériorité de « l’espérance spirituelle » sur « l’espérance sociale » : « Pour fondamentale qu’elle soit, la question sociale n’est pas aussi consubstantielle à l’existence humaine que la question spirituelle ». À l’entendre, depuis le siècle des Lumières, aucune « morale laïque » — ni l’« émancipation des individus », ni la « démocratie » — n’aurait « été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens à l’existence ». Il dit rejoindre Benoît XVI sur ce point. Sauf qu’il n’est pas pape mais président de la République. Autrement dit chargé de l’espérance sociale et non de l’espérance spirituelle… Même François Bayrou, pourtant très chrétien, y voit un retour inquiétant à la religion comme « opium du peuple ».

Le pouvoir d’achat n’est pas au rendez-vous ? Ne désespérez pas. Sniffer plutôt un peu de « politique de civilisation ». Dans sa miséricorde, au cas où il vous resterait un gramme de cerveau critique disponible, le président a prévu d’étendre la culture du pavot à hosties : « Bien sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de tout forme d’intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y est beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent ». Autrement dit, plus de Français qui croient…

Le programme est clair. Les athées sont des incapables dépressifs, les caisses sont vides pour financer l’espérance sociale, alors on incite les religieux à prendre les choses en main. Notamment en banlieue. Nicolas Sarkozy déplore souvent qu’elles soient devenues « des déserts spirituels ». Comme si la confessionalisation du lien social dans les quartiers populaires était une priorité. Le plan n’a pas changé depuis son passage au ministère de l’Intérieur, alors qu’il était chargé des relations avec les cultes : refuser que la police s’occupe du lien social… Pour mieux le laisser aux imams — même radicaux — que l’on appelle à la rescousse quand les voitures crament.

À Latran, il a trouvé « injustes », les critiques sur la façon dont il a mis en place le Conseil français de culte musulman. À Ryad, il a redit sa volonté de « faciliter la construction de Mosquées en France ». En présence des hauts dignitaires de la monarchie wahhabite, il a tenu à définir l’intégrisme comme la « trahison de la religion » et non comme son excès. De toute façon, « Dieu n’asservit pas l’homme mais le libère ». Heureusement. Car notre président l’a décrété : « Dieu est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme ». Amis athées, retournez à votre dépression, vous n’appartenez plus au genre humain…

Caroline Fourest et Fiammetta Venner

in Charlie-Hebdo du mercredi 23 janvier 2008

Posté par Nath Szuchendler à 18:54 - Laïcité - Permalien [#]

La France condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme pour discrimination sexuelle

Aujourd'hui âgée de 46 ans, une institutrice jurassienne avait déposé une demande d'adoption en 1998, avec mention de son orientation sexuelle. Elle partageait sa vie avec une autre femme depuis 1990. Le Conseil général du Jura lui en avait refusée l'agrément, notamment au motif d'un défaut de "repères identificatoires" dû à l'absence de référent paternel dans le couple, ce qu'avait confirmé un arrêt du Conseil d'Etat en 2002. Les juges de la Cour européenne devant laquelle l'affaire a été portée, ont rappelé à la France qu'elle avait autorisé l'adoption aux personnes célibataires. Le droit d'adopter étant ainsi soumis à des règles non-discriminatoires relatives au respect de la vie privée et familiale, le motif invoqué par les autorités administratives françaises s'est avéré d'autant plus caduque que les "capacités éducatives et affectives" de l'institutrice avaient été reconnues. La Cour européenne a donc considéré "que la requérante a fait l'objet d'une différence de traitement" par rapport aux célibataires sollicitant un agrément d'adoption, ce qui "constitue une discrimination au regard de la Convention" puisqu'elle se rapporte uniquement à l'orientation sexuelle. Les juges européens ont ainsi conclu à la violation de l'article 14 (interdiction de la discrimination) combiné avec l'article 8 (droit au respect de la vie privée et familiale) de la Convention européenne des droits de l'homme, par dix voix contre sept.

Selon l'avocate de la requérante, Caroline Mécary, si la pratique administrative en France était variable d'un département à l'autre, l'homosexualité des candidats à l'adoption ne constituera plus un obstacle à cette démarche désormais.

Il s'agit du premier arrêt de principe de la juridiction européenne en ce sens, ce qui pourrait créer un précédent au niveau des pays membres du conseil de l'Europe. Neuf pays européens dont l'Allemagne, la Belgique, le Danemark, l'Espagne, l'Islande, la Norvège, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suède, admettent l'adoption par des couples homosexuels.

Posté par Nath Szuchendler à 13:33 - Articles - Permalien [#]
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