Samuel Thomas, vice-président de SOS racisme, estime que le rapport de la commission nationale consultative des droits de l’Homme, qui relève une baisse des faits racistes en 2007, n'a «aucun sens».

Le rapport de la commission nationale consultative des droits de l’Homme fait apparaître une baisse de 23,5% des faits racistes, xénophobes et antisémites en 2007. Cela vous étonne-t-il?
Ces chiffres n'ont pour nous aucun sens, ils sont sans fondement. Le commission relaie là les faits recensés par les forces de l'ordre et qui ont fait l'objet d'une plainte au parquet, soit une infime minorité de ce qu'est la réalité. Ces faits seraient selon le rapport de 707 en 2007. Mais si l'on prend ne serait-ce que le nombre d'injures racistes en un an au stade de France, on est bien au delà de 707. Quant aux discriminations à l'embauche, dont on sait que très peu de victimes portent plainte, ça se compte en dizaines de milliers. Même chose pour le logement. La terminologie même de «fait raciste» pose problème: de quoi parle-t-on au juste? Nous-mêmes, nous sommes au courant d'à peine 1% des dossiers. Vouloir quantifier le racisme est aberrant.

Vous contestez donc la tendance à la baisse relevée par la commission?
Ça ne baisse pas du tout. Pour qu'il y ait une baisse, il faudrait que l'Etat s'en donne les moyens, agisse en conformité avec les intentions qu'il affiche. C'est là-dessus qu'il faut s'interroger, plus que sur la question des chiffres. Prenons l'exemple de la discrimination à l'embauche. Les agents ANPE sont tenus, lorsqu'ils constatent une discrimination, de la dénoncer au parquet. Cela ne se produit quasiment jamais, au mieux cinq fois par an. On sait pourtant que dans la restauration par exemple, le Bureau international du travail a mené en France une campagne de testing d'où il ressortait que trois employeurs sur quatre pratiquaient la discrimination en privilégiant, à profil identique, un postulant blanc à un postulant noir. De même, dans le milieu du travail, on observe une hausse significative du nombre de plaintes adressées à la Halde. Or aucun inspecteur du travail supplémentaire n'a été recruté pour traiter ces dossiers.

Le rapport conclut également à une tendance à la hausse de la violence. Cela correspond à ce que vous constatez?

La violence va crescendo depuis vingt ans, plutôt régulièrement, avec c'est vrai des pics comme en 2005 avec les émeutes dans les banlieues. Il faut distinguer d'une part la violence à caractère raciste structurée par des groupes idéologiques d'extrême-droite, de plus en plus présents sur internet, qui galvanisent une jeunesse totalement décomposée, et d'autre part le racisme plus diffus qui s'installe dans un climat de violence déjà existant dans les banlieues, les cités. Cette violence là s'explique par la disparition de l'encadrement adulte, qu'il soit associatif ou salarié: animateurs, éducateurs...
Quant au racisme idéologique, qui mène par exemple aux agressions contre les mosquées et les synagogues, on ne s'y intéresse que lorsqu'il y a passage à l'acte, alors que les groupuscules qui en sont à l'origine sont connus. Pourquoi, à quelques exceptions près comme la Tribu Ka, ces groupes ne sont-ils pas dissous? L'Etat se contente d'observer alors qu'on pourrait mettre un terme à cette propagande avant d'en arriver à des drames.

Propos recueillis par Cordélia Bonal pour Liberation, 28 mars 2008

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