Lorsque Jean-Paul II a demandé pardon aux Juifs pour l'attitude du Vatican pendant la Shoah, il s'excusait pour son prédécesseur Pie XII. Lorsque Benoît XVI fait acte de « repentance » à propos des viols d'enfants commis par des prêtres, il dit « pardon » pour des drames qu'il aurait pu empêcher.

Lors de son voyage aux États-Unis, alors qu'il avait toujours refusé de les rencontrer et même de les entendre, le pape a enfin daigné prendre 25 minutes de son précieux temps pour recevoir cinq victimes de viols commis par des membres du clergé. Faith Johnston, l'une des victimes, n'a pas pu dire un mot. Elle a fondu en larmes. Bernie McDaid, 52 ans, violé quand il était enfant de choeur, a pris son courage à deux mains : «Je lui ai dit que lorsque j'étais enfant de chœur, j'avais été sexuellement abusé.» II avait 12 ans, et le père Joseph Birmingham, son violeur, a simplement été transféré dans une autre paroisse... où il a pu tranquillement s'attaquer à d'autres gamins. Un classique.

Un pater et au lit

D'après un rapport de l'Église, 4392 prêtres américains ont violé 10 667 enfants entre 1950 et 2002. Les associations de victimes, elles, parlent de presque 100000 enfants abusés, dont 80 % ne veulent pas parler. Une telle ampleur s'explique par la technique de la « tournante », pratiquée sous Jean-Paul II, et donc sous le cardinal Ratzin-ger. Chaque fois, ou presque, qu'une famille venait rapporter un viol commis par un prêtre à son supérieur, les évêques ont choisi de culpabiliser la famille, de dissuader les parents de porter plainte, de nier la souffrance de l'enfant et de soutenir le prêtre violeur en le transférant dans une autre paroisse, souvent à quelques kilomètres de là, où il a pu étendre son marché aux enfants.

Cette succession d'abus sexuels n'est pas seulement un scandale, elle pose la question du fonctionnement tout entier de l'Église catholique. Comment ne pas provoquer de tels drames lorsqu'on envoie de jeunes hommes immatures — parfois violés au séminaire — prêcher au cœur même de familles où ils ont un statut de "demi-dieux", et donc la tentation de reproduire l'abus dont ils ont eux-mêmes été victimes ? Ces familles les perçoivent comme d'autant plus inoffensifs qu'ils sont, à leurs yeux, "asexués". Alors qu'ils évoluent depuis leur plus jeune âge dans un monde masculin où le tabou sexuel et le devoir de chasteté les tendent comme une corde prête à rompre.

Pendant son séjour aux États-Unis, Benoît XVI n'a pas voulu regarder en face cette machine infernale fabriquant une chaîne de violeurs potentiels depuis si longtemps. Il a parlé de « honte », de ses propres défaillances, pour mieux rendre responsable la "pornographie" qui sévit à la télévision... C'est bien connu, au Vème siècle déjà, des prêtres violaient des enfants parce qu'ils regardaient trop de pornos sur le câble.

Caroline Fourest et Fiammetta Venner

in Charlie-Hebdo du mercredi 23 avril 2008


"Délivrez-vous du mal"

Le film d'Amy Berg, Délivrez-nous du mal (à voir absolument), raconte l'histoire du père Oliver O'Grady, un prédateur d'enfants systématiquement protégé par ses supérieurs, qui l'ont déplacé de paroisse en paroisse alors que les plaintes contre lui s'accumulaient.

Il faut voir le regard éberlué d'un de ses supérieurs lorsqu'un tribunal lui demande enfin des comptes. « Je n'avais pas fait la connexion. Dans un cas, il s'agissait d'une petite fille. Dans l'autre, d'un petit garçon. Donc je n'ai pas fait le lien... »

Comprenez qu'un viol sur une petite fille est naturel, tandis qu'un viol sur un petit garçon relève de l' "homosexualité" et qu'il est donc  "contre nature" aux yeux de cet évêque, dont l'incompétence en humanité explose à l'écran. Derrière le costume sacralisé perce le vieux célibataire pétri de certitudes sur la morale sexuelle, mais dont les connaissances sont si brumeuses qu'il est incapable de faire la différence entre homosexualité et pêdophilie, et plus encore entre le consentement et le viol... Il ne faut pas s'étonner qu'avec des serviteurs aussi qualifiés, l'Église soit partie en guerre contre l'homosexualité, tout en organisant le viol tournant de prêtres pédophiles.

Caroline Fourest

in C-H du 23/04/2008