egalibre, blog de Nathalie Szuchendler

une activiste éducative et prochoix

29 avril 2008

Le Pen : sur l'orbite de la négation et de la xénophobie

A l'occasion d'un interview pour le mensuel "Bretons", diffusé en région parisienne et en Bretagne ce vendredi 25 avril, J.M. Le Pen s'est à nouveau pétri de "bon sens" en affirmant qu'au vu des "50 millions de morts" durant la seconde guerre mondiale, la déportation fait figure de "détail". Et comme l'art de la manipulation réside dans le double-discours, les déportés deviennent, aux yeux de l'ancien vendeur de produits nazis, des ouvriers comme ceux qui ont travaillé pour IG Farben à Auschwitz. "Si ce n'est pas un détail, c'est l'ensemble. C'est toute la guerre mondiale, alors" ajoute-t-il. Quant à la manière dont les déportés ont été décimés dans le cadre du décret Nacht und Nebel (07 décembre 1941), "Vous voulez dire que c'était des juifs. Cela aurait été des Bretons, des Basques, des Allemands, des Autrichiens..."
Depuis 1971, Jean-Marie Le Pen a été condamné à de multiples reprises par la justice française pour "apologie de crime de guerre", "contestation de crime contre l'humanité" ou encore "provocation à la haine, à la discrimination et à la violence raciales". En septembre 1987, le dirigeant d'extrême droite avait déclaré au Grand Jury RTL-Le Monde, à propos de la contestation par des négationnistes de l'utilisation par les nazis de chambres à gaz pour exterminer les juifs : "Je n'ai pas étudié spécialement la question mais je crois que c'est un point de détail de l'histoire de la Deuxième guerre mondiale." Condamné pour ces propos à de fortes amendes en mars 1991 par la cour d'appel de Versailles, pour "banalisation de crimes contre l'humanité" et "consentement à l'horrible", Le Pen avait réitéré ses propos en 1997 à Munich. Ce qui lui avait valu une nouvelle condamnation.
Le parquet de Paris étudie la possibilité de poursuivre le président du FN pour avoir récidivé dans des commentaires condamnés par la justice il y a 17 ans, Le Pen allant encore plus loin en affirmant ne pas "adhérer" à la thèse de la solution finale …
Tandis que ses discours xénophobes font l'objet de diverses condamnations (UEJF, SOS Racisme, LICRA, CRIF, MRAP, Bureau National de Vigilance Contre l'Antisémitisme, PS, PCF...), sa fille et vice-présidente du front, Marine Le Pen, tente de "sauver" les meubles d'un FN à "visage humain" coanimé par son secrétaire général Louis Alliot. Elle indique en effet qu'elle réaffirme ne pas partager la "vision" de son père, lui-même voulant éviter de nouvelles polémiques puisqu'il avait interdit la parution de cet entretien. Après tout, pourquoi les journalistes feraient-ils leur travail d'information quand on leur ordonne de se taire ? Qui plus est pour alerter sur le danger que représente l'extrême-droite en la personne d'un Le Pen défraîchi, mais encore assez raide pour alimenter la paranoïa du complot et jeter le doute sur une potentielle destruction d'une France "à majorité musulmane", à l'image, selon ses dires, de "Roubaix", "Marseille", la "banlieue parisienne où, en sortant du métro vous vous trouvez à Tombouctou ou Casablanca".
Souhaitons que la justice française saura agir pour empêcher que se propagent de tels propos racistes, antisémites et négationnistes.

Nathalie Szuchendler

mardi 29 avril 2008

Article Nath Szuchendler consultable in

http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/04/29/1991-le-pen-sur-l-orbite-de-la-negation-et-de-la-xenophobie

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27 avril 2008

Benoît XVI dit « pardon » pour des drames qu'il aurait pu empêcher.

Lorsque Jean-Paul II a demandé pardon aux Juifs pour l'attitude du Vatican pendant la Shoah, il s'excusait pour son prédécesseur Pie XII. Lorsque Benoît XVI fait acte de « repentance » à propos des viols d'enfants commis par des prêtres, il dit « pardon » pour des drames qu'il aurait pu empêcher.

Lors de son voyage aux États-Unis, alors qu'il avait toujours refusé de les rencontrer et même de les entendre, le pape a enfin daigné prendre 25 minutes de son précieux temps pour recevoir cinq victimes de viols commis par des membres du clergé. Faith Johnston, l'une des victimes, n'a pas pu dire un mot. Elle a fondu en larmes. Bernie McDaid, 52 ans, violé quand il était enfant de choeur, a pris son courage à deux mains : «Je lui ai dit que lorsque j'étais enfant de chœur, j'avais été sexuellement abusé.» II avait 12 ans, et le père Joseph Birmingham, son violeur, a simplement été transféré dans une autre paroisse... où il a pu tranquillement s'attaquer à d'autres gamins. Un classique.

Un pater et au lit

D'après un rapport de l'Église, 4392 prêtres américains ont violé 10 667 enfants entre 1950 et 2002. Les associations de victimes, elles, parlent de presque 100000 enfants abusés, dont 80 % ne veulent pas parler. Une telle ampleur s'explique par la technique de la « tournante », pratiquée sous Jean-Paul II, et donc sous le cardinal Ratzin-ger. Chaque fois, ou presque, qu'une famille venait rapporter un viol commis par un prêtre à son supérieur, les évêques ont choisi de culpabiliser la famille, de dissuader les parents de porter plainte, de nier la souffrance de l'enfant et de soutenir le prêtre violeur en le transférant dans une autre paroisse, souvent à quelques kilomètres de là, où il a pu étendre son marché aux enfants.

Cette succession d'abus sexuels n'est pas seulement un scandale, elle pose la question du fonctionnement tout entier de l'Église catholique. Comment ne pas provoquer de tels drames lorsqu'on envoie de jeunes hommes immatures — parfois violés au séminaire — prêcher au cœur même de familles où ils ont un statut de "demi-dieux", et donc la tentation de reproduire l'abus dont ils ont eux-mêmes été victimes ? Ces familles les perçoivent comme d'autant plus inoffensifs qu'ils sont, à leurs yeux, "asexués". Alors qu'ils évoluent depuis leur plus jeune âge dans un monde masculin où le tabou sexuel et le devoir de chasteté les tendent comme une corde prête à rompre.

Pendant son séjour aux États-Unis, Benoît XVI n'a pas voulu regarder en face cette machine infernale fabriquant une chaîne de violeurs potentiels depuis si longtemps. Il a parlé de « honte », de ses propres défaillances, pour mieux rendre responsable la "pornographie" qui sévit à la télévision... C'est bien connu, au Vème siècle déjà, des prêtres violaient des enfants parce qu'ils regardaient trop de pornos sur le câble.

Caroline Fourest et Fiammetta Venner

in Charlie-Hebdo du mercredi 23 avril 2008


"Délivrez-vous du mal"

Le film d'Amy Berg, Délivrez-nous du mal (à voir absolument), raconte l'histoire du père Oliver O'Grady, un prédateur d'enfants systématiquement protégé par ses supérieurs, qui l'ont déplacé de paroisse en paroisse alors que les plaintes contre lui s'accumulaient.

Il faut voir le regard éberlué d'un de ses supérieurs lorsqu'un tribunal lui demande enfin des comptes. « Je n'avais pas fait la connexion. Dans un cas, il s'agissait d'une petite fille. Dans l'autre, d'un petit garçon. Donc je n'ai pas fait le lien... »

Comprenez qu'un viol sur une petite fille est naturel, tandis qu'un viol sur un petit garçon relève de l' "homosexualité" et qu'il est donc  "contre nature" aux yeux de cet évêque, dont l'incompétence en humanité explose à l'écran. Derrière le costume sacralisé perce le vieux célibataire pétri de certitudes sur la morale sexuelle, mais dont les connaissances sont si brumeuses qu'il est incapable de faire la différence entre homosexualité et pêdophilie, et plus encore entre le consentement et le viol... Il ne faut pas s'étonner qu'avec des serviteurs aussi qualifiés, l'Église soit partie en guerre contre l'homosexualité, tout en organisant le viol tournant de prêtres pédophiles.

Caroline Fourest

in C-H du 23/04/2008

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26 avril 2008

Le cauchemar annoncé de Durban II, par Caroline Fourest

L''illusion d'un consensus mondial autour de l'universalité des droits de l'homme est en passe de voler en éclats. Il suffit d'observer le détournement de certaines conférences de l'ONU et la dérive en cours au Conseil des droits de l'homme pour s'en convaincre. L'inquiétante tournure prise par la Conférence contre le racisme organisée à Durban au début de septembre 2001 n'était qu'un symptôme. Depuis, le mal s'est considérablement aggravé.

Les Etats liberticides ont profité de l'après-11-Septembre pour faire évoluer l'ONU vers une vision différentialiste des droits de l'homme. Sous prétexte de lutter contre le risque - bien réel - d'amalgames entre musulmans et terroristes, ils ont réussi à imposer leur définition du mot "islamophobie" dans le langage onusien. Contrairement à l'expression "racisme antimusulmans", qui vise bien le racisme envers des individus, le mot "islamophobie" désigne la phobie envers l'islam au risque de disqualifier toute parole critique envers la religion ou l'intégrisme comme étant une forme de racisme.

Regroupés au sein de l'Organisation de la conférence islamique, les pays musulmans s'en servent pour soustraire leurs politiques liberticides à toute sanction, au nom d'une vision "islamique" des droits de l'homme. Cette mascarade ne serait pas possible sans le soutien de pays comme la Chine, la Russie, Cuba ou le Venezuela, qui ont tout autant intérêt à refuser une vision dite "occidentale" des droits de l'homme.

Entre la lâcheté sur le Soudan, la fin des enquêtes sur les violations des droits de l'homme à Cuba et de la Biélorussie, le tabou tibétain, l'impasse sur la Birmanie, et le troublant désintéressement (y compris des pays islamiques) pour la question tchétchène, la plus grande victoire du front commun contre l'universalité des droits de l'homme fut d'obtenir la tête du rapporteur chargé "du racisme et de l'intolérance qui y est associée": le Béninois Maurice Glélé-Ahanhanzo. Il avait osé rapporter la montée de l'extrémisme religieux et du racisme antijuifs d'inspiration coranique. En 2003, sous présidence libyenne, il est remplacé par un rapporteur sénégalais, Doudou Diène, autrement plus docile.

Sous prétexte de lutter contre "l'islamophobie, la christianophobie et l'antisémitisme", le nouveau rapporteur a redéfini le racisme, et même l'antisémitisme, comme une forme de "diffamation envers les religions". Ce qui lui permet d'accuser la "laïcité radicale", et tout particulièrement les élites françaises, d'être responsable de l'intolérance au niveau mondial. Ses rapports ne laissent pas d'étonner. Pas une ligne sur les discours de haine sexistes et homophobes de certains prédicateurs, ni sur les journaux arabes décrivant les Noirs comme des insectes envahisseurs, silence sur le sort des minorités en Chine, aucun détail sur celui des minorités chrétiennes en terre d'islam, pas même sur la discrimination des chiites en terre sunnite, mais des pages et des pages à déplorer la "stigmatisation de la burqa" ou la publication de douze dessins danois sur Mahomet... Comme autant d'atteintes à la "liberté de religion". Alors qu'il existe déjà une rapporteuse sur la liberté de religion. Et que le rapporteur en charge de "la protection de la liberté d'opinion et d'expression", doté d'un regard légèrement plus équilibré sur l'affaire des dessins danois, semble sur la sellette. Saisissant le prétexte du film Fitna, les Etats les plus liberticides viennent de redéfinir sa mission. Il n'est plus tellement chargé d'enquêter sur les atteintes à la liberté de la presse (par exemple en Russie ou en Tunisie), on lui demande désormais de traquer surtout les "abus" commis au nom de la liberté d'expression.

Par un formidable tour de passe-passe, les prédateurs des droits de l'homme et de la presse ont réussi à transformer l'ONU en un tribunal grotesque, où les accusés siègent désormais sur le banc des juges. Mère de la Déclaration universelle des droits de l'homme, la commission était déjà largement discréditée, notamment depuis la présidence libyenne de 2003. Le Conseil des droits de l'homme - qui la remplace depuis mai 2006 - était censé rectifier le tir. Grâce au système des quotas régionaux et de vote bloqué, les Etats les plus répressifs se sont taillé la part du lion. L'Organisation des pays de la conférence islamique a placé dix-sept de ses membres, soit un tiers des sièges. Dès la première séance plénière, le ministre iranien des affaires étrangères fixait pour priorité de lutter contre "la diffamation des religions, particulièrement du message divin de l'islam, et de faire cesser son dénigrement".

Prévue en 2009, Durban II doit se tenir alors que la Libye préside le comité préparatoire, et que l'Iran tient la vice-présidence. La présidente libyenne a ouvert les travaux "Au nom d'Allah, le miséricordieux". C'est dire si Durban II promet. Si le Canada tire la sonnette d'alarme, l'Union européenne propose sagement de s'en tenir à une simple réunion de suivi. Journaliste à l'ONU depuis 1970 et auteur d'un livre intitulé L'ONU contre les droits de l'homme (Mille et une nuits, 2003, avec Claude B. Levenson), Jean-Claude Buhrer est encore plus pessimiste: "L'acharnement à détourner le Conseil de ses objectifs est tel qu'il devient nécessaire de s'interroger sur l'avenir de cet organe. Il est en train de vider de leur substance les principes qu'il est censé promouvoir et défendre."

Article paru dans lemonde.fr

in http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/04/24/le-cauchemar-annonce-de-durban-ii-par-caroline-fourest_1038054_3232.html

Posté par Nath Szuchendler à 13:21 - Racisme / Antisémitisme - Permalien [#]

24 avril 2008

Les bénédictions du mouvement loubavitch

Le mouvement dit "loubavitch" est très minoritaire dans le judaïsme, y compris en France. Mais si ses adeptes ne cherchent pas à recruter du côté de ceux qu’ils nomment les  "non-juifs", ils essayent de devenir influents. Les Loubavitchs tentent ainsi leur chance tant auprès des institutions qu’en direction de personne d’origine juive (athée, libérale, agnostique). Selon les informations prodiguées par loubavitch.fr, le judaïsme se compose de plusieurs écoles dont le mouvement religieux hassidique haredim (ultra-orthodoxe). Les loubavitchs se présentent alors volontiers comme la "branche intellectuelle" du hassidisme, avec un mode de vie marginalisé dans les sociétés laïques occidentales. Ils revendiquent la transmission de valeurs et de pratiques millénaires en tant que gardiens de la tradition religieuse, tout en utilisant des techniques d’information et de communication on-ne-peut-plus modernes. En somme, le devoir de perpétrer les 613 commandements ("mitzvot") passe par internet, y compris entre deux périodes de fête comme pourim et pessa’h. La fête de "Pourim" dite du "jeune d'Esther" en date du 21 mars 2008 (14 Adar 5768 selon le calendrier hébraïque) se place dans les 30 jours précédant celle de "Pessa'h" (du 20 au 27 avril 2008).

Du principe de la destinée

Pourim rappelle la victoire d'Esther et de Mordékhaï sur Amane et la délivrance juive du joug monarchique persan qui avait prévu, d’après le livre d’Esther (Meguila) leur extermination. Ce cérémonial se caractérise par son côté festif, le déguisement, la musique, la danse, la distribution d’aliments et de boissons, de dons aux amis ainsi qu’aux démunis, et de festins de célébration. Selon loubavitch.fr (1), "cette fête joyeuse révèle la main de Dieu cachée dans les évènements des hommes. C’est un jour que toute la famille doit célébrer, non seulement les adultes mais aussi les enfants, garçons et filles, qui eux aussi doivent être encouragés à accomplir les Mitsvot de la fête." Ainsi "l’éducation de l’enfant commence très tôt, même avant sa conception, à travers l’observance, par le couple, des lois de pureté familiale. (…) L'éducation d’un jeune enfant est comparable à la plantation d’une semence. Mais il ne s’agit pas de la culture facile d’une simple plante. Cela correspond plutôt à élever des arbres fruitiers potentiels, qui produiront générations sur générations de leur propre espèce".
Pessa'h commence le 15 Nissan (qui correspond à la veille du 20 avril 2008) au 22 Nissan (27 avril), et commémore l’Exode des Hébreux hors d'Egypte. Les ancêtres des Juifs ont été libérés du joug pharaonique et rendus libres de suivre les voies et prescriptions de Dieu, qui fit don de la Torah à Moïse sur le mont Sinaï. Ce qui peut signifier qu’il faille rester vigilant quant à un avenir qui pourrait être aussi terrible qu’un Pharaon. Mais chaque génération juive doit-elle se considérer comme sortie d’Egypte ? Le rabbin de Loubavitch en fut convaincu puisque "cela nous enseigne que la leçon de Pessa'h porte toujours un message actuel pour chaque Juif." (2) Menahem Mendel Schneerson (1902 – 1994), plus connu sous le nom de Rabbi de Loubavitch, fut le septième dirigeant spirituel du mouvement hassidique "Habad" (sagesse-compréhension-savoir) et aussi le descendant du rav Zalman de Liadi, fondateur du courant loubavitch. Signifiant en russe "la ville de l'amour fraternel", Loubavitch fut celle où avait été planté le quartier général du rav Zalman pendant près d'un siècle. Durant les huit jours de Pessah, la consommation de nourriture levée ("hametz"), comme du pain, des pâtes et certains gâteaux, est totalement interdite. Selon l’explication la plus courante, il s’agit de rappeler le pain que les Hébreux n’avaient pas eu le temps de laisser lever dans leur hâte de quitter l’Egypte, et qu’il mangèrent sous forme de pain azyme ("matza") pendant l’Exode.

Le guide des bénédictions

Si chaque culte se dote de recommandations et d’interdictions, les rites de croyances peuvent susciter leur lot de grâces. Loubavitch.fr en présente un "guide" concocté par le rav Yehouda Leib Newman, via le tribunal rabbinique de Crown Heights (Brooklyn). A chaque aliment "cacher" correspond une bénédiction observée de manière très précise. Même l’absorption d’aspirine est réglementée selon si elle est avalée avec de l’eau quand on est assoiffé ou du jus d’orange pour le plaisir du goût ! Cependant le doute est au rendez-vous en ce qui concerne la banane dont la bénédiction, "Haadama", serait plutôt réservée aux légumes. Partant du principe qu’avant de consommer un fruit on dit "Haets", loubavitch.fr recommande : "Peut-être faut-il dire Haets en mangeant une banane. En conséquence, si l'on consomme un autre fruit dont la bénédiction est Haets, on procédera de la façon suivante, afin de se libérer du doute. Après avoir dit Haets et mangé ce fruit, on prendra, avant de consommer la banane, un autre aliment dont la bénédiction est Haadama et l'on dira cette bénédiction avec l'intention de la réciter également pour la banane. Toutefois, si l'on désire manger la banane avant l'autre fruit, on dira Haadama avec l'intention de ne pas inclure dans cette bénédiction l'autre fruit, pour lequel il faudra dire Haets". Quant aux boissons chocolatées et au café, tous deux bénis par "Chéhakol", "la bénédiction finale Boré Nefachot, après une boisson au chocolat ou un café, est récitée uniquement dans la mesure où l'on en a bu environ un huitième de litre (Reviit) en six minutes (A'hilat Prass)". Lorsqu'on passe aux friandises comme la glace, "si le cornet de glace n'a pas de goût, aucune bénédiction n'est récitée, le concernant, car il n'a alors qu'un rôle accessoire, par rapport à la glace et il n'a pas d'autre but que de la tenir".(3)
Ainsi qu'on soit migraineux, boulimique ou psychoactif en milieu loubavitch et orthodoxe(4), la bouche et le palais bénéficient, en tout cas, de sacrées faveurs.

Nathalie Szuchendler

(1) http://www.loubavitch.fr/pages/chirlamaalot.asp

(2) http://www.lerabbi.net/Pessah/Pessah_Mot_du_Rabbi.htm

(3) http://www.loubavitch.fr/pages/benediction.asp

(4) NB: Les règles mentionnées dans l'article ci-dessus sont celles observées par la majeure partie des juifs religieux.

Jeudi 24 avril 2008

Article Nath Szuchendler consultable in

http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/04/24/1988-les-benedictions-du-mouvement-loubavitch

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23 avril 2008

Le gouvernement encourage les écoles privées catholiques à s'implanter en banlieue

C’est une nouvelle qui pourrait bien rallumer la guerre scolaire. Le gouvernement déshabille l’école publique pour mieux aider l’école privée catholique à "évangéliser" les banlieues.Sitôt révélé par le site Mediapart, le projet d’un fonds spécifique destiné à encourager l’implantation de lycées privés catholiques dans les quartiers populaires a mis les laïques et les enseignants sur le pied de guerre.

Le projet fait tache alors que lycéens et professeurs se mobilisent contre la suppression à venir de plus de 11 000 postes d’enseignant dans le public, notamment dans les ZEP. D’autant qu’en principe l’aide publique attribuée aux écoles privées ne peut augmenter si celle accordée à l’école publique augmente, selon la règle coutumière des 80/20 (80 % au public et 20 % au privé).

Il est pourtant dans les cartons depuis le plan « Espoir banlieues », qui prévoit d’« encourager la contribution de l’enseignement privé à l’égalité des chances ». Et comme 80 à 90 % de l’enseignement privé est catholique, suivez mon regard… Le gouvernement voudrait voir « cinquante nouvelles classes » de ce type en banlieue. C’est officiel, l’« espoir en banlieue » s’appelle donc « espérance » et sera porté par le religieux. C’est confirmé, Nicolas Sarkozy préfère le curé à l’instituteur. Et puis, il en est persuadé : l’enseignement privé catholique civilisera « les racailles ». Emmanuelle Mignon, son cerveau catholique, l’un des auteurs du discours de Latran et des propos malheureux sur le « non-problème » des sectes, n’y est pas étrangère. Dès 2006, lors d’une convention de l’UMP, elle plaidait pour que les « familles de banlieue puissent bénéficier du savoir-faire des établissements catholiques et d’un vrai choix entre école privée et école publique ».

Le gouvernement semble persuadé que la guerre scolaire est bien enterrée. « Nous sommes décomplexés », aurait dit Xavier Darcos, ministre de l’Éducation nationale, au nouveau patron de l’enseignement catholique, Éric de Labarre, venu réclamer qu’on lui « facilite la tâche ».

Le Vatican décomplexé

Les écoles privées catholiques cartonnent et rêvent de grandeur. L’an dernier, elles ont dû refuser 35 000 dossiers. La faute à l’« accommodement raisonnable » de Debré, qui a mis le ver dans le fruit en autorisant le financement des écoles privées sur fonds publics. En 1960, 11 millions de Français signaient une pétition contre. Ils avaient vu juste. Les écoles privées ont largement tiré profit de ce système leur permettant d’avoir le beurre et l’argent du beurre : des frais de scolarité élevés, un droit à la sélection et, en prime, le soutien de l’État. Ces aides permettraient un droit de regard, mais on pourrait très bien imposer ce droit de regard sans verser des fonds qui manquent cruellement au public. Surtout depuis l’objectif de 80 % d’une classe d’âge au bac. Contrairement au privé, le public ne peut pas se permettre d’être trop sélectif. Si en prime on le prive de moyens, si on en diminue le nombre d’enseignants au lieu de diminuer le nombre d’élèves par classe, on empêche mathématiquement le maintien d’un certain niveau.

On condamne donc l’école publique à perdre toute attractivité au regard du privé. D’autant que les écoles privées catholiques sous contrat se gardent bien d’afficher trop ostensiblement leurs convictions religieuses. Du moins, jusqu’ici. Avec Benoît XVI, le Vatican aussi se décomplexe. Certains archevêques, comme celui d’Avignon, appellent depuis un moment les établissements privés catholiques à renoncer à la tolérance postmoderne pour retrouver le chemin d’une vraie éducation catholique. Les banlieusards vont déguster… Mais pas seulement eux. À terme, les écoles confessionnelles sélectives — principalement catholiques, mais aussi musulmanes — auront supplanté le public. Le lien social, la citoyenneté et, bien sûr, la laïcité en sortiront en lambeaux. Le gouvernement se trompe : la bataille pour l’enseignement public, qui est aussi celle pour le respect de la loi de 1905, peut reprendre à tout moment.

Caroline Fourest et Fiammetta Venner

in Charlie Hebdo du mercredi 16 avril 2008

Posté par Nath Szuchendler à 20:42 - Laïcité - Permalien [#]

20 avril 2008

PROCHOIX n°43 (Printemps 2008) Fin de vie - Certifiées vierges - Sans papières - Droit à l'IVG - Identité confessionnelle

Sur le vifcaroline_fourest_fiammetta_venner_prochoix_n43

Fin de vie : affiner la loi (Gaëtan Gorce)

Enquêtes et décryptages

- Certifiées vierges (Caroline Fourest)
- Sans papiers et institutions: paroles de sans papières (Clara Domingues, Claudie Lesselier)
- Droit à l’avortement : nouveau bras de fer (Caroline Brancher)
- Entretien (Bernard Guetta)
- L’identité confessionnelle : une exacerbation artificielle ? (Fiammetta Venner)

On a vu, on a lu, on en parle

Un repris de justice au ministère de l’Immigration - Dîner-débat entre Tariq Ramadan et Marine Le Pen - Sarkozy absout le député homophobe Vanneste - Afrique du Sud : quand l’Église lutte contre le sida - 10 000 manifestants à la Marche pour la vie ? - La France condamnée pour refus d’adoption à une homosexuelle - Un étudiant afghan condamné mort pour blasphème - Le gouvernement turc veut libéraliser le port du voile - Après la discrimination positive, la “laïcité positive” - Rue 89, porte-voix à l’extrême droite provie - Arabie Saoudite : quelques miettes pour les femmes - Les Insoumis-es victimes d’une tentative d’intimidation - Turquie : manifestations contre la légalisation du hidjab - Grande Bretagne : des étudiantes refusent le “nu au-dessous du coude” - Les fœtus français pourront être déclarés à l’État civil - Amiens : trois policiers néo-nazis suspendus Quand les anti-avortement se font une toile ! Cour de cassation : se trompe-t-on de sujet (MFPF) Au FN, on ne mange pas de viande le vendredi - Non à une nouvelle menace contre le droit des femmes à disposer de leur corps - Pour la dépénalisation de l’avortement, la contraception et l’éducation sexuelle en Amérique Latine

Pour trouver la revue et/ou s'abonner :

http://www.prochoix.org/frameset/abonnement.html

Posté par Nath Szuchendler à 20:06 - Livres-es ! - Permalien [#]

17 avril 2008

Pas de voile sur la Turquie

Dans un monde où l'on se reprend à penser en termes d'Orient et d'Occident, comme s'il s'agissait de blocs monolithiques sans interactions, il faudrait envoyer des classes entières de jeunes lycéens européens se décrasser les neurones à Istanbul.

Difficile de dire si la Turquie d'aujourd'hui s'islamise au point de pouvoir régresser, mais une chose est sûre : sa société continue de s'américaniser. Depuis le Starbuck Café de l'aéroport jusqu'aux magasins Nike et Levis des rues branchées du centre, en passant par les immenses affiches de femmes tout en chevelure et peu vêtues qui bordent le périphérique, le libéralisme économique saute aux yeux, bien plus que le retour au religieux. Les rues du quartier de Taksim, où se retrouve la jeunesse branchée, ressemblent à celles de Genève, d'Athènes ou de Barcelone. On y trouve même un quartier gay, où des garçons et quelques filles viennent danser et s'enivrer.

Attention toutefois à ne pas se laisser piéger par les apparences. Cette liberté-là, on la doit à l'histoire mi-chrétienne mi-musulmane mais surtout laïque, de la Turquie. Et non à la bienveillance des islamistes au pouvoir. Entre une bière et une feuille de vigne, alors qu'un groupe de chanteurs traditionnels fredonne une musique d'inspiration hébraïque, une jeune Française d'origine turque nous explique que l'AKP a voulu faire interdire l'alcool le soir des élections dans l'un de ces passages branchés où nous sommes attablés. « Les gens ont protesté. » Aujourd'hui, l'AKP parle de construire une nouvelle mosquée dans ce haut lieu de la vie nocturne turque. Les Turcs laïcs vont sûrement descendre dans la rue pour montrer leur vigilance. Jusqu'à quand ?

Atatùrk toujours là

Alors que la Cour constitutionnelle vient de donner le feu vert à une procédure d'interdiction du parti islamiste au pouvoir, Charlie-Hebdo est allé à Istanbul prendre le pouls de la Turquie laïque. Récemment, l'AKP a fâché les héritiers du kémalisme en levant l'interdiction du voile à l'Université. Cette mesure avait été pensée pour mettre un frein au prosélytisme et au développement de l'usage du voile comme symbole politique sur les campus. Le fait que l'AKP remette en cause en priorité cette mesure sitôt la présidence de la République conquise — au lieu de voter des mesures libérales, bien plus urgentes — n'a pas du tout plu aux gardiens de la République laïque. Aujourd'hui le parti islamiste est sous le coup d'une procédure d'interdiction...

Dans un quartier résidentiel d'Istanbul, nous avons rendez-vous avec Pervin Oztabag, qui préside l'antenne locale de l'Association des femmes de la République, soit la branche féminine de l'Association pour la pensée d'Atatùrk. Dans son intérieur de grand-mère, la bibliothèque, riche d'ouvrages européens, est truffée de portraits du "Père de la Nation". «J'adore la France, Atatùrk aussi aimait la France », nous dit-elle en nous accueillant. Elle s'est engagée dans le kémalisme après avoir découvert la condition des femmes dans le sud du pays. Elle est républicaine, farouchement laïque, mais se dit croyante. Il suffit d'aborder la question kurde pour sentir vibrer sa fibre nationaliste : « Les Kurdes ne formeront jamais une nation, ils ne parlent pas la même langue, mais sept dialectes différents. » Un argument quelque peu exagéré, pour minimiser l'annexion d'un peuple doté d'une langue — même si elle n'est pas uniforme — et d'une culture propres. Avec son discours militant bien rôdé, Pervin Oztabag fait penser à ces vieux communistes envers qui on aimerait pouvoir éprouver une certaine tendresse, maintenant que le mur de Berlin est tombé. Mais en Turquie, les kémalistes ont encore la main ferme. Quand je lui demande, inquiète, si l'armée turque est prête à utiliser des méthodes antidémocratiques pour stopper l'AKP, elle cherche à me rassurer: « Non, nous ne sommes plus à cette époque. Aujourd'hui, il existe d'autres moyens pour intervenir. » Son sourire est terriblement confiant. Deux jours après cet entretien, la Cour constitutionnelle annonçait qu'elle acceptait d'examiner une requête visant à dissoudre l'AKP pour non-respect de la laïcité. Comme à la fin des années 1990 donc, la Cour constitutionnelle s'apprête une fois de plus à dissoudre le parti islamiste au pouvoir pour le rappeler à l'ordre. À l'époque, la dissolution avait eu un impact plutôt positif. Le parti islamiste s'était séparé en deux branches, et l'aile plus modérée avait gagné les élections législatives cinq ans plus tard. Sans cette dissolution, personne ne peut savoir si l'aile dure du parti islamiste turque, incarnée par Necmettin Erbakan — qui décrivait l'Europe comme un "club de croisés" —, n'aurait pas pu aller plus loin dans ses réformes antilaïques.

Mais comme par le passé, la dissolution, si elle aboutit, ne va pas pour autant mettre un terme à l'existence d'une formation islamiste. Habitué à ce genre d'exercice, le parti se choisit déjà un futur nom et de nouvelles banderoles. Après s'être appelé successivement Parti du salut national, Parti de la prospérité, Parti de la vertu et Parti de la justice et du développement, il envisage de choisir le "Parti pour une Turquie forte". Pas sûr, en revanche, que les islamistes raflent à l'avenir autant de voix qu'aux dernières élections. Les électeurs ont notamment été séduits par l'approche pro-européenne de l'AKP. Sans cette perspective et ce contre-pouvoir possible, il perd largement de l'intérêt aux yeux des Turcs. Or le parti islamiste a largement tourné le dos à cet horizon et à une modernisation libérale pour leur préférer des mesures symboliques, comme le fait d'autoriser de nouveau le voile à l'Université. Récemment, des intellectuels libéraux ont publié un manifeste pour lui reprocher cette attitude et lui demander de maintenir le cap européen et laïc. Reste à savoir si la Turquie doit se démocratiser en s'islamisant pour mieux devenir la dernière roue du carrosse européen, au risque de tirer l'Europe vers moins de laïcité, au même titre que la Pologne. Ou si elle doit rester l’avant-garde laïque du monde musulman.

Caroline Fourest et Fiammetta Venner

in Charlie-Hebdo du mercredi 09 avril 2008


Une tradition laïque

Contrairement aux intégristes musulmans arabes, les héritiers de l'Empire ottoman ayant triomphé de l'Empire byzantin, n'ont jamais eu le moindre complexe à puiser dans la culture occidentale, dont ils aimaient la modernité. Au début du XXème siècle, Istanbul fourmillait de cercles de penseurs rationalistes, darwinistes, férus de philosophie des Lumières. Le Mouvement des Jeunes-Turcs, proche de la franc-maçonnerie, préparait la résistance au sultan lors de grands rassemblements à Paris, alors en pleine bataille autour de la loi de 1905. Sans nier La dureté du régime d'Atatùrk, ni les crimes commis au nom de la République (notamment le massacre des Arméniens, qui avait débuté sous le califat, mais qui a continué sous Atatùrk), il faut bien reconnaître que le "père de la Nation" a eu le génie de dissoudre le califat pour proclamer une république laïque, qui résiste encore aujourd'hui malgré l'islamisme. Le retour en force du conservatisme religieux était prévisible dans la mesure où le kémalisme a su séculariser, mais pas démocratiser. Sa laïcité ne ressemble d'ailleurs pas du tout à la laïcité française. Dirigiste, Atatùrk n'a jamais renoncé à piloter la religion avec l'appareil de l'État, via le ministère des Affaires religieuses. Que ce soit en éditant un Coran en turc servant de "bible officielle", ou en maintenant des cours officiels de religion. Au risque de pérenniser la légitimité de religieux qui peuvent, en prime, se dire plus démocrates.

C. F. et F. V.

in C-H du 09/04/2008

Posté par Nath Szuchendler à 21:03 - International - Permalien [#]

16 avril 2008

Lettre ouverte à Monsieur Mouloud Aounit, par Malka Markovich

Lettre ouverte à Monsieur Mouloud Aounit, Secrétaire Général du MRAP

Au sujet de la Conférence de Durban 2, questions soulevées par la déclaration orale de votre représentant à Genève, Monsieur Gianfranco Fattorini, le 26 mars au Conseil des Droits de l’Homme (sur le point 9 de l’ordre du jour consacré au suivi de Durban) MRAP 7 session in http://storage.canalblog.com/66/10/412709/23767561.pdf


Monsieur, 

Vous étiez présent à la Conférence mondiale contre le racisme en 2001 à Durban. J’aimerai ici raviver vos souvenirs sur des moments très précis que nous avons vécu au mêmes endroits, avant de poser quelques questions sur le contenu de la déclaration orale de votre organisation le 26 mars, qui va à l’encontre de l’héritage des mouvements d’émancipation des peuples, contre le racisme, anticolonialistes, pour les droits humains, pour l’égalité entre les femmes et les hommes et universalistes.

1) Durban – août 2001
hitler___durban
L’antisémitisme
Vous avez été témoin de la violence antisémite sans précédent qui s’est manifestée lors de cette conférence, les appels au meurtre des juifs, les documents qui étaient distribués dans le forum des ONG. (Cela vous ne l’avez pas condamné spécifiquement). Vous vous êtes cependant distancé de plusieurs formulations entendues là-bas et du texte issu du forum des ONG dans votre communiqué de Presse du 3 septembre 2001.

Le putch du caucus des ONG européennes
antis_mitisme___durban_1Vous étiez présent lors du Putch des ONG européennes, seul regroupement d’ONG à avoir été détruit puis réduit à silence pour avoir voulu se distancier du texte issu du forum des ONG, adopté en dehors de toutes règles démocratiques dans une atmosphère de lynchage. Une fois réduit à néant, le communiqué de presse que le Caucus avait préparé a été signé par plusieurs organisations dont la votre, puis a été diffusé le 5 septembre.

La mise à silence des femmes
antis_mitisme___durban_2Vous n’avez pas participé aux discussions du Caucus sur l’intolérance religieuse, animé par Charles Graves, qui représente Interfaith international à Genève et qui co-dirige avec le MRAP la sous-commission des ONG sur le racisme, la discrimination raciale et la décolonisation.

Vous avez cependant été mis au courant du fait qu’avait disparu, lors de l’adoption du texte des ONG, la phrase acceptée par consensus qui indiquait que « les religions ne [devaient] plus jamais être instrumentalisées pour nier, ni pour diminuer les droits humains des femmes. »

2) Aprés Durban

Siège du MRAP, automne 2001
A l’initiative de plusieurs militants du MRAP, une réunion a été organisée au siège de l’organisation avec différents témoins de la conférence mondiale. Nous avons rendu compte des événements qui s’y étaient déroulés et nous interrogions sur le futur du mouvement antiraciste. Vous-même, Monsieur Aounit, participiez à cette table ronde et n’avez à aucun moment nié les faits que les intervenantes relataient sur les thèmes suivants: 

Fiammetta Venner : le déchaînement antisémite à Durban 

Bernice Dubois : la mise à silence des femmes 

Malka Marcovich : le putch du caucus des ONG européennes.

Conférence « Durban et après » – assemblée nationale – 7 décembre 2001
Le MAPP et la CLEF ont organisé une conférence à l’Assemblée Nationale intitulée « Durban et après » pour à la fois témoigner des événements de Durban et réfléchir à l’après Durban. Dans cette conférences intervenaient différents témoins et représentants d’organisations telle que le réseau européen ENAR dont votre organisation est membre. Fodé Sylla député européen à l’époque et ancien président d’SOS racisme n’a pas pu venir mais a apporté son témoignage, Il y avait aussi Miroslav Prokjes, membre du Comité d’organisation préparatoire à la conférence de Durban, Armelle Labadie pour le Collectif article premier, Erika Harriford, animatrice du caucus des ONG européennes avant le putch.  Se trouvaient également à cette réunion des représentants d’organisations droits humain, droits des femmes ou impliquées dans les mouvements antiracistes européen comme Ronald Eissens des Pays Bas de l’organisation ICARE dont le  texte "le matin d'aprés" est un des texte les plus fort qui ait été écrit à chaud sur l'événement. Les actes du colloque sont disponibles et regroupent l’ensemble des interventions ainsi que les prises de position, dont le communiqué de Presse du MRAP.

Attaque contre les organisations juives après Durban
Vous ne pouvez ignorer que des attaques ont commencé à être diffusées sur divers sites et listes de discussion, accusant les associations juives de vouloir décrédibiliser la conférence de Durban. Un des putchiste du caucus des ONG européennes, Monsieur Mutombo Kanyana, rédacteur en chef de la revue Regards Africain, écrivit un article publié sur le web le 18 décembre 2001, accusant les ONG juives de vouloir diviser le mouvement anti-raciste mondial et de « tirer la communauté des ONG vers un judéo-centrisme totalitaire et à courte vue ».

3) La route vers Durban 2

Le Comité préparatoire
A ma connaissance le MRAP ne semble pas s’être outre mesure ému de l’élection de l’Iran dans le Comité préparatoire pour la conférence de suivi de Durban et de la Libye à la présidence  de cette instance. La FIDH, ONG généraliste s’en est inquiétée par la voix de son représentant Antoine Madelin qui déclarait cet été à l’AFP que : « La Libye n’est pas connue pour le respect des droits de l’homme, y compris le respect des normes contre le racisme. Il y a des pogroms contre des minorités noires venues travailler en Libye , de véritables chasses à l’homme. »

La table ronde organisée le 30 août sous l’égide du sous comité des ONG dirigé par le MRAP en marge de la réunion préparatoire
Lors de ce panel co-animé par votre représentant Jean-Jacques Kirkyacharian, on a pu entendre dans la bouche de différents intervenants que Mouammar Kadhafi avait été trop longtemps discrédité, que c'était un grand homme, un bienfaiteur de l’humanité. Ceux qui « osaient » émettre des inquiétudes, ceux qui critiquaient les diverses dérives de 2001 étaient accusés d’être à la solde des américains ou d’Israël. A aucun moment, votre représentant n’a reconnu ce que votre mouvement avait lui-même dénoncé dés le 3 septembre 2001. A aucun moment il n’a pris en compte les inquiétudes légitimes de nombre d’entre nous. Il a laissé faire le déni d’antisémitisme, les attaques contre certaines personnes. (Voir mon rapport sur ces événements)

Les normes complémentaires et glissement sémantiques
Vous ne pouvez ignorer que depuis 2001 et tout particulièrement depuis la création du Conseil des droits de l’homme en 2006, on a pu entendre à de multiples reprises, par des délégations diverses une nouvelle interprétation du terme antisémitisme (qui se trouve d’ailleurs dans le texte de la plateforme des ONG de Durban) qui considère que l’antisémitisme s’attaque aux arabes qui sont des sémites et par extension à tous les musulmans. Vous ne pouvez ignorer que l’un des fer de lance de cette distorsion  sémantique (audible également lors de la première réunion préparatoire par la Syrie) est l’ambassadeur algérien Idriss Jazeiry qui préside  le Comité ad Hoc pour des normes complémentaires. Ni le MRAP, ni le sous comité des ONG contre le racisme n’ont jamais pris position contre cet abus de langage. Le MRAP n’a pas non plus critiqué les nouvelles normes visant à limiter la liberté d’expression en cas de diffamation des religions dont la première résolution date du 30 mars 2007. Il ne s’est pas prononcé lors des discussions concernant la définition du mandat du rapporteur spécial sur la liberté d’expression dont la scandaleuse résolution adoptée le 27 mars 2008 au CDH réduit encore le champ d’application de cette notion. Le MRAP n’a pas non plus émis de critique sur la volonté de certains gouvernements de revenir sur les avancées depuis un siècle en faveur  de l’émancipation des femmes. Ce sont ces même gouvernements qui prônent leur retour dans l’espace familial, condamnent l’avortement et l’orientation sexuelle…

Après ce long mais nécessaire retour sur des événements précis, et avant de reprendre les termes de l’intervention orale de votre organisation le 26 mars dernier lors du point 9 de l’ordre du jour,  je souhaiterai savoir précisément la manière dont fonctionne
votre sous-comité des ONG que vous présidez.  En effet, c’est le seul comité du CONGO (conférence des ONG avec statut consultatif) à ne diffuser aucun document public ni compte rendu de ses réunions. En se rendant sur le site web, on trouve uniquement le nom contact Monsieur Charles Graves de Interfaith International que j’ai déjà mentionné au point 1 de ma lettre ouverte. 

4) La déclaration orale du 26 mars 2008 dont je ne relèverai que quelques points (pièce jointe en haut du message) 

Votre organisation affirme que : 

- « des voix s’élèvent pour stigmatiser » la conférence à venir car elles «[craindraient] une énième condamnation de la part de la communauté internationale de l’occupation des territoires palestiniens »  

Pourquoi une telle distorsion de la réalité ? Vous savez fort bien qu’Israël est condamnée de manière quasi lancinante  par la communauté internationale et notamment au Conseil des Droits l’homme qui consacre un point permanent de son agenda (le point 7) aux territoires palestiniens occupés. Une condamnation de plus ou de moins ne fera pas la différence. Vous savez parfaitement que l'inquiétude porte sur une réédition du climat antisémite que vous aviez vous-même condamné en son temps.

- Vous parlez « de confusion des esprits » et vous préconisez « une seule solution », « le retrait des troupes israéliennes avant la fin de l’année ».

Cette formulation apparaît presque comme un chantage, sous entendant que si Israël ne se retire pas des territoires occupés, elle pourrait être tenue responsable de certaines dérives. Vous condamnez les amalgames. Mais n'est  ce pas vous qui faites des raccourcis en insinuant que ceux qui s’inquiètent d’une réédition des événements de 2001 seraient par voie de conséquence les portes paroles de la politique israélienne ?

Pour ma part, en tant que représentante d’une organisation de femmes en 2001, victime du putch des ONG européennes, de la mise à silence des femmes, témoin atterrée des violences antisémites, militante de longue date, je suis extrêmement inquiète des dérives actuelles.  Vous n'ignorez pas que l’esprit de Durban règne en maître
aux abords du lac Léman, plus aseptisé, plus propre...symptôme d'une partition qui se construit à Vienne, à New York et ailleurs.

- « Trois jours après la fin de la conférence de Durban, les tours jumelles de Manhattan se sont écroulées, rares sont ceux qui connaissent exactement les tenants de cet événement… »
Cette formulation n'exige aucun commentaire. Le MRAP irait-il jusqu'à endosser les théories du complot de Thierry Messyan ?

- Dans votre conclusion, vous précisez que vous seriez favorable à ce que les « documents de Durban [soient] complétés si nécessaire» 

Vous qui prétendez vous situer dans la filiation des fondateurs de votre mouvement lorsqu’il s’appelait « Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et pour la paix », (avant qu’il ne devienne « Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples »), accepteriez vous que les nouvelles normes proposées puissent comporter une redéfinition du terme « antisémitisme » ? Que vous inspirent les nouvelles normes proposées relatives à la liberté d’expression ? Je ne vous demanderai pas ce que vous pensez de la remise en cause des mouvements d’émancipation des femmes, des femmes bâillonnées,  menacées et tuées dans de nombreux pays ? Jusqu'à ce jour vous ne vous êtes intéressé aux femmes que lorsque vous considériez comme discriminatoire l'interdiction de port de signes religieux ostentatoires. Je ne vous ai guère entendu sur le sort des femmes algériennes, victimes du terrorisme durant la décénnie noire et sur la libération accordée à leurs bourreaux d'hier.

Il est vrai que vous ne pouvez incarner à vous seul la voix de la communauté antiraciste.

Et si votre point de vue prédomine aujourd’hui c’est aussi en raison de l’absence ou du silence de nombreuses organisations.
Human Rights Watch, Amnesty ou la FIDH ne s’investissent pas particulièrement sur ces sujets et malgré ce qui a été dit, ont laissé faire les événements de Durban en 2001, voir pour certaines, ont laissé certains de leurs membres participer aux violences sans les condamner.

L’organisation japonaise IMADR, très active à Genève est plus investie sur les questions relevant des discriminations en Asie et des mécanismes institutionnels de l’ONU.
 

La LICRA, qui bénéficie d'un statut consultatif, n’a pas de représentant à Genève et n’a participé que rarement aux débats qui se déroulent de manière quasi permanente dans l’institution.

Les autres associations antiracistes européennes s’investissent plus au Conseil de l’Europe ou à l’OSCE.

SOS racisme trés engagé à Durban n’est pas non plus présent sur ces sujets aujourd'hui.

Le Mouvement International des Femmes pour la paix et la liberté est très investi à Genève et partage vos positions. Elles nient la mise à silence des femmes à Durban et stigmatisent les organisations juives.
 

La plupart des organisations de femmes de par le monde travaillent au niveau local ou national, ou concentrent leurs efforts sur la Commission sur le statut de la femme qui a lieu tous les ans à New York. Peu ont les moyens de venir à Genève.

En souvenir de Durban et de l’héritage des fondateurs de votre organisation, j’attends de vous un sursaut à quelques semaines de la deuxième réunion préparatoire.

J’ose espérer, malgré les dérives de votre organisation depuis plusieurs années,  que vous refuserez de suivre le courant totalitaire actuel et que vous reviendrez sur votre dernière déclaration.

Cordialement,

Malka Marcovich

(images présentées au Forum des ONG en 2001) 


Article consultable in http://malkamarcovich.canalblog.com/archives/2008/03/29/8519291.html

Posté par Nath Szuchendler à 20:28 - Racisme / Antisémitisme - Permalien [#]

Durban : chronique d'une crise annoncée ! ( PROCHOIX n° 19 - septembre-décembre 2001 )

La Conférence de Durban, la première conférence mondiale contre le racisme tenue depuis 10 ans, a pris ses quartiers au coeur de l'Afrique du Sud du 28 août au 7 septembre 2001. Ce qui devait être un rendez-vous historique a vite pris des allures de rendez-vous manqué, notamment grâce aux efforts conjoints du gouvernement américain - prêt à tout pour éviter de regarder en face son passé esclavagiste - et d'activistes particulièrement extrêmes, focalisant leurs critiques sur Israël, quitte à déraper et confondre antisionisme avec antisémitisme, quitte aussi à faire oublier toutes les autres formes de discrimination.

Présente sur place pour filmer, enquêter et participer, l'équipe de ProChoix - qui avait longtemps avant le début de la conférence mis en ligne un site durban2001.com invitant tous les conférenciers à n'oublier aucune forme de discrimination - revient de Durban avec un oeil particulièrement critique sur les coulisses de cette conférence et le sentiment d'avoir assisté à un événement tristement annonciateur de la crise mondiale actuelle...

Lire l'article (format pdf)

in http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2001/12/01/111-prochoix-n-19-sept-dec-2001

Posté par Nath Szuchendler à 20:25 - Les Actions - Permalien [#]

15 avril 2008

Etats-Unis : mariages forcés et sévices chez des fondamentalistes mormons

Le lundi 07 avril, les autorités texanes ont retiré 401 enfants, déclarés en danger par les services de protection de l’enfance, d'un ranch situé dans l'ouest du Texas, qui appartient à une secte mormone pratiquant la polygamie. Ce domaine abrite le temple de l’Eglise fondamentaliste des saints des derniers jours (FLDS, fondamentaliste mormone), 133 femmes en avaient déjà été évacuées le jeudi 03 avril.

L’appel au secours d’une inconnue

Le lundi 31 mars, les autorités du Texas ont été contactées par une adolescente de 16 ans qui a certifié avoir été mariée de force avec un homme de 50 ans dont elle venait d’accoucher d’un enfant. L’enquête fédérale a été menée pendant quelques jours dans ce vaste domaine sans que cette victime ait pu être identifiée parmi les enfants récupérés. Quant aux autres résidents du ranch, ils seront remis en liberté dans les quinze jours à venir, à moins que l’on prouve leur mise en danger. Cet habitat était sous la surveillance des autorités américaines, depuis son rachat en 2003 par l'Eglise Fondamentaliste des Saints des Derniers Jours (FLDS en anglais).

L'une des sectes polygames les plus importantes aux USA

La secte "Fundamentalist Church of Jesus Christ of Latter Day Saints (FLDS) est l'une des sectes polygames les plus importantes aux USA. Basée à Hildale (Utah) et à Colorado City (Arizona), elle fut pilotée par Warren S. Jeffs, un polygame de 52 ans arrêté en 2007 près de Las Vegas pour complicité de viol sur mineure. Ce ʺsaint hommeʺ avait célébré un mariage forcé dans un motel du Nevada en 2001, entre une jeune adolescente de 14 ans et son cousin âgé de 19 ans, avec la consigne de "se multiplier et de repeupler la Terre et d'élever des enfants avec dévotion". Non seulement il purge une peine de réclusion à perpétuité dans l'Etat du Nevada, mais il fait aussi l'objet de poursuites fédérales en Arizona et en Utah. Autoproclamé "prophèteʺ de la FLDS, Warren S. Jeffs fut longtemps inscrit sur la liste des 10 personnes les plus recherchées par le FBI. Les arrangements de mariages illégaux auraient été aussi effectués à son profit puisque cet "amateur" du genre féminin compterait pas moins de 75 épouses !

La mouvance fondamentaliste mormone

L'Eglise des saints des derniers jours, appelée communément "église mormone", a été fondée par Joseph Smith. Elle a abandonné la polygamie en 1890 lorsque l’Utah a banni cette pratique pour acquérir le statut d’Etat en Amérique. J. Smith avait affirmé en septembre 1823 qu'un ange lui avait révélé l'existence d'une "bible" narrant l'histoire d'une civilisation américaine âgée de mille ans et du prophète Mormon. Cet ouvrage aurait été caché sur la colline de Cumorah dans l'Etat de New York, d'après Smith qui l'aurait traduit en anglais pour la publier en 1830. Ainsi était née l'Eglise de Mormon. Excommuniant ceux qui pratiquaient encore la polygamie, l'Eglise des saints des derniers jours avait officiellement chassé de ses rangs la FLDS (mouvance fondamentaliste mormone), dont le nombre d'adeptes est actuellement évalué à 10 000 personnes. Colorado City qui est le fief de cette secte, reste certainement l'unique agglomération polygame du monde occidental, où des hommes peuvent abuser sexuellement de gamines ou de très jeunes femmes sans être inquiétés par les autorités locales. L'Église mormone tolère en effet les "plural marriages", à savoir les unions plurielles qui ne sont ni plus ni moins que de la polygamie travestie en monogamie légale. Sans compter le fait que de nombreux législateurs et élus de l’Utah et de l’Arizona sont des descendants de familles polygames.

Un droit pour les femmes : celui de se taire

Dans les familles polygames, les femmes n’ont qu’un droit, celui de se taire pour obéir aveuglément au prophète ou, à défaut, aux membres de la prêtrise mormone. La polygamie étant interdite aux Etats-Unis, la première femme reste l'épouse légale. Ses "sisters-wives" sont alors unies à l’unique mari par cérémonies religieuses et deviennent des concubines au statut légal de mères célibataires. Ce qui leur permet de bénéficier d’allocations versées par les communes, qui jouissent d’une subvention annuelle d’environ 17 millions de dollars allouée par le gouvernement.
L'inceste, les viols, les violences physiques et verbales font partie du quotidien pour les femmes sous les lois mormones de Colorado City. Elles ne peuvent porter plainte ni auprès de la police, ni auprès des services sociaux, ni même des élus puisqu’ils sont en totalité mormons polygames dans cette bourgade de 5 000 habitants ! Les rues de Colorado City sont d’ailleurs longées d'énormes maisons où logent un homme, ses femmes et leur importante descendance. Selon la croyance des mormons fondamentalistes, un homme doit prendre au moins trois épouses pour accéder au paradis, que la femme ne peut atteindre que sur invitation du mari ...

Sur le site du ranch texan, l’investigation se poursuit encore dans l'espoir de retrouver la jeune témoin qui a déclenché les recherches, ainsi que les preuves nécessaires à la mise en place d'une protection des victimes de ce grand chantier sectaire que constitue la mouvance mormone.

Nathalie Szuchendler

Mardi 15 avril 2008

Article Nath Szuchendler consultable in

http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/04/15/1983-etats-unis-mariages-forces-et-sevices-chez-des-fondamentalistes-mormons

Posté par Nath Szuchendler à 09:25 - Articles - Permalien [#]
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