Le 15 mai, la délégation arabe est parvenue à arracher un « accord » entre le Hezbollah et le gouvernement légitime. Pas sûr que la milice, soutenue par l'Iran et la Syrie, s'en contente.

"Il faut renverser ce gouvernement de traîtres qui cherche à faire un coup d'État", a expliqué un porte-parole du Hezbollah, avant de mettre Beyrouth de nouveau à feu et à sang. Rétablir son autorité sur le territoire est donc un « coup d'État ». Ce n'était pourtant pas grand-chose. Lasse de circuler en voiture blindée pour échapper aux escadrons de Damas, la majorité anti-syrienne a demandé que le chef de la sécurité de l'aéroport ne soit plus aux ordres du Hezbollah. Elle a également réclamé une enquête sur un réseau de télécommunication alternatif, offert par l'Iran, qui permettait d'écouter chaque Libanais, boucher, surfeur ou ministre.

Interlocuteurs valables

Une « déclaration de guerre », selon Hassan Nasrallah. En quelques heures, la seule milice non désarmée depuis la fin de la guerre civile a envahi Futur TV, télévision proche de la famille Hariri, s'est servi de son réseau de télécommunication parallèle pour commander ses troupes, s'est déployée dans Beyrouth Ouest, a coupé les communications (hormis les siennes), les liaisons terrestres et l'aéroport. Effet réussi au centre de Beyrouth. Mais de violents combats ont pris le relais à Choueiffat, zone tampon entre Beyrouth et la montagne druze, ainsi qu'à Tripoli. Selon un plan de bataille visiblement bien préparé.

Tandis que les chaînes de télé parlaient d'un retour aux affrontements interconfessionnels, les Beyrouthins avaient plutôt l'impression d'assister au déploiement professionnel d'une armée surentraînée. Une impression corroborée par Al Mustaqbal. Le 14 mai, le journal libanais révélait qu'une réunion visant à préparer cette crise s'était tenue en présence de gardiens de la révolution iraniens, du Hezbollah et de groupes chiites irakiens.

Malgré l'inquiétante démonstration de force, les chaînes de télé françaises ont continué à désigner le Hezbollah comme un « mouvement issu de la résistance », tout en qualifiant la majorité parlementaire de « gouvernement pro-occidental ». De quoi ravir les militants des Indigènes de la République, qui ont défilé le 8 mai dernier sous des pancartes rendant hommage à Nasrallah...

Même au Quai d'Orsay, le Hezbollah est considéré comme un partenaire légitime. Qu'importent les otages français des années 80, les attentats suicides de 1983 ayant frappé l'immeuble du Drakkar, qui abritait les forces françaises d'interposition (58 parachutistes tués dans l'effondrement de l'immeuble). Qu'importé encore si, récemment, la milice s'est permis d'arrêter et de retenir le délégué représentant du PS français à l'Internationale socialiste, Karim Pakzad.

C'est que le Parti de Dieu est en position de force. La Hezbollah, la Syrie et l'Iran est scellée par l'argent et l'instabilité politique. Non seulement le Hezbollah est entraîné par des formateurs iraniens, mais toute sa force sociale et caritative tient à la perfusion financière de l'Iran et de la Syrie. Si, par miracle, un État de droit parvenait à s'instaurer au Liban, si l'armée multiconfession-nelle sillonnait l'ensemble du territoire en toute sécurité, l'existence même de cette milice religieuse n'aurait plus aucun sens. L'Iran et la Syrie perdraient leur capacité à susciter le chaos, donc à négocier sur certains dossiers.

Les ficelles de Téhéran

Si le Hezbollah ambitionnait sincèrement d'être un parti parmi d'autres, il n'aurait jamais choisi de tourner ses armes contre d'autres Libanais, au risque de perdre sa stature de résistant, gagnée en vingt ans de guérilla contre Israël. Même les chrétiens s'étaient sentis solidaires pendant la dernière invasion de l'ennemi juré ! Mais le Hezbollah s'en moque. Avec ce coup de force, il a montré à ceux qui en doutaient encore qu'il suffisait d'un ordre de Téhéran pour transformer le Liban en République islamique. Le Hezbollah n'est pas un parti mais une milice, l'avant-poste de l'Iran et de la Syrie à la frontière israélienne, sur une terre qu'ils n'ont jamais aimée.

Fiammetta Venner

in Charlie-Hebdo du mercredi 21 mai 2008