egalibre, blog de Nathalie Szuchendler

une activiste éducative et prochoix

28 juin 2008

Etats-Unis : plus de peine capitale pour les violeurs d’enfants

La Cour suprême des Etats-Unis a tranché ce mercredi 25 juin 2008 en ce qui concerne la condamnation à mort d’un violeur en Louisiane. Par cinq voix contre quatre, la jurisprudence américaine a cassé le jugement de la Cour s’est en effet prononcée contre la peine capitale en cas de viol sur mineur de moins de 13 ans. Elle considère comme inconstitutionnel le fait de faire la appliquer "pour le viol d'un enfant lorsque le crime n'a pas entraîné la mort et n'avait pas pour but d'entraîner la mort". Et il est apparu arbitraire pour les juges de poser un listing de circonstances aggravantes qui pourrait légitimer la peine de mort pour ce type de criminalité. D’autant plus que la Constitution interdit les peines "excessives, cruelles ou inhabituelles" par son 8ème amendement.

Une législation plutôt élastique

Les violeurs d’enfants pouvaient être condamnés à des peines minimales de 25 ans d’emprisonnement ou à la condamnation à mort comme dans cinq états nord-américains, à savoir la Louisiane, le Montana, l'Oklahoma, la Caroline du Sud et le Texas. Premier état à adopter cette mesure à l’encontre des violeurs d’enfants en 1995, la Louisiane était aussi le seul à l’utiliser. Un homme a été condamné il y a quelques mois pour avoir agressé sexuellement et à plusieurs reprises la petite fille de ses voisins en 2004. Il attendait sa sanction dans le couloir de la mort, au même titre que Patrick Kennedy condamné par la Cour suprême de cet état pour avoir violé la fillette de sa compagne en 1998.On soulignera qu’en matière de peine capitale, le Texas dont est issu George W. Bush procède à lui seul à plus de la moitié des exécutions du pays. La Virginie arrive en seconde position avec cent exécutions depuis 1976, tandis que quarante-quatre des cinquante états américains interdisent la peine de mort pour viol d'enfant ou d'adulte.

Ne pas exécuter le "mauvais" coupable

Face à la décision de la Cour suprême, les deux candidats à la présidence rivalisent dans l’indignation, l’enfance en écharpe et la vengeance en drapeau… Malgré le moratoire des exécutions de l’année 2000 en Illinois, décrété par l’ancien gouverneur républicain George Ryan, le candidat John McCain proteste avec véhémence contre l’invalidation de la sanction concernée. Le démocrate B. Obama ne se fend pas non plus en partisan de l’abolition. "Le viol d’un enfant est un crime odieux qui mérite la peine de mort ! " s’indigne-t-il. "J’ai dit à plusieurs reprises que je pense que la peine de mort devrait être autorisée dans un nombre très limité de circonstances, pour les crimes les plus extrêmes. (…) Si un Etat décide que dans des circonstances réduites, limitées, et bien définies, la peine de mort est au moins potentiellement applicable, ça, ça ne viole pas notre Constitution". Et d’avoir prôné un encadrement "pour s’assurer que la peine de mort y est appliquée avec prudence et de façon appropriée". Fraîchement élu sénateur de l’Illinois, Barak Obama avait fait adopter un projet de loi élargissant la peine capitale aux meurtriers de personnes âgées parce qu’ "il y a des crimes extraordinairement atroces – le terrorisme, le mal fait à des enfants – pour lesquels la peine de mort peut être appropriée". Bien qu’il pointe le caractère raciste du système judiciaire qui, en Caroline du Sud par exemple, fait arrêter noirs et blancs selon des critères différents et condamner à des sentences différentes pour le même crime, le candidat démocrate ne se démarque pas de Clinton dont la présidence n’a pas vraiment fait reculer le nombre d’exécution. Depuis son deuxième mandat en 1996, le taux annuel de condamnation mortelle avait quasiment doublé jusqu’à ce la Cour suprême rende illégales les exécutions de mineurs et de déficients mentaux en 2005. On se rappellera que pendant sa campagne en 1992, le candidat Bill Clinton avait présidé à l’exécution en Arkansas du criminel reconnu mentalement déficient Ricky Ray Rector.

Les Etats-Unis restent en tête des Etats qui pratiquent la peine de mort, aux côtés de la Chine et de l’Iran. Depuis son rétablissement en 1976, le bilan de trente années de justice présente deux millions de détenus dans les prisons nord-américaines, deux autres millions sous surveillance juridico-policière et près de trois mille cinq cents prisonniers dans le couloir de la mort. Selon Amnesty International, non seulement la peine capitale "frappe souvent de manière disproportionnée les plus pauvres, les plus faibles et les personnes marginalisées", mais elle constitue "le châtiment le plus cruel, le plus inhumain et le plus dégradant qui soit. Elle n’a pas sa place dans un système judiciaire moderne".

Nathalie Szuchendler

Samedi 28 juin 2008

Article Nath Szuchendler consultable in

http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/06/28/2044-etats-unis-plus-de-peine-capitale-pour-les-violeurs-denfants

Posté par Nath Szuchendler à 12:19 - Articles - Permalien [#]


27 juin 2008

Communautarisme et politique locale

Communautarisme et politique locale
Vidéo envoyée par egalibre

C dans l'air du Jeudi 26 juin 2008.

Débat sur les tensions communautaires avec Caroline Fourest,  Jean Baubérot,  François Pupponi,  Abdennour Bidar.

Patientez 10 secondes pour une meilleure visualisation :-)

Posté par Nath Szuchendler à 20:14 - Permalien [#]

26 juin 2008

Nous voulons que vive France 3 - Opinions - Le Monde

Aujourd'hui, notre chaîne est menacée, dans son identité nationale et régionale, demain peut-être dans son existence. Menacée, non par la désaffection du public - France 3 est la chaîne généraliste qui a le mieux résisté à l'arrivée de la TNT - ni par les déficits - son budget est équilibré - mais par des décisions politiques relevant d'enjeux qui la dépassent.

Le 8 janvier, le président de la République a annoncé la suppression totale de la publicité sur les chaînes publiques, qui seront ainsi "libérées de la dictature de l'Audimat". Les observateurs saluent le beau coup politique. "La gauche en a rêvé, je le fais", se félicite Nicolas Sarkozy. Qui se plaindra de la disparition des tunnels de publicité ? A l'époque, seuls les esprits chagrins s'inquiètent du financement des cinq chaînes de France Télévisions : comment compenser la perte de 820 millions d'euros de ressources par an, et même de 1,2 milliard, si l'on tient compte des programmes qui devront remplacer les écrans de publicité (trois heures d'antenne par jour) ?

Nicolas Sarkozy a pris tout le monde par surprise, à commencer par sa ministre de la culture et de la communication, qui n'était pas au courant. Le ministère des finances non plus, qui n'avait pas travaillé le dossier. Et les pistes esquissées par le gouvernement et la commission Copé - où ne siège aucun journaliste de France Télévisions, alors que l'information est l'un des piliers du service public - apparaissent vite incertaines et aléatoires.

Taxer les recettes publicitaires des télévisions commerciales ? Le principe est non seulement choquant dans sa philosophie, mais pervers dans son application : le service public recevrait de l'argent en fonction du volume de publicité engrangé par ses concurrents privés, volume directement lié à leurs taux d'audience... En clair, plus TF1, M6, Canal+ prendront de téléspectateurs au service public, plus ils auront de pub et plus les chaînes publiques recevront d'argent ! Nous aurions donc "intérêt" à ce que nos concurrents réussissent mieux que nous !

Surtout, les chaînes privées ne sont pas du tout disposées à jouer le jeu : à peine l'idée d'un prélèvement de 80 millions d'euros - environ le quart de la manne publicitaire récupérée - est-elle avancée que les patrons des trois grandes chaînes rejettent "les exigences exorbitantes d'un secteur public qui souffre d'une mauvaise gestion structurelle". Les prélèvements sur les opérateurs de téléphonie mobile, sur Internet, ou sur les achats de téléviseurs ont provoqué les mêmes cris d'orfraie. Quant à l'augmentation de la redevance, l'une des plus faibles d'Europe, elle a bien été envisagée par la commission Copé... avant d'être écartée, par le président de la République.

Ne s'agit-il que d'impréparation dans la recherche de nouveaux financements du secteur public ?

Quelques semaines avant l'annonce présidentielle, TF1 adresse à l'Elysée un "Livre blanc" sur "les grands enjeux de la régulation dans l'audiovisuel". Il y est question d'une "redéfinition globale du marché pertinent de la publicité", et d'un service public "dont les missions sont clairement identifiées, financé exclusivement par des fonds publics". Et pour cause : TF1 a perdu près de 5 points d'audience en trois ans (de 32 % à 27 %) et voit au premier trimestre 2008 ses revenus publicitaires diminuer de 17 millions d'euros... Mais aussitôt l'annonce présidentielle sur la suppression de la publicité dans l'audiovisuel public faite, les titres des chaînes privées TF1 et M6 font un bond en Bourse (+ 9 % pour TF1). A l'inverse, les recettes publicitaires de France Télévisions chutent de plus de 20 % au premier semestre 2008, soit un manque à gagner de 160 millions, que l'Etat ne s'est engagé à compenser, "dans les meilleurs délais", qu'à hauteur de 150 millions... Ce qui conduira immanquablement à un déficit du groupe qui en 2007 encore enregistrait un bénéfice de 22 millions d'euros.

En février, le gouvernement réclame des "efforts de gestion" à France Télévisions. Patrick de Carolis doit "réduire la voilure" : coupes dans les budgets (dont l'annulation d'une émission de Michel Drucker), gel de nombreux projets de téléfilms, documentaires ou coproductions cinéma, économies dans les rédactions...

Il y a quelques semaines, alors même que le chef de l'Etat exclut une augmentation de la redevance pour financer l'audiovisuel public, les télévisions privées obtiennent une deuxième coupure publicitaire dans les films, l'augmentation de six à neuf minutes de la durée de publicité autorisée par heure, et l'assouplissement des seuils anticoncentration dans le capital des chaînes du câble et de la TNT (ce qui entraînera un déficit de plus pour France Télévisions).

Presque en même temps, TF1 envoie à la commission Copé un document lui suggérant un cahier des charges pour le service public faisant large place aux débats et aux émissions scientifiques en remplacement des émissions grand public, notamment les retransmissions de grands événements sportifs ! Quelle sollicitude !

La commission Copé, délestée des députés de l'opposition, qui ont démissionné, poursuit ses travaux, suscitant de plus en plus de craintes et d'interrogations : "Au lieu d'une chaîne nationale et de décrochages régionaux, on propose un réseau de chaînes régionales (sept ou huit contre treize actuellement) et un décrochage national", annonce Jean-François Copé le 11 juin.

L'idée n'est pas neuve, mais avec quel argent ? De quels moyens disposeraient ces chaînes régionales pour produire et mettre à l'antenne les programmes que la chaîne nationale ne leur fournira plus ? La télé publique allemande (avec les chaînes ARD et ZDF), qui sert de modèle, bénéficie d'un budget de 7,5 milliards d'euros - plus du double des 2,9 milliards de France Télévisions - consolidé par une redevance plus élevée...

De plus, comment justifier une information recentrée sur les seules régions, sans traitement de l'international, alors que la mondialisation et les enjeux nationaux et européens influent quotidiennement sur la vie de nos concitoyens ? Les journaux nationaux de France 3, en synergie avec les éditions locales et régionales, ont su imposer une liberté de ton et des choix éditoriaux différents de ceux des autres chaînes.

Des journaux qui participent au pluralisme de l'information, rencontrent le succès et bénéficient de la confiance des téléspectateurs. Avec 20 % à 25 % de parts d'audience, les éditions nationales et régionales de France 3 sont parmi les plus regardées de France, et, selon un baromètre IFOP du début de l'année 2008, France 3 reste la chaîne préférée des Français.

C'est ce travail et cette confiance dont nous sommes fiers que nous défendons, en refusant un service public rabougri ou démantelé. La commission Copé se veut rassurante. Mais nous demandons de véritables garanties sur le maintien de notre périmètre, et un financement pérenne et ambitieux qui permette à France 3 - ainsi qu'aux autres chaînes publiques - de poursuivre, en toute indépendance, sa mission d'informer, d'instruire et de divertir le plus grand nombre.

Véronique Auger, Jean-Jacques Basier, Laurence Bobiller, Marie Drucker, Stéphane Dubun, Hervé Godechot, Rémy Giudicelli, Patrick Labarrière, Francis Letellier, Gérard Leclerc, Stéphane Lippert, Catherine Matausch, Audrey Pulvar, Michel Reinette, Alain Rodier, rédacteurs(rices) en chef et présentateurs(rices) des journaux nationaux de France 3.

Lien : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/06/25/nous-voulons-que-vive-france-3_1062632_3232.html

Posté par Nath Szuchendler à 20:38 - Société - Permalien [#]

24 juin 2008

Autriche : un nazi sous la protection de Jörg Haider

Utilisant le pseudonyme de Georg Aschner, l’ancien chef de la police oustachie a été identifié à l’occasion de l’Euro 2008 le jeudi 12 juin. Ce résident de la province autrichienne de Carinthie depuis 2006, avec l’accord du gouverneur Jörg Haider, était venu assisté au match Allemagne-Croatie à Klagenfurt en tout anonymat. Mais il a été repéré sur un cliché au milieu de badauds photographiés par un reporter du quotidien britannique The Sun.

Un responsable nazi de déportations en Croatie

Membre actif du régime croate dirigé par le fasciste Ante Pavelic pendant la 2ème guerre mondiale, responsable de la déportation de centaines de juifs, Serbes, Tziganes et communistes croates en tant que chef de la milice nazie dans la ville de Požega entre 1941 et 1942, Milivoj Asner n’affiche aucun état d’âme quant à son passé. "Je ne connais personne qui ait été déporté à partir de Požega. Personne n'a été assassiné. Je n'ai jamais entendu parlé d'une seule famille qui ait été assassinée à Požega"  déclare-t-il tout en affirmant aussi : "Je n'ai rien à voir avec ces déportations. Je ne disposais pas de suffisamment de responsabilités pour en ordonner". (1). Et lorsqu’il en admet l’existence, c’est pour prétendre que les populations concernées étaient conduites "seulement vers leur pays d'origine et non pas vers des camps d'extermination". (2) "Il n'arrivait jamais rien à quelqu'un qui était un citoyen loyal de l'Etat croate. Pour les autres, ma théorie était la suivante : vous n'êtes pas croate, vous détestez la Croatie, d'accord, mais s'il vous plaît retournez dans votre pays". (3)
Alors qu'un mandat d'arrêt international a été émis à son encontre par Interpol (4), le croate Milivoj Asner a été inculpé pour crimes de guerre, génocide et crime contre l’humanité en 2005 par la justice de son pays et figure sur la liste des quatre criminels nazis les plus recherchés. Mais l’Autriche conteste son extradition en arguant l’état de santé défaillant de l’assassin. Le jugement est attendu par les victimes croates et leurs familles pendant que le gestapiste coule des jours heureux avec sa seconde épouse, sous l’identité d’un vieux monsieur tranquille que protège le gouvernement autrichien du chancelier Alfred Gusenbauer.

Abrité sous le parapluie autrichien

Aux dires de l’ex-président du Parti de la liberté (FPÖ)-une formation d’extrême droite aux relents antisémite et xénophobe, Asner serait dans l’incapacité mentale d’affronter un interrogatoire, une extradition ou un procès. "Il vit tranquillement parmi nous depuis des années et il devrait pouvoir vivre le crépuscule de sa vie avec nous" déclare Jörg Haider au journal "Der Standard" (5). La ministre de la Justice Maria Berger a, elle, tenté d’arguer au sujet de la nationalité autrichienne du fantôme Georg Aschner pour empêcher son extradition vers la Croatie, avant d’admettre qu’il est citoyen croate. Le tribunal de Klagenfurt en 2007 statue enfin sur la fragilité psychique du vieux nazi ne permettant ni interrogatoire, ni procès. Serge Klarsfeld désigne l’Autriche comme un "refuge pour les criminels de guerre présumés" qui "a l'habitude de fermer les yeux", tandis que l’examen médical est contesté par Efraim Zuroff du Centre Simon Wiesenthal ainsi que par Gerhard Tuschla, un journaliste de la chaîne publique autrichienne ÖRF s’étant entretenu avec Asner.

Venu soutenir son équipe fétiche au Wörthersee Stadion de Klagenfurt et trinquant avec des supporters croates à l’occasion de l’Euro 2008, le "sénile" Milivoj Asner aura donc fait une apparition publique en pleine possession de ses moyens aussi bien mentaux que physiques.

Nathalie Szuchendler

(1) http://www.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1212659753870&pagename=JPost%2FJPArticle%2FShowFull

(2) http://fr.news.yahoo.com/euronews/20080620/twl-le-criminel-de-guerre-nazi-milivoj-a-115566a.html

(3) http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-3214,50-1061232,0.html

(4) http://www.interpol.int/public/Data/Wanted/Notices/Data/2005/23/2005_29623.asp

(5) http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/international/europe/20080621.FAP0924/af...

mardi 24 juin 2008

Article Nath Szuchendler consultable in

http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/06/24/2042-autriche-un-nazi-sous-la-protection-de-jorg-haider

Posté par Nath Szuchendler à 22:17 - Articles - Permalien [#]

16 juin 2008

Indonésie : le gouvernement s'incline face à la pression islamique

Le gouvernement indonésien mené par le président Susilo Bambang Yudhoyono a annoncé le lundi 09 juin qu'il limiterait les pratiques cultuelles du mouvement religieux “Ahmadiyah” (1), apparenté à un islam pacifiste réformé et comptant environ 200 000 membres dans le pays, mais considéré comme une secte. Le 16 avril dernier, le “Bakor Pakem” (Bureau de coordination pour la surveillance des croyances mystiques dans la société, composé de fonctionnaires des ministères de la Justice, des Affaires religieuses et de la Police Nationale) avait déjà jugé la congrégation ahmadie d’ “hérétique” après une enquête trimestrielle menée auprès de 55 communautés appartenant à cette mouvance. Désormais, il lui est interdit de “diffuser des interprétations et de se livrer à des activités qui dévient des principaux enseignements de l'islam”. Le gouvernement somme aux adeptes de l’Ahmadiyah de pratiquer leur culte de manière non prosélyte et strictement privée, conformément aux revendications des intégristes musulmans du pays. Le 28 avril, l’une des mosquées ahmadies a d'ailleurs été incendiée par un groupuscule islamique dans l’ouest de Java. Les pratiquants ont fini par demander protection auprès de la police. La Fondation pour l'aide juridique en Indonésie (YLBHI) en a alors carrément appelé à la dissolution du Bakor Pakem  comparé à l’ “ordre nouveau”, une série d’institutions totalitaires mises en place par le dictateur Soekarno entre 1966 et 1998. A Jakarta le mardi 06 mai, une manifestation réunissant des ahmadis, des musulmans modérés et des chrétiens réclamait la protection de la liberté de culte et de religion en Indonésie. Mais le dimanche 01 juin, ce sont des centaines d'islamistes qui ont attaqué un rassemblement de l'Alliance nationale pour la liberté de religion et de croyance venu soutenir l'Ahmadiyah sur l'esplanade du Monument national, dans la capitale. Environ 500 membres du Front des défenseurs de l'islam (FPI) les ont agressés à coups de bâtons jusqu’à l’intervention d’une cinquantaine de policiers. Le lundi 09 juin, une manifestation d’intégristes musulmans à Jakarta exigeait purement et simplement la dissolution de l’Ahmadiyah, déjà sommée de suivre ses us et coutumes “chez elle” !

Un pluralisme religieux particulier mais en danger

L’Indonésie qui reste le seul pays musulman à sauvegarder une sorte de pluralisme religieux, est inquiétée par une vague intégriste qui balaie le pays depuis une dizaine d’années. La frontière entre la religion et l’Etat y est d’ailleurs assez floue. L’archipel est républicain mais l’un des principes de la république indonésienne, constituée depuis la déclaration d’indépendance de 1945, reste la croyance en un dieu unique. L'article 29 de cette constitution garantit la liberté de culte et ne se réfère à aucune religion. Mais si les Indonésiens sont libres d’être pratiquants ou non, l’athéisme est proscrit et la mention d’une appartenance religieuse est obligatoire sur les cartes d’identité. Un recensement de 1998 (2) fait état de 88% de musulmans, 5% de protestants, 3% de catholiques, 2 % d’hindouistes et 1% de bouddhistes, 1% de juifs et chrétiens orthodoxes. Sur 200 millions d’habitants, l’islam concerne aujourd’hui près de 90% d’indonésiens et reste marqué par les particularismes de l’archipel où étaient pratiqués majoritairement des cultes hindo-bouddistes jusqu’au XVIème siècle. Les classes moyennes urbaines sont assez proches de l’orthodoxie islamique tandis que les campagnes restent traditionnelles. Sumatra et Célèbes respectent les préceptes du coran avec rigueur, Java est attachée aux pratiques mystiques. Deux organisations musulmanes structurent la société indonésienne : la Nadhlatul Ulam relayant l’islam traditionnel, et la Muhammadiyah représentant l’islam orthodoxe de la sunna. Aucune des deux ne soutient l’Ahmadiyah et trouve même légitime qu’on sanctionne cette mouvance…Tandis que les actions de groupes radicaux islamiques s’amplifient en Indonésie, réclament l’application de la charia et s’en prennent aux minorités chrétiennes accusées de conspirer contre l’islam.

De possibles menaces sur les minorités religieuses

Le mardi 11 juin, les responsables de l'Ahmadiyah ont déclaré leur opposition au décret et souhaitent le contester en justice. Plusieurs représentants musulmans se sont indignés de cette décision et craignent que la liberté de culte en Indonésie ne soit limitée aux préceptes rigoureux de la charia. Lutfi Assyaukani, directeur d'un centre d'études sur l'islam libéral, atteste du caractère anti-constitutionnel de la décision gouvernementale à l’égard de l’Ahmadiyah, tandis que le juriste Adnan Buyung Nasution y voit le “début d'un conflit entre les Indonésiens qui veulent conserver un Etat séculaire, une société ouverte et démocratique, et ceux qui veulent forcer le pays à devenir un pays islamiste”. L'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW) demande l’annulation du décret à l’encontre d’ “une minorité religieuse” que “le gouvernement devrait protéger”. Fadjroel Rachman, de l'Alliance pour la liberté de religion et de croyance, rappelle l’oppression dont ont toujours été victimes les ahmadis et qui risquent de se multiplier. De manière générale, les défenseurs des droits humains en Indonésie dénoncent l’escalade à l’intolérance confessionnelle annoncée par cette nouvelle mesure, dont les cultes minoritaires pourraient faire directement les frais.

Nathalie Szuchendler

(1) Fondé en 1889 à Qadian, au Pendjab (dans l'actuel Pakistan) par Mirza Ghulam Ahmad (1839-1908), le mouvement est considéré comme une secte déviante de l'islam par les musulmans orthodoxes. Au Pakistan ou au Bangladesh, ils font l'objet de brimades ou de persécutions ouvertes (voir EDA 218, 265, 296, 329, 407). Les ahmadiyas (ou ahmadiyah, ahmadi) tiennent leur fondateur pour le mahdi, celui que certains musulmans attendent et qui apparaîtra à la fin des temps. Présent en Indonésie depuis 1925, le mouvement y est divisé en deux branches : le Jamaah Ahmadiyah Indonesia (JAI), connu aussi sous le nom d'Ahmadiyah Qodiyani, et le Mouvement indonésien des Ahmadiyah (GAI), également désigné sous le vocable Ahmadiyah Lahore. Pour le JAI, Mirza Ghulam Ahmad est le dernier prophète après Mahomet ; pour le GAI, Mirza Ghulam est seulement un réformateur de l'islam.

2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Islam_en_Indon%C3%A9sie#cite_ref-0

Voir aussi
http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/10/31/1796
http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/10/31/1795

lundi 16 juin 2008

Article Nath Szuchendler consultable in

http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/06/16/2027-indonesie-le-gouvernement-s-incline-face-a-la-pression-islamique

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08 juin 2008

Les tribunaux sous pression du religieux (Caroline Fourest)

Faut-il voir le jugement du tribunal de grande instance de Lille comme une concession au "différentialisme" culturel ? Selon l'article 180 du code civil, un mariage peut être annulé si l'un des conjoints estime avoir été induit en erreur sur une "qualité essentielle". La juge de Lille n'a pas estimé que la "virginité" était une qualité en soi, mais une qualité "essentielle" aux yeux de son mari. C'est au nom du droit à une certaine subjectivité dans ce domaine, et non du respect des cultures, que le procureur a accepté de défaire union si mal engagée.

Il ne s'agit pas à proprement parler d'un "accommodement raisonnable" tel qu'on l'entend au Québec ni même d'une concession claire au relativisme culturel comme on peut le redouter en Grande-Bretagne ou en Allemagne. A Francfort, le 12 janvier 2007, une juge a refusé d'accorder le divorce à une Allemande d'origine marocaine battue par son mari, marocain, sous un prétexte autrement plus ambigu. Le Coran autorisant un mari à battre sa femme, elle a estimé que "l'exercice du droit au châtiment (par le mari)" ne permettait pas "d'invoquer une rudesse excessive" prévue par l'article 1565 du code civil allemand. Les Allemandes ayant épousé des musulmans seraient donc moins égales que les autres, puisqu'elles doivent accepter de se faire tabasser au nom de la religion. La juge a été dépossédée du dossier litigieux pour suspicion de partialité...

La France est-elle à l'abri de tels dérapages ? En 2005, déjà, à Lille, le tribunal a empêché l'incinération du corps d'un Français d'origine algérienne au motif qu'il était de culture musulmane et devait donc être enterré selon le rite musulman, dans un carré musulman. La demande émanait de sa seconde épouse, pourtant séparée de corps. Elle s'opposait à la volonté des enfants du premier mariage, et du défunt athée qui avait explicitement demandé à être incinéré. C'était compter sans l'intervention de la Ligue islamique du Nord d'Amar Lasfar, membre de l'Union des organisations islamiques de France - UOIF - et du Conseil français du culte musulman. Ce dernier a expliqué que "seule une autorité judiciaire musulmane dans un pays musulman doit définir et vérifier les causes de l'apostasie d'une personne". Le tribunal a ordonné l'inhumation, conformément au souhait religieux de la seconde épouse. Incidemment, cette dernière était défendue par le même avocat que le mari souhaitant faire annuler son mariage pour "non-virginité".

La tentation de céder au relativisme culturel est d'autant plus inquiétante que les instances communautaires religieuses de France sont plus que jamais aux mains des religieux réactionnaires. Jadis respectée pour son respect de la laïcité, la Fédération protestante de France se raidit sous la pression de ses nouveaux adhérents, évangéliques exaltés ou adventistes. Ceux-là réclament plus de souplesse entre la loi de 1901 et celle de 1905.

Le Consistoire, créé par Napoléon, ne représente guère plus que les orthodoxes. Le grand rabbin Joseph Sitruk règne sur cette instance depuis vingt et un ans au prix d'une régression générale de la mixité dans les synagogues. Dans la plupart d'entre elles, les femmes sont confinées dans des poulaillers, de plus en plus souvent fermés par un rideau, d'où elles peuvent à peine entrevoir la bar-mitsva de leur enfant. A quelques exceptions près, les tribunaux communautaires continuent de pratiquer le divorce unilatéral au détriment des femmes, qui ne peuvent obtenir le divorce religieux si leur mari s'y oppose. Les choses pourraient changer le 22 juin prochain grâce à l'élection de Gilles Bernheim, beaucoup plus ouvert bien qu'orthodoxe. Mais les instances sont largement verrouillées par les tenants de la régression. Idem au plus haut niveau de l'Eglise française. Il y a bien longtemps que les catholiques de gauche ont été purgés au profit d'un clergé fidèle à la vision anti-moderniste et antiféministe de Benoît XVI.

Quant au Conseil français du culte musulman, le bilan n'est guère plus glorieux. Légitimée grâce à sa participation au sein d'un conseil voulu par la République, l'UOIF continue d'agrandir ses mosquées à moitié vides dans l'espoir de peser sur le scrutin, fondé sur le nombre de mètres carrés des mosquées participant au vote. Or cette organisation prend ses avis religieux auprès du Conseil européen de la fatwa, une instance fondamentaliste qui autorise un mari à battre sa femme ou à lui interdire certaines fréquentations. La Mosquée de Paris et le Rassemblement des musulmans de France, plus proche du Maroc, se disputent la présidence Place Beauvau. Tandis que les plus intégristes noyautent les conseils régionaux du culte musulman, où se joue l'essentiel.

Car, jusqu'ici, les concessions les plus graves faites au particularisme religieux ne se font pas dans nos tribunaux mais dans nos communes. Comme à Asnières ou à Sarcelles, où des élus locaux pratiquent le clientélisme au point d'écouter les religieux les plus organisés - souvent les plus intégristes -, au détriment de la majorité silencieuse et de la laïcité.

Il faut non seulement dresser une frontière infranchissable entre les tribunaux communautaires religieux et ceux de la République, mais aussi entre nos élus et ceux qui dynamitent les valeurs de la République. Cette frontière s'appelle la laïcité à la française. Et notre président devrait avoir à coeur de l'incarner au lieu de l'affaiblir.

Caroline Fourest

Article paru dans Le Monde 

in http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/06/05/les-tribunaux-sous-pression-du-religieux-par-caroline-fourest_1054213_0.html

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