La dernière campagne publicitaire de l’association People for the Ethical Treatment of Animals (PETA) a défrayé la chronique le 01er décembre 2009. Son affiche : le mannequin Joanna Krupa apparait avec des ailes angéliques et comme toute créature digne de ce nom, le chérubin se présente dénudé. Seul un crucifix lui sert de vêtement.

Une affiche démoniaque
PETA ne cache pas sa préférence pour les célébrités "à poils" (1) plutôt qu’en vêtements parés de peaux de bêtes, même si un ange passe depuis la venue de J. Krupa dans la lutte pour la défense des animaux. En ce mois de décembre, PETA entend frapper fort dans sa communication avec un public visiblement avide de cadeaux en tout genre. "Adoptez, n'achetez pas" dit la défenderesse en tenue de Eve harnachée d’une croix. Il n’en fallait pas moins pour choquer les organisations catholiques américaines. "C'est totalement inapproprié et un manque de respect total pour le christianisme et du genre d'abus qui ne serait jamais arrivé avec n'importe quelle autre grande religion, parce que le tollé serait immédiat" proclame Deal Hudson, responsable du site InsideCatholic.com. Bill Donohue, président de la Ligue catholique américaine, complète : "PETA est une arnaque qui a une longue tradition d'exploiter les thèmes chrétiens et juifs pour servir son agenda". Cette image n’a rien à envier aux bandes-dessinées mais la Catholic League l’a promue au rang de publicité sulfureuse. L’association catholique la plus puissante des USA n’en est pas à sa première charge.

La Catholic League entend censurer tout azimut
Créée en 1973 par un jésuite conservateur, le père Virgil Blum, la Catholic League for Religious and Civil Rights défend "le droit des catholiques à participer à la vie publique américaine ", ses cadres oeuvrant aussi pour le Parti républicain dont ils peuvent être responsables. William Donohue était lui-même conseiller dans l’administration George Bush Senior avant de prendre la présidence de l’association en 1993. Il avait travaillé aussi pour un think tank conservateur, Heritage Foundation, où se croisent des membres de mouvement nostalgiques du Troisième Reich comme Roger Prearson, des activistes de la World Anti-Communist League et de nombreux candidats républicains recevant des financements pour leur campagne contre une formation dans la H.F. La Catholic League, passant de 11 000 en 1993 à 350 000 en 1998, est représentée dans 12 états nord-américains. Ses agissements se sont médiatisés lorsqu’elle se lança financièrement et techniquement dans la campagne de protestation contre La Dernière tentation du Christ. Le jour de sa sortie en salle, pas moins de 25 000 manifestants s’étaient rassemblés devant les studios de Los Angeles. La campagne de boycott organisée par la League et la droite religieuse américaine fut épaulée par l’ensemble des médias, soit entre autres plus de 1 200 radios californiennes. (2)

Corpus Christi entre censure et fatwa
La pièce Corpus Christi dont est tiré le film avait subit aussi des protestations liguées, W. Donohue trouvait que si l’auteur a "légalement le droit d’insulter les chrétiens, il n’a pas moralement le droit de le faire." Parce que Terence Mac Nally est gay et qu’il mit en scène un Jésus entretenant des relations homosexuelles avec ses disciples, les représentations de sa pièce avaient donc été annulées sous les actions de la League. Ce malgré le soutien de multiples défenseurs de la liberté d’expression et le fait qu’aucun membre officiel de l’Eglise catholique ne pris part à cette campagne. Au total, ce sont 2 000 manifestants qui s’étaient réunis contre la pièce alors que ses alliés n’en comptaient que 300. En 1999, Corpus Christi rejoignit à Londres où le Tribunal de la Sharia (Shariah court of the UK), conduit par le Cheikh Omar Bakri Muhammad, avait émis une fatwa contre McNally. (3) Le crime dont l’auteur s’était rendu coupable : insulte à un messager de Dieu. L’exécution de la sentence restant de la responsabilité d’un Etat islamique, donc impossible à réaliser en Angleterre. Bien que Jésus soit un prophète de l’islam, le fondamentaliste musulman vint ainsi au secours du christianisme et ses tenants intégristes catholiques contre un ennemi commun symbolisé par T. Mac Nally : l’homosexualité.

Le blasphème ressuscité
En 1995, c’est le film Priest de Antonia Bird qui fut l’objet des foudres de la Ligue Catholique. Le sujet : un jeune prêtre affecté dans une paroisse de Liverpool, découvre que son confrère vit ouvertement avec une femme. Lui-même se révèle après une nuit avec un homme et ses convictions chancèlent lorsqu’il apprend au détour d’une confession qu’un père abuse de sa fille. La Catholic League jeta aussi son dévolu sur Armistead Maupin, l’auteur des Chroniques de San Francisco, qui fut sommé de fournir des excuses. En 2004, le roman Da Vinci Code fut la cible des zélotes catholiques, dont la League de nouveau au gouvernail et Dan Brown accusé de falsifier l’histoire du Christ et de la foi catholique. La trame de ce thriller est nouée autour du mariage supposé entre Jésus et Marie-Madeleine et de leurs enfants. La présence sectaire de l’Opus Dei dans le roman vendu à des millions d'exemplaires en différentes langues n’est pas faite pour flatter le Vatican qui, en 2005, s’est exprimée par la voix du cardinal-archevêque de Gênes et bras droit du Cardinal Ratzinger, Tarcisio Bertone. Celui-ci dénonça le caractère diffamatoire du roman et décréta qu’il fallait d’abord empêcher sa diffusion en milieu scolaire. Devançant la réalisation du film, les militants intégristes de la Catholic League avaient manifesté aux USA tout en s’en prenant aux athées et aux francs-maçons lors de multiples interviews. En 2006, le Mouvement de la jeunesse catholique de France prit la tête des actions contre le film Da Vinci Code accusé de semer la haine anti- catholique. Le M.J.C.F organisa une "veillée d’adoration pour protéger la foi" au Prieuré de Fabrègues intitulée : "Le Da Vinci Code est une fable malhonnête, une arme anti -chrétienne destinée à l'occidental déraciné et privé de connaissances religieuses. Une arme sournoise". (4)

Une peu comme l'Agrif en France, la puissante Catholic League incite l'Eglise à être plus intransigeante et s’érige en défenseur unique de l’intérêt supposé des chrétiens.

Nathalie Szuchendler

 

jeudi 10 décembre 2009

Article Nath Szuchendler consultable in
http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2009/12/10/2240-blaspheme-catholic-league-v-s-association-de-defense-animale