La Haute Cour d’Allahabad (Uttar Pradesh, nord de l’Inde) s’est prononcée ce jeudi 30 septembre 2010 pour le partage du site sacré d’Ayodhya que se disputent hindous et musulmans depuis soixante ans. Le sanctuaire, situé à 550km à l’est de New Delhi, est en effet à l’origine de sanglants affrontements interconfessionnels en Inde.

Un sanctuaire contesté

L’argument avancé par des nationalistes hindous : la mosquée avait été construite par l’empereur moghol Babur en 1528 sur le lieu de naissance du dieu Rama, l’une des principales divinités du panthéon hindouiste, et sur les ruines d’un temple hindou rasé pour l’occasion par l’envahisseur musulman. Le conflit grandit en 1949 lorsque des statues de Rama avaient été érigées dans la mosquée tandis que des hindouistes réclamaient le droit d’y prier à l’intérieur. Les habitants musulmans du pays menèrent alors l’affaire devant les tribunaux, en vain.

En 1992, la mosquée Babri Masjid fut détruite par des fondamentalistes hindouistes. Des heurts inter-religieux avaient fait alors plus de 2 000 morts dans tout le pays. Parmi les groupes extrémistes hindous, le Bharatiya Janata Party (BJP) joua la carte du nationalisme dans la querelle et arrivera au pouvoir en 1998.

A Ayodhya en 2002, un millier d’indiens avait trouvé la mort dans le seul Etat du Gujarat. Les faits : le 27 février 2002, 58 personnes périrent dans l’incendie d’un train au Gujarat. Le Sabarmati Express ramenait des activistes d’extrême-droite hindous appelés Kar Sevaks (les serviteurs) revenant d’Ayodhya afin de reconstruire le temple de Rama sur les ruines de la Mosquée Babur. Dans les semaines qui suivirent, entre 800 et 2000 personnes périrent au Gujarat dans l’une des altercations inter-communautaires les plus meurtrières du pays.

La décision de la cour partage en tiers

Dans son jugement, la haute cour d’Allahabad a octroyé un tiers à la communauté hindoue, un autre à la communauté musulmane, et le dernier à l’organisation hindoue Nirmohi Akhara. Elle a ainsi estimé qu’un tiers du site de 25 hectares devait être contrôlé par la communauté musulmane, celle-ci pouvant reconstruire une mosquée. La communauté hindoue se voit, elle, confier le contrôle de la partie du site abritant un temple hindou de fortune érigé sur les ruines de la mosquée. Les avocats des parties ont annoncé leur intention de faire appel devant la Cour d’ici trois mois.

Malgré les quelques 200 000 membres des forces paramilitaires et policières déployés dans l’Uttar Pradesh, en prévision d’éventuels débordements à l’annonce du verdict, la décision du tribunal n’a pas déclenché de nouvelles violences. Au vue de la lourdeur du dossier, les juges semblent dans une volonté de désamorçage.

Nathalie Szuchendler

Source : http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5iYncW10E-XbViiGS6HUkFhilw4Nw?docId=CNG.aad31bdfb2fe264a186e10286f36a731.1141

 

Dimanche 3 octobre 2010

 

Article Nath Szuchendler consultable in
http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2010/10/03/2310-inde-la-cour-supreme-partage-un-lieu-sacre-