07 janvier 2008
Dîner-débat entre Tariq Ramadan et Marine Le Pen
Il n'y a pas que les animateurs de télévision pour imaginer des dialogues improbables entre caricatures. Le 14 janvier, dans une ambiance conviviale et feutrée, des convives pourront souper en écoutant Tariq Ramadan et Marine Le Pen confronter leurs analyses sur l'immigration.
Le dîner-débat est organisé par « The Kitson », un club issu de l’Association de la presse anglo-américaine de Paris. Fondé en 2005, il réunit des journalistes, des professionnels de la communication et du marketing "ainsi que le gotha du CAC 40", selon http://www.bakchich.info, qui a révélé l'information.
The Kitson, du nom de sa fondatrice, se fait l'apôtre d'un nouveau concept, le « débat Off » : des rencontres devant un public sélectif et sélectionné, qui sait rester discret ce sur qu'il a entendu. Le Club est sélectif en effet. Les cotisations annuelles vont de 150 à 300 euros. Pour écouter Tariq Ramadan et Marine Lepen, il faudra débourser 80 euros pour les journalistes et 160 pour les autres.
« On fait, mais on ne souhaite pas le faire savoir, c’est une sorte de club privé » explique Faten Ben Ahmed, sa secrétaire générale, citée par bakchich.info. Sur son site, « The Kitson » explique que : " Ces événements auront lieu en comité restreint de par la sélection de ses membres et de ses invités. Les membres participant à ces dîners peuvent ainsi partager leurs réflexions sur le débat en cours et se confronter à des personnalités qu’ils n’auraient pas eu l’occasion de rencontrer, ce qui permet de tisser des liens privilégiés de haut niveau".
La rencontre ne semble pas faire peur aux deux intervenants. Marine Le Pen explique : « J’accepte de débattre avec tout le monde. On ne l’a jamais entendu parler de politique d’immigration. Sur l’Islam, je n’aurais sans doute pas accepté, car ce n’est pas un sujet politique. L’immigration, c’est le sujet majeur du XXIème siècle et Tariq Ramadan rencontre un écho auprès d’un certain nombre de gens, cela m’intéresse de connaître son point de vue sur cette question ».
Les organisateurs ont bien choisi le thème du match. Car à part sur l'immigration et sur les tests ADN, Tariq Ramadan et Marine Le Pen risquent de se découvrir surtout des points communs. Marine Le Pen est légèrement plus progressiste que Tariq Ramadan concernant les droits des femmes mais ils partagent le même goût pour une vision hiérarchisée des rapports humains, la même certitude que l'ordre repose sur une vision saine de la famille et de la civilisation, la même haine de 68, la même peur de la décadence occidentale (dont l'un espère le sursaut et l'autre la décomposition).
Ils ont même des alliés potentiels en commun, comme Alain Soral. Conseiller de Marine Le Pen, il faisait partie du petit commando organisé pour aller soutenir le Hezbollah en "témoins" pendant la riposte sanglante Israélienne ayant frappé le Liban il y a deux ans. Pas en n'importe quelle compagnie : celle de Thierry Meyssan (auteur d'un livre expliquant que le 11/09 est un complot de la CIA) et de Dieudonné.
03 octobre 2007
Grèce : l’extrême droite entre au Parlement
Scandales à répétition. Corruption. Bavures policières. Lenteurs dans la gestion des incendies de l’été dernier. Tout semblait sourire à l’opposition socialiste (Pasok) de Georges Papandréou qui pensait reprendre le pouvoir aux législatives.
Les Grecs ont préféré la continuité avec un détail supplémentaire : l’arrivée au parlement pour la première fois depuis la fin de la dictature du Laos (Alarme populaire orthodoxe) du parti d'extrême droite de Georges Karatzaféris.
Depuis la fin de la dictature des colonels (1974) aucun parti d’extrême droite n’était parvenu à être représenté au parlement. L’Eglise a longtemps joué un rôle identitaire pour les Grecs, protégeant leur “spécificité” contre les autres, les non-orthodoxes. Mais avec le début des négociations sur l’entrée de la Turquie, les électeurs ont demandé à leurs religieux de faire le boulot des politiciens. C’est sous le slogan de “non à l’occupation turque”, ou “les serpents et les Turcs ne changent pas” que les troupes du Laos recrutent.
Karatzaféris a mené sa campagne avec une affiche le montrant avec des gants de boxe contre l’ “establishment”.
Son crédo, le retour aux valeurs orthodoxes traditionnelles, la lutte contre la corruption. Pour lui les flux migratoires menacent "l'homogénéité ethnique" de la Grèce, et favorise une "criminalité au zénith". Homme de média, Karatzaféris possède une télévision et un journal. En 2000, il est exclut du parti de la droite classique (Nouvelle-Démocratie) pour dérapages verbaux. Il crée alors son parti (Laos acronyme de Peuple) et devient député européen. Après le 11 septembre, il n’hésite pas à exiger une enquête sur le rôle du Mossad et propage dans sa presse la rumeur selon laquelle les juifs ne sont pas allés au travail le 11 septembre.
Quand la Grèce brûle, on sonne les popes
Le Laos a aussi axé sa campagne contre une avocate Pomaque sous prétexte qu’elle était de religion musulmane. Accusée d’être un agent de la Turquie, elle a dû supporter les foudres de l'évêque orthodoxe de Salonique (nord) Mgr Anthimos qui a expliqué : "nous ne pouvons être unis avec ceux qui ne partagent pas la religion orthodoxe". La culture pâtit de cette montée de l’extrême droite. Déjà, en 2003, alors que Karatzaféris se rend à "Outlook", une exposition d'art contemporain la plus importante jamais organisée en Grèce il se rend compte qu’une des oeuvres montre un crucifix posé contre un mur et, à gauche, un pénis en érection. Pire "la verge en question, ce machin, était circoncise", donc non-orthodoxe. Le ministre de la culture fait retirer l’œuvre. Depuis, les galeries hésitent à “provoquer”. Craignant le score de l’extrême droite, la droite classique de Caramanlis a durcit son discours pour attirer à elle les électeurs d’extrême droite. Avec le résultat de dimanche soir, Karatzaféris a réussit à déculpabiliser les grecs d’extrême droite et assure à son parti une autonomie politique.
Fiammetta Venner
In Charlie-Hebdo du 19 septembre 2007
11 septembre 2007
Bart De Wever, un ex-disciple lepéniste ? (RésistanceS)
Depuis quelques jours, circule (à nouveau) sur Internet une photographie de Jean-Marie Le Pen lors de l'une de ses visites à Anvers. Le président-fondateur du Front national français y est accompagné d’un certain… Bart De Wever, le président de la NVA, le parti nationaliste flamande associé aux démocrates-chrétiens du CD&V. Problème : la NVA devrait devenir l'un des maillons du futur gouvernement fédéral, avec le CD&V, les libéraux (VLD et MR) et les démocrates-humanistes francophones (cdH). Retour sur une polémique dévoilant une fois de plus les liens d'une certaine « droite » avec l'extrême droite.
La photo de Jean-Marie Le Pen avec Bart De Wever date de 1996. Elle a été prise après une conférence organisée à Anvers par le Vlaams-nationale Debatclub, un cercle de réflexion idéologique favorable notamment à la fin du « cordon sanitaire » isolant l'extrême droite sur l'échiquier politique. Lié directement au Vlaams Blok / Belang (VB), ce club préconise l'unité de tous les courants de la droite dans une seule force politique et organise dans ce but des conférences-débats *
Ex-lepéniste futur ministre fédéral ?
Bart De Wever est aujourd’hui le patron de la Nieuw-vlaamse alliantie (NVA), la formation nationaliste flamand issue en 2001 de l’aile ultradroite de l’ex-Volksunie. Depuis, la NVA est en cartel électoral avec les démocrates-chrétiens du CD&V (l'ex-CVP). Elle est également à la table des négociations pour la formation du futur gouvernement fédéral. Bart De Wever en est même un des acteurs clés.
Alors que cette photo recommence à circuler sur le Net (elle était déjà apparue, il y a quelques années, sur le site de Filip Dewinter, le numéro 2 du VB), la justification donnée par un Bart De Wever embarrassé serait simplement risible si l'arrivé de la NVA n'était pas programmée dans le prochain gouvernement fédéral.
« J’avais juste fini mes études et je pensais que c'était une occasion unique de pouvoir entendre Le Pen, qui était à l'époque un personnage de poids dans la politique française. Je suis un légaliste, avec des convictions démocratiques, mais j'ai une conception anglo-saxonne de la liberté d'expression : dans une démocratie, tout le monde doit être libre d'exprimer son opinion, même si c'est une opinion que je déteste. Et je préfère toujours avoir une information de première main que de manière filtrée » (1).
C'est la raison pour laquelle, Bart De Wever paradait avec Le Pen. Son rattachement à la liberté d'expression l'aurait-il poussé également à fréquenter des conférences altermondialistes ou de la gauche radicale ? Il semble que son intérêt allait uniquement en direction d'une certaine droite, bien singulière : populiste, xénophobe et nationaliste.
Sérieux hiatus supplémentaire : De Wever et Le Pen se sont encore revus à l’enterrement de Karel Dillen, le fondateur du Vlaams Blok, figure historique de l’extrême droite flamande et auteur de la traduction en néerlandais du premier livre négationniste. Son enterrement ne se passait pas il y a dix ans. Il se déroulait en mai dernier, juste avant les élections législatives...
Pierre EYBEN & Alexandre VICK
(1) Source : La Libre Belgique du 31 août 2007.
* Vlaams-nationale Debatclub :
les connexions lepéno-flamandes
Bart De Wever, l’actuel président du parti flamand NVA, a rencontré pour la première fois Jean-Marie Le Pen, le dirigeant de l’extrême droite française, en 1996. Lors d’une conférence organisée, à Anvers, par le Vlaams-nationale Debatclub.
Ce « club de débat national-flamand » est apparu en 1980. Officiellement apolitique, il est fortement influencé par un corpus politique d’extrême droite, en particulier celui développé par le Vlaams Blok, aujourd’hui agissant sous le nom de Vlaams Belang (VB). Depuis sa création, ce club organise régulièrement des débats avec des personnalités connues du monde politique, médiatique ou des affaires comme Mark Grammens (publiciste), Filip Dewinter (dirigeant du VB), Roeland Raes (alors vice-président du VB), Siegfried Verbeke (responsable de VHO, une association négationniste fondée à Anvers)...
Des Français ont également été ses conférenciers : Jacques Isorni (un des avocats du maréchal Pétain), Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch (numéro 2 du parti lepéniste)...
Dans le comité directeur de ce club de débat, on a retrouvé notamment Walter Peeters (sénateur blokker) et d’autres membres du Blok ou de Were Di, un cercle de réflexion nationaliste, aujourd’hui disparu, fondé par des anciens nazis et Karel Dillen, le président-fondateur du VB. Le 4 octobre prochain, une conférence aura lieu pour évoquer le souvenir de ce dernier. L'initiative de cet «événement » en revient au... Vlaams-nationale Debatclub.
Alexandre VICK
© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be –
Article mis en ligne le 9 septembre 2007
in http://www.resistances.be/warddebever.html
04 septembre 2007
Belgique : L'extrême droite française s'installe à Liège (ResistanceS)
Début juillet, RésistanceS apprend l'ouverture à Liège de Primatice Belgique, une nouvelle librairie. Sa particularité : son patron, Philippe Randa, est un leader français d'extrême droite de longue date. Nous avons demandé à Guy Laurent, l'un de nos correspondants parisiens et par ailleurs animateur du Centre de recherches, d’information et de documentation antiraciste (CRIDA), de nous brosser le portrait de ce Philippe Randa, de nous informer un peu plus sur sa nébuleuse éditoriale, sur ces liens étroits avec l'extrême droite de Belgique - notamment avec Philip Dewinter du Vlaams Belang - et sur cette singulière librairie ouverte désormais dans la cité Ardente.
Une enquête de Guy LAURENT, membre de l’équipe d’animation du Centre de recherches, d’information et de documentation antiraciste (CRIDA) et correspondant de RésistanceS en France.
Une nouvelle librairie, Primatice Belgique, vient d’ouvrir début juillet à Liège. Son directeur est un dénommé Xavier Verdavoine (1). Indépendamment de sa structuration juridique particulière au regard du droit belge, elle n’est en fait qu’une annexe de la librairie Primatice de Paris dirigée par un certain Philippe Randa.
Qui est donc cet intrépide « businessman » qui n’hésite pas à investir ses deniers personnels en faveur de l’exportation de la « culture française » en Belgique ? Quelles sont ses motivations et quels objectifs commerciaux et/ou politiques poursuit-il en ouvrant à Liège sa seconde librairie ?
Militant d’extrême droite de longue date Philippe-André Duquesne, alias Philippe Randa, est né en 1960. Il aime à se présenter comme « un auteur de documents contemporains sur la littérature, la police, les homosexuels, la politique, la Seconde Guerre mondiale, les grands criminels, les régions et les ex-comptoirs français »(2).
Mais dès avant de publier son premier roman à dix-neuf ans, Philippe Randa entre en politique et devient un militant encarté : « à dix-sept ans, je m’inscrivais parallèlement en facs de droit et de lettres, avec - principalement- option GUD ! » (3).
S’il déclare avoir cessé tout engagement militant partisan depuis plus de vingt ans, il reconnaît toutefois avoir été candidat aux élections municipales sur une liste du Front national. Il reste encore aujourd’hui proche de ce parti, en collaborant par exemple avec Générations Le Pen, l'association frontiste dirigée par Marine Le Pen (4) ou en publiant un appel implicite à voter pour Le Pen aux présidentielles de 2007 (5).
Un journaliste très engagé Pour Philippe Randa, le véritable combat est ailleurs : « j’ai continué le combat politique à travers mes divers articles ou livres - écrits ou édités ». C’est sans doute vrai au sens strictement partisan du terme, mais Randa n’a jamais abandonné - bien au contraire- son engagement politique. Toute sa philosophie politique est résumée dans un éditorial publié en 2002 :
« Les formidables résultats au soir du 21 avril 2002 placent dans notre pays la mouvance nationaliste à plus de 20 % des suffrages. Ils permettent à Jean-Marie Le Pen d’être présent au second tour de l’élection présidentielle. Ils ont redonné espoir à des millions de Français. Les choses ont bougé ! Mais tout n’est pas encore gagné et la victoire politique, plus que jamais, passera par le combat culturel. Au premier plan de celui-ci, il y a les livres « politiquement incorrects » qui sont les munitions indispensables à la formation des futurs cadres de notre pays et à la prise de conscience de ceux qui hésitent encore parfois sur le choix à faire. La victoire…en lisant ! » (6).
En tant qu’écrivain, journaliste, éditeur et libraire, il se veut un point de rencontre, de confrontation et de débat entre les différentes chapelles de sa famille politique : l’extrême droite. Son site internet publie chaque semaine la tribune d’un invité, contribuant ainsi au débat d’idées entre nationalistes. Au travers de ses chroniques politiques hebdomadaires, publiées d’abord sur le site internet d’Unité radicale, un groupuscule néofasciste (7), puis sur ses propres sites (Dualpha.com et philipperanda.com), il distille conseils, avis, jugements et opinions. Il n’est certes pas le seul militant politique d’extrême droite à procéder de la sorte, mais sa particularité réside dans sa capacité à faire que ses chroniques soient reprises par d’autres sites allant des « 4verites.com » de l’ultralibéral Alain Dumait à « Voxnr » du nationaliste-révolutionnaire Christian Bouchet (ex-leader d'Unité radicale). Un auteur prolifique et éclectique Par ailleurs, Randa a été le responsable et le collaborateur d’innombrables titres de la presse nationaliste, entre autres : directeur de la rédaction du Flambeau littéraire (en fait le bulletin de la librairie néonazie l’AEncre), responsable des Dossiers de National Hebdo, en passant par la direction de la rédaction du journal L’Entraide nationale du pasteur frontiste Jean-Pierre Blanchard.
Il a aussi créé la revue Dualpha qu’il définit comme étant - depuis la disparition d’Europe Action, de Défense de l’Occident (du négationniste Maurice Bardèche) ou du Choc du mois (première mouture) - « la seule revue où s’expriment toutes les familles de pensée de la mouvance nationale ». Dualpha a publié plusieurs numéros spéciaux : « la crise du Front national », à « Evola envers et contre tous »...
Philippe Randa est aussi l’auteur de près d’une centaine d’ouvrages, allant de romans policiers et d’espionnage, à des livres érotiques ou de science fiction. Mais le détail de quelques titres des ouvrages dont il est l’auteur (ou le co-auteur) est plus évocateur de son orientation politique que son autoportrait ne le laisse pas deviner : Front de l’Est, le rêve éclaté, Les écrivains- guerriers, L’ordre de la Francisque et la Révolution nationale, Vers la société multiraciste, Les antisémites de gauche, Dictionnaire commenté de livres politiquement incorrect, La maffia rose-Panorama du monde homosexuel, Dictionnaire commenté de la collaboration française, Rescapés de l’épuration...
Un éditeur militant « pluriel », avisé et high tech Homme aux multiples facettes, Philippe Randa veut apparemment maîtriser l’ensemble de la chaîne éditoriale (8). Il devient donc éditeur et fonde en 1997 les éditions Dualpha qui publient des auteurs tels que l’antisémite Edouard Drumont, mais aussi Maurice Bardèche, Saint-Loup (ex-SS français), Robert Brasillach, Alphonse de Chateaubriant sans oublier Gilles Buscia, Jean Curutchet et Jean-Claude Pérez (activiste de l’OAS), le rexiste Léon Degrelle ou bien encore l'écrivain belge Paul Vandromme. Dernièrement, Dualpha a publié La France LICRAtisée, un ouvrage d’Anne Kling, ainsi que la Bibliographie générale des Droites françaises d’Alain de Benoist (en quatre épais volumes). Voulant diversifier sa production, il fonde en 1998 une autre maison d’édition : Déterna. Outre quelques auteurs communs avec les éditions Dualpha, cet éditeur publie la « fine fleur » des auteurs d’extrême droite (ou proches de celle-ci), tant les historiques que les contemporains : Jean Mabire, Jean-François Chiappe, Roland Gaucher, André Figuéras, Marcel Déat, Pierre-Antoine Cousteau, Henry Coston, Guillaume Faye, Jacques Bompart, Otto Skorzeny, Olivier Grimaldi ou le dessinateur Konk.
A noter le « coup » éditorial réalisé en 1993. Randa et trois autres auteurs d’extrême droite publient aux éditions Martelle un livre Hommes et traditions populaires en Poitou-Charentes-Vendée. La préface est rédigée rien moins que par Jean-Pierre Raffarin, alors président de la Région Poitou-Charentes et futur Premier ministre de Jacques Chirac.
Randa précise que si, grâce à l’utilisation des nouvelles technologies d’impression, le prix de fabrication d’un livre n’est plus un obstacle insurmontable pour un petit éditeur (il indique utiliser le tirage numérique, au fur et à mesure des besoins), les vrais problèmes résident dans la diffusion et la distribution de celui-ci. Tirant profit de l’une de ses expériences passées, alors qu’il oeuvrait à la librairie néonazie parisienne l’AEncre (9), Randa a remédié à la question essentielle de la diffusion/distribution « en créant, parallèlement à sa diffusion en librairie, mes catalogues mensuels Francephi diffusion (…) ainsi qu’un site internet, et en avril 2006 j’ouvre un comptoir de vente éditeur » (10). Ses deux maisons d’édition ainsi que les librairies Primatice et la société de VPC (vente par correspondance) Francephi (11) sont en fait les enseignes commerciales des sociétés « Ekaistos » (12) et « 20 ans après », dont Philippe-André Duquesne (alias Philippe Randa) est le dirigeant social.
A priori, Randa est un partisan d’une concurrence intelligente avec les autres VPCistes et librairies en ligne d’extrême droite. Ainsi avec la société Irminsul Editions (installée à Lyon), il passe un accord de diffusion de leurs ouvrages respectifs avec son gérant Lionel Bosserelle. De même, le site internet de Dualpha n’hésite pas à renvoyer – dans l’intérêt mutuel - à la librairie en ligne Librad.com liée au site « Voxnr » de Christian Bouchet (13). Par ailleurs, des mailings croisés permettent de « couvrir » les lecteurs de toutes les tendances de l’extrême droite.
En petit patron avisé, Randa n’hésite pas à proposer ses fichiers clients à la location (14). De même, afin de satisfaire un lectorat sans doute vieillissant, il édite certains livres de ses catalogues en grands caractères.
Primatice Liège : magasin de la haine Philippe Randa déclare « en édition, il ne faut pas confondre spécialisation et ghettoïsation » et essaye de ne pas (trop) s’enfermer dans la vente d’ouvrages liés à telle ou telle (micro) famille politique. Il vise ici sans doute les clients de la Librairie nationale, de la rue de la Sourdière à Paris et ceux d'un autre VPCiste, connu sous le nom de Diffusion de la Pensée française (DPF). La DPF a été fondée par Jean Auguy et est directement liée aux Editions de Chiré. Spécialisées en « littérature contre-révolutionnaire », ces éditions diffusent, outre de très nombreux ouvrages, les deux mensuels Lectures Françaises (fondé par l'antisémite Henry Coston) et Lectures et Traditions. La DPF est l'un des piliers de propagande du courant national-catholique, proche des intégristes lefebvristes.
On trouvera donc aussi à Primatice Liège tous les livres présents à la « maison mère » de Paris, ceux des éditions Déterna et Dualpha comme ceux d’une trentaine d’éditeurs de la « grande famille » nationale et nationaliste française (15) (auxquels viendront sans aucun doute s’ajouter les ouvrages des quelques maisons d’édition belges « cousines ») ainsi que des CD, des DVD, des cartes postales et des jeux. On y exposera aussi des revues et journaux, à savoir la plupart des titres de l’extrême droite française : du Choc du mois à Terre et Peuple, en passant par le Bulletin Célinien, Certitudes, Eléments, les Ecrits de Paris, Krisis, Le Libre journal de la France courtoise, Monde et Vie, National Hebdo, Minute, Rivarol, Réfléchir et Agir, Synthèse nationale, Unité normande et plus curieusement... Actualités juives (dans le but de répondre à toutes accusations d'antisémitisme). Des revues que l’on peut trouver pour certaines en kiosque, mais dont la plupart ne sont livrées que sur abonnement à un public cible.
Pourquoi cette ouverture à Liège ? Randa apporte la réponse suivante : « de nombreux correspondants belges, nous avaient depuis longtemps demandé de bénéficier de notre réseau de diffusion de livres non-conformistes qui a la réputation selon eux, d’être en France le plus dynamique. C’est un compliment auquel nous sommes particulièrement sensibles ». L’argument est recevable, mais la VPC - via Francephi Diffusion - était suffisante pour satisfaire la demande d’un lectorat belge d’expression française.
Randa poursuit-il, au-delà de l’aspect strictement commercial (ouvrir un nouveau marché à ses éditions), des objectifs plus politiques ? La librairie pourrait être - à l’instar de Primatice Paris - un lieu de rencontres, de débats et d’échanges (notamment lors de séances de signature des auteurs « maison »), voire de convergences entre des courants et des familles qui n’ont pas l’habitude de se fréquenter en Belgique. Un familier de l’extrême droite belge Si le père de Philippe Randa, l’écrivain Peter Randa, est né en 1911 à Marcinelle, près de Charleroi, dans le Hainaut belge, son fils a grandi en France. Philippe Randa n’est pas pour autant un inconnu dans le paysage politique et éditorial extrémiste belge.
Parmi les nombreux exemples franco-belges, la revue Dualpha, dans son numéro spécial consacré à la crise de 1998 du Front national, a publié un article de Luc Michel, dirigeant du Parti communautaire national-européen (PCN) (16). Dans ce même numéro figurait une publicité pour la revue Ket éditée alors par l'association Bruxelles Identité Sécurité (BIS, aujourd'hui connue sous le nom d'Alliance bruxelloise contre le déclin) de Pieter Kerstens (responsable francophone du Vlaams Belang). Le numéro 1 de la revue Synthèse nationale, lancée à l’occasion de la convention présidentielle du Front national en 2006 par Roland Hélie (17) - qui n’est pas sans rappeler Dualpha, la revue créée par Randa - publie une interview du numéro deux du Vlaams Belang, Philip Dewinter. Mais la collaboration franco-belge de Randa la plus réussie restera l’expérience menée avec le mensuel Pas d’Panique à bord ! dont il était directeur de la rédaction. Fondé en 1992, celui-ci fusionnera en février 1996 avec la revue Europe nouvelles éditée par le cercle « l’Anneau » de Ralf Van den Haute (18). Philippe Randa deviendra directeur de la rédaction du nouveau mensuel Pas de Panique à bord - Europe nouvelles (19).
Il est aussi a noter que Philippe Randa est l'un des signataires de l'« Appel des 25 pour une grâce présidentielle en faveur de Michel Lajoye », un terroriste néonazi emprisonné pour l'organisation d'attentats anti-immigrés dans les années 1980. Initié en 2006 par le CEPE... le Comité d'entraide aux prisonniers européens, cet Appel a notamment été signé par Fabrice Robert (dirigeant du Bloc Identitaire), Emmanuel Ratier (disciple de l'antisémite Henry Coston), Camille Galic (directrice de Rivarol), Bruno Gollnisch (numéro 2 du Front national français)... et deux Belges, Patrick Cocriamont et Marc Laudelout, respectivement député fédéral du FN de Daniel Féret et fondateur-directeur du Bulletin Célinien, ainsi qu'auteur d'un livre sur l'hebdomadaire pro-négationniste Rivarol édité chez Déterna, un des maillons éditoriales de la nébuleuse animée par Philippe Randa. Le monde est petit...
La prochaine participation politique de Philippe Randa est annoncée à Paris pour le 27 octobre de cette année, à l’occasion du premier anniversaire de la revue Synthèse nationale qui rassemblera, outre Philippe Randa et Roland Hélie, Jean-François Touzé du FN, Pierre Vial de Terre et Peuple, Bernard Antony de l’AGRIF, Nicolas Bay du MNR de Bruno Mégret, Odile Bonnard de Solidarité des Français, Jérôme Bourbon de Rivarol et Bruno Larebière du Choc du mois, sans oublier « l’invité d’honneur »... Phiilip Dewinter, et nous revoilà en quelque sorte de retour en Belgique…
Guy LAURENT
Notes :
(1) Présenté comme le fils d’un auteur publié par les Editions Dualpha, Francis Verdavoine- Bourget dans un article « Une librairie Primatice ouvre en Belgique », Synthèse nationale, numéro 4, été 2007 p. 35-37 (2) Voir le détail de cet autoportrait sur le site internet personnel de Philippe Randa (philipperanda.com). (3) In Philippe Randa « le Fort Chabrol du FN n’est plus », Dualpha, hors série numéro 1, mai 1999, p.162. Pour connaître les exploits violents du Groupe union défense (GUD), voir Xavier Renou : « Le GUD, autopsie d’un moribond. Histoire et analyses d’un groupuscule d’extrême droite (1975-1995) » aux Editions Reflex. On peut aussi consulter l’ouvrage collectif outrageusement hagiographique « Les rats maudits. Histoire des étudiants nationalistes 1965-1995 », éditions des Monts d’Arrée liées à Frédéric Chatillon. A cette époque, le GUD était étroitement lié au Parti des forces nouvelles (PFN), dissidence du Front national français dirigée par Roland Gaucher, Pascal Gauchon et Alain Robert. (4) Voir son article « Comment dans l’imaginaire de l’extrême gauche, les immigrés ont pris la place des prolétaires » dans le numéro 16 d’octobre/novembre 2005 p. 6 de L’Aviso, bulletin de liaison mensuel de l’association Générations Le Pen de Marine Le Pen. (5) Voir le supplément à National Hebdo, spécial campagne présidentielle de « Le Pen Et si c’était lui ? Le Pen 2007 », p.10 où dans un article « les soucis d’un petit patron », l’éditeur Randa apprécie à sa juste valeur l’expérience du chef d’entreprise Le Pen (à l'époque où il dirigeait la SERP, une société de diffusion de disques religieux et politiques). (6) Extrait de l’éditorial du catalogue numéro 38 de 2002 de Dualpha Diffusion, rédigé par Thomas Magne, collaborateur de Philippe Randa. (7) Le mouvement Unité radicale sera dissous après la tentative d’assassinat contre Jacques Chirac, le 14 juillet 2002, par Maxime Brunerie, l'un de ses sympathisants. (8) Sur l’édition d’extrême droite, voir l'article : « L’édition d’extrême droite : géographie d’un univers discret », dans le numéro hors série (juillet 1997) de LIVRES « fascismes d’hier et d’aujourd’hui », bulletin publié avec le concours de l’Association des Bibliothécaires français (ABF). Voir aussi dans le dossier réalisé par la Fédération française de coopération entre bibliothèques (FFCB) avec le concours du Centre de recherches, d’information et de documentation antiraciste (CRIDA), en mai 1999, « Les bibliothèques face aux pressions politiques : quelques outils », le chapitre consacré à la diffusion de l’édition et de la presse d’extrême droite. (9) La librairie l'AEncre venait alors de succéder à la librairie Ogmios. Celle-ci vendait ses livres via le minitel (3615 Boukin). Très vite Ogmios, société de vente par correspondance (VPC) qui possédait aussi la librairie du même nom, « s’est rapidement démarquée des formes de VPC pratiquées dans le milieu nationaliste, en imprimant des catalogues et des publicités attrayantes, mettant en valeur les ouvrages ou articles proposés, et en les diffusant régulièrement à des dizaines de milliers de correspondants dans toute la France et en Europe. Ogmios n’a jamais hésité à diffuser les ouvrages de tous les auteurs non-conformistes », Le Crapouillot numéro 119 de mai-juin 1994, « Les nationalistes sont de retour », l’article de Xavier Cheneseau « Nationaux et nationalistes en France », p.54. Pour ce qui est de l’histoire agitée des librairies d’extrême droite, telles Ogmios, L’AEncre ou la Librairie nationale, voir les articles : « Petites boutiques des horreurs » et « Les pets et la plume » parus dans REFLEXes numéro 4 de 2001 consacré à la « Propagande et aux médias ». (10) Selon une Interview de Philippe Randa à Rivarol, du 7 avril 2006. A noter que Déterna a publié le livre du Belge Marc Laudelout, directeur du Bulletin célinien : Rivarol, hebdomadaire d’opposition nationale, consacré au journal d'extrême droite Rivarol. Avant la création de son comptoir parisien, les livres de Déterna et de Dualpha étaient en vente à la librairie d'extrême droite La licorne bleue. (11) Nom de la structure de vente par correspondance (VPC) créée par Randa, basée à Coulommiers (en Seine-et-Marne) et dont la directrice est Françoise Duquesne (12) Nom sans doute tiré de son ouvrage de science fiction Les fusils d’ekaistos, paru en 1981 au Fleuve Noir. La SARL Ekaistos a réalisé en 2005 un chiffre d’affaire de 256.307 euros. (13) « Voxnr » se définit comme le « site des résistants au nouvel ordre mondial » et reprend les chroniques hebdomadaires de Philippe Randa. A signaler que Librad.com existe, outre en français, en versions italienne et allemande, lesquelles proposent des ouvrages dans ces deux langues. Dans « Les nôtres-La lettre », numéro 12 du mois d'août 2007, le bulletin interne de ce réseau nationaliste de propagande, Christian Bouchet indique la preuve concrète de la réussite de Librad.com « se trouve dans l’accord qui nous lie à la nouvelle librairie parisienne Primatice ». Les éditions Déterna ont publié Les nouveaux nationalistes, un livre de Christian Bouchet constitué d’interviews de militants néofacistes. A noter que l’interview de Bouchet est réalisée par... Randa. (14) Le site commercial www.locadresses.com indique que les éditions Dualpha offrent à la location 60.896 références clients et précise que le profil de la clientèle est « essentiellement masculine, âgée de 40 à 60 ans et aux revenus élevés ». (15) Parmi lesquels : Ars Magna, Avatar, Godefroy de Bouillon, Nouvelles Editions Latines, Pardès, Servir... (16) Dualpha, numéro hors série, mai 1999, « Ni César ni Brutus », p. 147-152. (17) Roland Hélie est, entre autres « qualités », un ancien de la direction du Parti des forces nouvelles, de National Hebdo, de l’Alliance populaire et du Parti national républicain (PNR). Il est aujourd’hui responsable du club Ligne Droite qui se veut la « boîte à idées au service de la Droite nationale ». Le président du PNR était Jean-François Touzé, aujourd’hui membre du bureau politique du Front national de Le Pen, secrétaire national chargé de la coordination des élus et responsable de la communication de la campagne présidentielle 2007 . Il est aussi conseiller régional d’île de France. Le même Touzé a publié en 2006 aux éditions Déterna Comme une veillée d’armes, sa « chronique de combat de l’année 2005 ». Synthèse nationale de Roland Hélie est très proche de Philippe Randa. C'est sur son site que fut annoncée, en juillet 2007, l'ouverture de la librairie Primatice à Liège. (18) Cet animateur d’expression française de la Nouvelle Droite flamande est aussi l’un des anciens leaders de la Vlaamse jeugd, organisation de jeunesse du Hertog Jan Van Brabant, un cercle regroupant des anciens combattants SS flamands qui fut lié en 1980 au groupe terroriste néonazi, le WNP, et ensuite aux négationnistes de VHO. Ralf Van den Haute a aussi été conseiller communal du Vlaams Blok à Sint Pietersleeuw (commune de la périphérie bruxelloise). Voir au sujet d’Europe nouvelles et de l’Anneau l’article de René Monzat dans le rapport 1996 du CRIDA « Racisme, extrême droite et antisémitisme en Europe » p. 39, dans l’édition 1997 du même rapport celui de Manuel Abramowicz p. 41, ainsi que l’article de Jean-Yves Camus consacre aux « relations internationales du Front national » dans l’édition 1998 du rapport du CRIDA, p. 232. Voir aussi l’article de Nadia Geerts in RésistanceS du 26 mars 2005. (19) Qui deviendra dès le numéro 13/14 de mars 1996 Pas de Panique - Europe nouvelles.
© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 20 août 2007.
lundi 3 septembre 2007 in http://prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/09/03/1705-belgique-l-extreme-droite-francaise-s-installe-a-liege-resistances
15 janvier 2007
Le groupe de l'extrême droite au Parlement européen ressucite
C'est aujourd'hui que sera enregistré au Parlement européen le groupe baptisé "Identité, Tradition, Souveraineté" (ITS). Sous la houlette de personnalités Jean-Marie Le Pen ou la petite-fille de Benito Mussolini le groupe a pour mission la "reconnaissance des intérêts nationaux, des souverainetés, des identités et des différences", l’engagement en faveur des valeurs chrétiennes et de la famille traditionnelle, et s’opposera à une Europe "unitaire, bureaucratique et à un super Etat européen" et à une "politique massive d’immigration" selon Gollnisch. Le groupe aura le droit de déposer des amendements et des résolutions, bénéficiera d'un temps de parole plus important, et recevra plus de subventions.
Les sept eurodéputés du Front national seront la première composante du groupe, devant les cinq élus du parti Grande Roumanie, puis les trois élus belges du Vlaams Belang. Autres députés attendus l’ITS Andreas Mölzer, un temps écarté du parti d’extrême droite autrichien FPÖ pour ses positions trop à droite, deux nationalistes italiens dont la petite-fille du Duce Alessandra Mussolini, et le Britannique Ashley Mote. Remarquons aussi le très délicat Bulgare Dimitar Stoyanov, du parti ultranationaliste Ataka, qui avait provoqué un scandale en octobre en protestant contre l’attribution à une Hongroise d’origine Rom de la distinction "meilleure parlementaire 2006". "Dans mon pays, il y a des dizaines de milliers de filles tziganes plus belles que cette honorable-là (...) Les meilleures d’entre elles sont chères -jusqu’à 5.000 euros pièce, Wow !"
Celà faisait 12 ans que l'extrême droite européenne n'avait pas reussi à se rassembler. Jean-Marie Le Pen avait notamment présidé de 1984 à 1989 le "groupe des droites européennes" et de 1989 à 1994 le "groupe technique des droites européennes".

