egalibre, blog de Nathalie Szuchendler

une activiste éducative et prochoix

04 mai 2008

Guerre de droits d'auteur pour le 11 septembre

Sur fond de conflits en Irak et au Pakistan, chiites et sunnites se crêpent le turban pour savoir qui a le plus gros Coran.

Avouez qu'il y a de quoi l'avoir mauvaise. Après avoir théorisé l'attaque de « l'ennemi lointain », Ayman Al-Zawahiri, le bras droit de Ben Laden, qui se réjouit régulièrement du raid béni du 11 septembre, vient d'apprendre, lors d'un chat Internet, qu'Al-Qaida n'était en rien responsable des attentats du Wall Trade Center. Et voilà notre terroriste confronté au douloureux problème du droit d'auteur et du brevet. Il a beau invectiver, revendiquer, menacer, rien n'y fait. Entre les racistes occidentaux, qui n'arrivent pas à imaginer comment un plan aussi efficace a pu germer dans le cerveau d'un Égyptien, et les complotistes, qui n'imaginent pas une pensée structurée hors de la CIA et du Mossad, impossible de se faire entendre.

C'est donc également sur le registre complotiste que Zawahiri essaye à nouveau de se faire entendre. Il affirme aujourd'hui que la théorie selon laquelle les attentats du 11 septembre 2001 seraient l'œuvre des Américano-sionistes est diffusée par l'Iran et ses supplétifs du Hezbollah. Donc il s'agit d'un complot ourdi par les sunnites, qui refusent de reconnaître la force et l'héroïsme des chiites, qui, eux, savent frapper au cœur...

Morts aux infidèles chiites!

Au-delà de la bataille d'ego, cette anecdote dévoile un pan des recompositions à l'œuvre dans le monde musulman. On savait que les deux principales branches se sont disputé la légitimité d'incarner l'islam. Via la généalogie et la ferveur pour les futurs chiites, via le texte pour les futurs sunnites. Mais ce qui était un schisme, une divergence, devient, avec l'OPA du wahhabisme sur l'islam politique, une trahison impardonnable.

Pour les sunnites d'Al-Qaida, les chiites doivent être éradiqués, comme les Juifs et les chrétiens, car ils seraient responsables de la défaite de l'islam contre la chrétienté... au XVII ème siècle ! Et même si les chiites ne sont pas en reste - ils pensent que le Coran sunnite a été falsifié -, le fait est là : aujourd'hui ce sont des civils qui sont visés en Irak ou au Pakistan. Cette dispute originelle se poursuit donc aujourd'hui dans les faubourgs de Bagdad, tout comme dans les forums Internet des jeunes islamistes français. Sur Mejliss, forum chic des islamistes français, on parle des chiites comme « une des pires sectes égarées que t'fstam ait jamais connues, [...] Même la famille du Prophète prières et bénédiction d'Allah sur Lui — n'est pas épargnée de leurs mensonges et poisons ». Toujours selon ce site, il faut «éradiquer la doctrine chiite»... 

Fiammetta Venner

in Charlie-Hebdo du mercredi 30 avril 2008

* À lire : Sunnites, chiites, pourquoi ils s'entretuent, de Martine Gozlan, au Seuil.

Posté par Nath Szuchendler à 22:07 - Intégrisme - Permalien [#]


13 novembre 2007

Un syndicat proteste contre la dérive pro-Hezbollah de radio Monte Carlo Doualiya

Lettre ouverte à l’opinion publique et aux autorités de Tutelle

Monte Carlo Doualiya ou Monte Carlo Islamiya ?

Ignorant superbement les mises en garde de la CGC Audiovisuel, la Direction de Monte Carlo Doualiya filiale à cent pour cent de Radio France Internationale, a organisé un « pot » le mardi 16 octobre pour fêter l’Aid el Fitr. Cette initiative était d’autant plus déplacée que le Comité d’entreprise avait déjà organisé un pot deux jours plus tôt pour la même occasion et dans l’open-space de la rédaction.

Ni le Comité d’entreprise, ni la Direction n’avaient célébré auparavant les fêtes religieuses, conformément au principe de laïcité dans le service public. Aucune cérémonie particulière n’a été organisée, ni pour Pâques, ni pour l’Ascension, ni pour Noël, ni pour la Toussaint, ni pour Hanoukka, ni pour Yom Kippour.

Est-ce bien juste pour les salariés chrétiens et juifs de l’entreprise ? Que dire des salariés athées ou non croyants ? De surcroît, cette année, à l’antenne, l’Aid el Fitr a été l’occasion d’un concert de congratulations, de célébrations, de papiers, de reportages alors que pas un mot de vœux n’a été prononcé pour Hanoukka ou Yom Kippour par exemple…

Pourtant, nous ne nous serions jamais insurgés contre un petit pot pour l’Aïd (et tant pis pour l’entorse à la laïcité) si cette initiative ne venait s’inscrire dans un contexte de dérive grave qui s’est dangereusement accentué avec l’actuelle direction et qui nous amène à nous poser des questions sur la raison d’être même de cette radio.

- Ce pot aurait pu être un vrai pot de l’amitié et de la fraternité, si un journaliste de la rédaction, délégué syndical SNJ de surcroît, n’avait voulu interdire une émission sur une rafle dans un bar gay du Caire, sous prétexte qu’il est choquant de parler d’homosexualité pendant le mois du Ramadan ! Le journaliste en question s’était laissé aller à des crises d’hystérie, ponctuées de hurlements et d’imprécations en pleine séance de questions DP. Le même a remis ça en Comité d’entreprise il y a moins d’un an, sans s’attirer de la part du directeur général autre chose qu’une molle protestation. Et pas un mot du rédacteur en chef ! Pour le SNJ, l’actualité serait-elle priée de faire carême pendant le Ramadan ? Le terrorisme intellectuel ne s’est-il pas révélé payant ces dernières années: combien d’émissions sur le drame que vivent les communautés homosexuelles dans les pays arabes ? Deux, trois ? A peine. Et combien de sujets au news ? Pratiquement aucun. Mieux que ça : le journaliste censeur a bénéficié d’une double promotion en 2005 !

- Ce pot aurait pu être un vrai pot de l’amitié et de la fraternité, si une journaliste de la Rédaction n’avait salué à l’antenne, d’un retentissant « Bonjour de la Victoire » le cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah en août 2006, cessez-le-feu présenté par le parti de Dieu comme une victoire ! Par notre radio aussi apparemment !

- Ce pot aurait pu être un vrai pot de l’amitié et de la fraternité, si la même journaliste n’avait imposé, en présence du rédacteur en chef, un « reportage » complètement bidon sur de prétendus ballons empoisonnés envoyés par Israël au dessus du Liban. Reportage inspiré directement par l’agit-prop du Hezbollah et qui a été diffusé sur notre antenne sans la moindre prise de distance et sans la moindre tentative de recouper les « informations » qu’il contenait. Ces informations étaient évidemment fausses. Pourtant, à ce jour, notre radio n’a toujours pas diffusé de démenti ! En invoquant de manière aussi triviale le mythe du juif empoisonneur, notre « consœur » a peut-être cru servir la « Cause ». Elle n’a fait que discréditer un peu plus notre Radio et nous enlever jusqu’au droit de critiquer de façon crédible l’Etat hébreu. Bilan : une promotion pour la journaliste en question en 2006, dans une charrette de réajustement il est vrai, mais une promotion quand même…

- Ce pot aurait pu être un vrai pot de l’amitié et de la fraternité, si un assistant n’avait demandé et obtenu! pas plus tard que le 23 octobre dernier, la censure d’une rubrique pleine d’humour et inspirée d’une dépêche AFP, intitulée : « La Békaa libanaise entre le Hachich, le bon vin et le Hezbollah ». La rubrique a été interdite de site internet à la suite de l’intervention de cet assistant auprès du rédacteur en chef, qui s’est exécuté sans rien dire ! Cette initiative de l’assistant zélé a été approuvée à posteriori par un rédacteur en chef adjoint, nommé à ce poste par l’actuelle direction et qui collectionne depuis des années les interviews de dirigeants islamistes…Il est probable que la direction ne l’oublie pas avec une belle promotion en 2007.

- Ce pot aurait pu être un vrai pot de l’amitié et de la fraternité, si la haine tenace de ce même rédacteur en chef adjoint ne continuait de poursuivre, et continuera sans doute jusqu’à la septième génération, les quelques journalistes qui ont osé publiquement protester contre l’arrivée annoncée d’une journaliste voilée, correspondante à Paris de la télévision d’Etat iranienne, protestations qui leur avaient valu d’être traités « d’ayatollahs de la laïcité » par l’ancienne directrice de l’information qui sévit désormais à France 24. La consoeur voilée raconte dans un article publié le 7 novembre dans le quotidien libanais « Assafir », comment un responsable de la radio lui a expliqué pourquoi on ne faisait pas appel à ses services malgré une lettre lui annonçant qu'elle avait réussi le « concours » de recrutement, en lui disant que « certains journalistes de la radio refusaient la présence d'une femme voilée parmi eux. » Une fois de plus, la direction se défaussait sur « des journalistes de la rédaction ». Quel courage !

- Ce pot aurait pu être un vrai pot de l’amitié et de la fraternité, si un autre journaliste de la Rédaction, de surcroît délégué syndical CFDT, n’avait pris sa plus belle plume pour protester contre ce qu’il qualifie de « rattage » (sic) des élections législatives palestiniennes en janvier 2006. « A notre grande surprise », écrit-il, « nous avons constaté qu’aucune émission spéciale, hors les programmes habituels, n’a été faite pour marquer cette événement majeure (re-sic) ». Pourtant, sur deux jours, les 25 et 26 janvier 2006, la durée des journaux a été allongée de 10 minutes (soit de moitié), un envoyé spécial s’est rendu sur place pour renforcer les trois correspondants habituels à Gaza, Ramallah et Jérusalem. A eux quatre, ils ont totalisé en deux jours, 27 correspondances, deux reportages et cinq interviews, dont celles du président palestinien et du chef de file du Hamas, Ismaïl Hanieh, sans compter les interventions en direct et le magazine politique entièrement consacré à l’événement. Ce décompte a été fait par la directrice de l’info elle-même, que l’on peut difficilement soupçonner d’anti-islamisme primaire. Pourtant, pour le confrère, ce n’était toujours pas assez ! Il fallait encore plus pour « marquer l’événement ». Le marquer ou le fêter ?

- Ce pot aurait pu être un vrai pot de l’amitié et de la fraternité, si ce même délégué syndical n’avait lancé en toute impunité et de manière systématique une véritable campagne de dénigrement, de déstabilisation et d’intimidation, à coup de mails calomnieux et insultants et d’attaques personnelles graves et humiliantes, y compris dans les questions DP (documents divers que nous tenons à disposition de l’entreprise qui les a de toute façon) une campagne dirigée contre des salariés presque tous non musulmans et presque tous libanais, allant jusqu’ à réclamer des « solutions radicales » contre certains d’entre eux. Malheur à ceux qui n’appartiennent pas à la bonne ethnie ou à la bonne religion ! Comme si on voulait leur faire comprendre qu’ils n’avaient pas leur place ici, à moins de se soumettre et d’accepter d’être des « dhimmis ». Cette campagne systématique qui dure depuis plusieurs années n’a soulevé chez la direction qu’une bien timide réprobation. Mieux que cela : double promotion pour le journaliste en question en 2006 ! Le plus inquiétant, c’est que ce monsieur qui se croit tout permis affirme disposer de fidèles parmi les salariés et se vante de faire embaucher ceux qu’il recommande et de faire virer ceux qu’il désigne, sans que la direction n’apporte aucun démenti ni par la parole, ni par les actes. Une assistante n’a-t-elle pas été approchée par un intermédiaire lui enjoignant d’aller dire merci à ce monsieur pour lui avoir obtenu un contrat !

Ce ne sont là que des exemples, des éruptions ponctuelles du volcan de haine qui bout à Monte Carlo Doualiya. Passons sur les réflexions quotidiennes antisémites et anti libanaises, les remarques désobligeantes, les plaisanteries homophobes, etc. Un volcan de haine qui prospère à l’ombre d’une direction inerte qui se retranche derrière une prétendue neutralité dans ce qu’elle qualifie de « guerre des clans » ou de « guerre des syndicats » pour éviter d’assumer ses responsabilités et fuir les questions qui fâchent. Une direction qui a fait du « despotisme mou » une règle de conduite, qui a complètement délaissé l’antenne et ne songe qu’à multiplier à grands frais les « opérations spéciales », les délocalisations de l’antenne et les voyages en Orient. Une direction où la politique du compromis règne en maître. Une direction tétanisée par les projets de réorganisation de l’audiovisuel public et leurs conséquences sur son propre avenir. Une direction obnubilée par l’idée de « survivre après Antoine Schwarz » et qui cherche par tous les moyens, aujourd’hui, à étouffer les scandales qu’elle n’a pas pu finalement empêcher de sortir. Y compris en faisant pression sur les récalcitrants sur l’air de : « surtout ne pas laver le linge sale en public, sinon, le grand méchant Georges-Marc viendra nous croquer tous… ».

Malgré les pressions, nous avons décidé de ne pas nous taire…Nous posons sereinement la question : a-t-on le droit, lorsqu’on est en charge d’une radio internationale de la jeter en pâture à quelques militants qui cherchent à l’instrumentaliser et à la mettre au service d’une cause qui n’est pas celle des valeurs que nous sommes censés tous partager ? A-t-on le droit de faire cela avec l’argent du contribuable ?

Le Directeur général, la secrétaire générale et le rédacteur en chef portent à l’évidence une lourde responsabilité dans cette dérive éditoriale et dans la détresse d’une grande partie du personnel qui commence à se demander pour quelle sorte d’entreprise il travaille. Que sommes nous exactement? Une radio française, républicaine et arabophone? Une radio communautaire? Une radio islamiste? Un petit mélange de tout cela?

Il est temps d'apporter des réponses claires à ces questions autrement que par des voeux pieux. A notre tour de réclamer des solutions « radicales » au premier sens du terme. Nous en appelons d’abord à la solidarité confraternelle, en particulier au SNJ et au syndicat des journalistes CFDT.

Ils ne peuvent accepter que leurs étiquettes syndicales servent de couverture à la censure, à l’homophobie, à l’antisémitisme et à l’idéologie de la haine. Il y va de l’honneur de la profession.

Nous en appelons également aux autorités de Tutelle et aux pouvoirs publics qui ne peuvent laisser une radio financée par des deniers publics partir à la dérive. Nous en appelons aussi au PDG Antoine Schwarz que l’on dit sur le départ. Il ne peut partir avec ce cas sur la conscience. La situation ne supporte plus de demi-mesures.

Nous en appelons enfin et surtout aux salariés musulmans ou de culture musulmane de Monte Carlo Doualiya. Nous les invitons à ne pas répondre aux sirènes hurlantes du communautarisme, à ne pas offrir un silence consentant à ces comportements inspirés par la haine, et à se désolidariser publiquement et fermement de leurs auteurs, comme certains d’entre eux ont déjà commencé à le faire, au prix de leur propre tranquillité quotidienne et même de l’évolution de leur carrière professionnelle, afin que le prochain pot soit un vrai pot de l’amitié et de la fraternité.

COMMUNIQUE de S.P.C Syndicat de la Presse

Paris, le 8 novembre 2007

in http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/11/13/1821-un-syndicat-proteste-contre-la-derive-de-radio-monte-carlo-doualiya

Posté par Nath Szuchendler à 20:43 - Intégrisme - Permalien [#]

03 novembre 2007

Procès en diffamation de l’Opus Dei contre les éditions Après la Lune. Audience le 7 novembre

RAPPEL DES FAITS
Mars 2007. Parution en librairie de Camino 999 de Catherine Fradier. C'est une fiction. 31 mai. L'Opus Dei, représentée par son avocat Alexandre Varaut, intente un procès en diffa-mation à l'éditeur du livre, Jean-Jacques Reboux, en qualité d'auteur principal, et son auteure, Catherine Fradier, en qualité de complice, et réclame 30.000 € de dommages et intérêts, 5.000 € au titre de l'article 700 du Nouveau Code de procédure civile, ainsi que la publication à leurs frais d'un communiqué dans un journal choisi par le plaignant, dans la limite de 15.000 €.

LES PROTAGONISTES
Créée en 1928 en Espagne à l'initiative de José Maria Escriva de Balaguer, prêtre canonisé en 2002 par Jean-Paul II, l'Opus Dei, prélature de l'Eglise catholique, est une organisation présente dans le monde entier. Maison d'édition fondée en mars 2006, Après la Lune est une SARL au capital de 26.000 €. A noter que lors de la sortie du best-seller planétaire Da Vinci Code, l’Opus Dei, irritée par le livre de Dan Brown, semble-t-il, n’avait néanmoins pas intenté de procédure, se contentant de le vouer aux gémonies sur son site Internet.

QUE NOUS REPROCHE-T-ON ?
On nous reproche de faire référence dans le titre, Camino 999, à l'œuvre de Escriva de Balaguer El Camino (Le Chemin), composée de 999 maximes spirituelles. On nous reproche de porter atteinte à l'honneur et à la considération de la Prélature de l'Opus Dei en reprenant une expression pourtant utilisée dans les médias pour qualifier l’Opus Dei, de même que certains faits de l’affaire Matesa, qui défraya la chronique espagnole dans les années 70. On nous reproche de « mêler la fiction et la réalité sans avertir le lecteur sur la distance qu'il conviendrait de prendre quant aux faits énoncés et sans jamais l'inviter à faire la différence entre fiction et réalité. » Sur le site officiel de la Prélature, son porte-parole va même jusqu’à inventer le barbarisme de “fiction journalistique”. Enfin, dans un second temps, on nous reproche d’avoir donné de la publicité à cette affaire en publiant le texte de l’assignation sur le site des éditions, et en faisant certaines déclarations à la presse, notamment au journal Le Monde, alors que dans le même temps l’Opus Dei a envoyé un communiqué à l’AFP, relayé par certains médias étrangers, notamment de nombreux sites Internet espagnols, brésiliens, roumains, italiens.

MORCEAUX CHOISIS
L’extrait suivant de l’assignation de l’Opus Dei est éloquent. « Nous ne demandons en aucune manière que le livre soit interdit ou censuré, mais seulement que les passages diffamatoires soient jugés tels par l’autorité compétente. Les lecteurs de Catherine Fradier y gagneront, car ils pourront bénéficier à la fois d’une œuvre littéraire et d’une information authentique sanctionnée par l’autorité judiciaire. » L’ennui, c’est qu’à aucun moment l’Opus Dei ne cite ces fameux passages prétendument diffamatoires. Ce qui n’a finalement que peu d’importance, puisque, comme il est indiqué dans leurs “conclusions” : « Il est manifeste que M. Reboux et Mme Fradier savent bien pour leur part ce qui leur est reproché par l’Opus Dei. » (!) Fort de cette bonne logique, la Prélature va jusqu’à demander à la justice de poursuivre « l’ouvrage qui doit être considéré comme entièrement diffamatoire en ce compris la première et la 4e de couverture » – c’est-à-dire la totalité des 396 pages ! Relevant le reproche fait par notre avocat de ne pas citer les passages incriminés, Me Varaut balaie l’argument d’un revers de robe magistral : « La seule autre solution eut été de proposer une citation de plusieurs centaines de pages en reproduisant la totalité de l’ouvrage… » alors que la première référence à l’Opus Dei dans Camino 999 n’apparaît que dans la seconde moitié du roman ! Notre avocat, Me Emmanuel Pierrat, a donc soulevé la nullité de l’assignation, au motif que la non-citation des passages incriminés ne nous permet pas de nous défendre équitablement. Les magistrats de la 17e chambre du TGI auront à trancher cette question.

LES CONSEQUENCES D’UNE EVENTUELLE CONDAMNATION
Avec ce type d'assignation, c'est la liberté d'expression et de création littéraire qui est mise en danger. Le but de l’Opus Dei semble être d’empêcher l’expression sur leurs activités, en s’attaquant à un petit éditeur, ceci alors que de nombreux livres – des essais pour la plupart – ont, ces trente dernières années, critiqué l’Opus Dei, de façon souvent virulente, sans que leurs auteurs aient été pour autant traînés en justice, à notre connaissance. Moins médiatique que le procès des caricatures contre Charlie-Hebdo, ce procès s’inscrit dans le champ du nouvel ordre moral qui sévit depuis quelque temps, en France et ailleurs. En second lieu, c'est l'existence même d'une maison d'édition qui est menacée. Face à une organisation argentée, une petite maison lutte pour sa survie. Si nous perdions ce procès, il est évident qu’Après la Lune, actuellement dans une situation économique délicate, n’aurait d’autre choix que de mettre la clef sous la porte.

CAMINO 999, c’est aussi un roman… … qui fait partie des 3 romans finalistes du prix Polar SNCF, décerné en janvier 2008. Rappelons que le précédent roman de Catherine Fradier, La colère des enfants déchus, paru chez le même éditeur, a obtenu le Grand prix de littérature policière 2006.

contact presse : Jean-Jacques Reboux
06.24.06.52.24
jjr@apreslalune.com
www.apreslalune.com

in http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/11/03/1806-proces-en-diffamation-de-lopus-dei-contre-les-editions-apres-la-lune-audience-le-7-novembre

Posté par Nath Szuchendler à 11:07 - Intégrisme - Permalien [#]

07 octobre 2007

Un Dieu de peur

Le biologiste de l’évolution Richard Dawkins, âgé de 66 ans, évoque l’activisme des croyants, l’origine de la spiritualité et l’emprise néfaste de la religion sur les enfants.

Le Spiegel : M. Dawkins, vous comptez l’ancien évêque d’Oxford au nombre de vos amis : un homme qui a consacré sa vie à « un tyran misogyne, homophobe, raciste, tueur d’enfants, auteur de génocides, mégalomane, sadomasochiste, lunatique et nuisible » - c’est du moins comme cela que vous décrivez le Dieu de l’Ancien Testament. Vous avez cependant de l’estime pour l’évêque ?

Dawkins : Richard Harries est un homme très sympathique, très intelligent et cultivé. Sa croyance n’affecte pas ma vie quotidienne. Il serait plus difficile pour moi d’être l’ami d’un raciste.

Le Spiegel : L’évêque trouve-t-il amusant que vous l’accusiez de fanatisme ?

Dawkins : Oh, il est très aimable avec moi, comme le sont les évêques en général.

Le Spiegel: Aux Etats-Unis, on tolère beaucoup moins qu’on affiche ainsi son athéisme …

Dawkins : Oui, on dirait qu’en Amérique une sorte de religiosité naïve passe à l’offensive. Des dizaines de milliers de personnes s’y entassent dans des méga-églises et y donnent chaque semaine un billet de banque.

Le Spiegel: Comment expliquez-vous qu’il n’y ait rien de comparable en Europe ?

Dawkins : Peut-être parce que la religion est terriblement ennuyeuse en Europe. Les gens, ici, en Grande-Bretagne, vont à l’église une fois par an, à Noël ; ils vont aux mariages et aux enterrements, un point c’est tout. Par contre, l’Amérique est le seul pays occidental qui a rigoureusement séparé l’Eglise et l’Etat. C’est pourquoi les Eglises sont devenues des entreprises libérales. Il y a de la publicité agressive, et des vendeurs qui vantent les mérites de la religion comme des camelots en plein marché. Et les Eglises concurrentes convoitent les clients : viens dans mon Eglise, pas dans l’autre ! Donne-moi de l’argent, mais pas aux autres !

Le Spiegel: Avez-vous déjà assisté à l’une de ces messes gigantesques aux USA ?

Dawkins : Oh oui… Il y a de la musique, des projecteurs qui clignotent, des micros qui hurlent, des garderies, des restaurants, des divertissements de toutes sortes. C’est le lieu où l’on passe son dimanche, où l’on rencontre des gens. En Europe, on a de jolis vitraux colorés, et parfois de belles chorales. Mais l’église n’est pas le lieu où l’on se rend pour passer du bon temps ! Une messe américaine ressemble à un concert de rock, ou à un congrès du N.S.D.A.P. – ce à quoi j’ai comparé le show, plus tard, avec le pasteur. Malheureusement, il ne savait pas ce que c’était, un congrès du N.S.D.A.P.

Le Spiegel: Pourquoi menez vous un combat si acharné contre la foi ? Avez-vous peur ?

Dawkins : Oui, j’ai peur de l’activisme de la foi. J’ai peur de la conviction des gens de savoir exactement ce qui est bon. J’ai peur que, pour eux, il n’y ait plus aucun argument de valable.

Le Spiegel: Tout croyant n’est pas un fanatique, et tout musulman n’allume pas des bombes.

Dawkins : Certes. Mais il existe, en marge de chaque communauté religieuse, un groupe qui commet des actes de violence. De plus, l’existence de militants chrétiens, islamistes et juifs n’est qu’un des éléments angoissants. La religiosité mine aussi l’intellect et sape la recherche de la vérité ; on se satisfait de quelque chose qui n’explique rien – bien que nous ayons des explications !

Le Spiegel: Chacun ne peut-il pas être heureux à sa manière ?

Dawkins : Trouvez-vous normal que le prêcheur Pat Robertson affirme publiquement que la Nouvelle-Orléans ait été inondée parce que Dieu voulait y punir les homosexuels ? A chaque fois qu’une catastrophe naturelle survient, de tels évangélistes – par ailleurs conseillers et amis intimes du Président Bush – trouvent un bouc-émissaire.

Le Spiegel: Doit-on vraiment prendre au sérieux les déclarations de tels extrémistes ?

Dawkins : Il faut poser la question à l’envers . Je ne vois pas pourquoi on devrait être indulgent lorsque des croyants disent des choses comme cela. Dans l’Ohio, un tribunal a permis à un jeune de porter à l’école un T-shirt où l’on pouvait lire : « L’homosexualité est un péché, l’Islam est un mensonge, L’avortement est un meurtre. » Pourquoi ? Parce que cela faisait partie de sa foi.

Le Spiegel: Votre critique de la religion s’est-elle radicalisée au fil des années ?

Dawkins : Sans doute. Le 11 septembre 2001 l’a sûrement radicalisée, ainsi que la réponse des chrétiens, leur croisade contre leurs nouveaux ennemis, la division du monde entre Bien et Mal.

Le Spiegel: Les hommes mènent des guerres pour de nombreuses raisons, pas seulement religieuses. Nous ne comprenons pas encore tout à fait, pourquoi votre fureur ne touche que la foi.

Dawkins : Ce qui m’indigne surtout, c’est l’endoctrinement des enfants. Je considère la religion comme une forme d’emprise mentale sur les enfants. Il est monstrueux que notre société colle des étiquettes sur les bébés : tu es un enfant catholique, tu es un enfant protestant. Nous n’imaginerions pas de parler d’un enfant marxiste ou conservateur !

Le Spiegel: Mais en quoi peut bien nuire une telle étiquette ?

Dawkins : Cela surcharge les enfants, ça les rend vulnérables. Peut-être pas en Allemagne, mais c’est le cas en Irlande du Nord, en Irak, en Israël. Et même si ce n’est pas directement dangereux – c’est une mise sous tutelle. Bien avant que l’enfant ne soit assez âgé pour avoir sa propre opinion sur le cosmos, la morale ou l’humanité, on lui met la marque de celui qui croit en la Sainte Trinité…

Le Spiegel: Un abus mental exercé sur les enfants ? C’est une lourde accusation.

Dawkins : Oui. Je trouve grave de raconter à de jeunes enfants, que des personnes qu’ils aiment rôtiront en Enfer, par exemple parce qu’ils sont protestants.

Le Spiegel: Sérieusement, quel prêtre fait encore ainsi peur aux enfants aujourd’hui ?

Dawkins : Je vous recommande de visiter la « Maison de l’Enfer » dans le Colorado. Des acteurs y représentent les différents péchés de la manière la plus horrible : l’avortement par exemple, ou l’homosexualité. Un diable en rouge saute tout partout et crie « Haaahhh », puis on finit soi-même en Enfer, avec l’odeur du souffre en train de brûler. Le seul but de cet établissement est de faire peur aux enfants.

Le Spiegel: Le message d’amour chrétien devrait vous sembler plus approprié pour les enfants.

Dawkins : Connaissez-vous le documentaire « Jesus Camp » ? C’est un colonie de vacances évangéliste pour les enfants. On les y entraîne à devenir les soldats de Dieu – avec des fausses armes. La manière dont on dresse ces enfants vous glace le sang…

Le Spiegel: Quand avez-vous commencé à douter de la foi ?

Dawkins : Autour de mes neuf ans. J’ai réalisé qu’il y a beaucoup de religions, et que toutes ne peuvent avoir raison. Mais il y avait encore un reste de raisons pour lesquelles croire : en particulier la complexité et la beauté de la vie. A 15 ans j’ai compris Darwin, l’évolution…

Le Spiegel: et cela vous a fait définitivement perdre la foi en Dieu ?

Dawkins : Oui. C’est pourquoi je ferais tout pour ne pas être cité comme témoin dans l’un des procès de créationnistes américains. On me demanderait si je suis devenu athée par l’intermédiaire de Darwin, je devrais répondre « oui », et l’avocat de la partie adverse triompherait. Car si l’on peut montrer aux USA que le darwinisme peut conduire à se détourner de la religion, plus personne ne voudra que l’évolution soit encore enseignée à l’école.

Le Spiegel: Considérez-vous que la science et la religion sont fondamentalement inconciliables ?

Dawkins : Il y a des scientifiques religieux, il est donc apparemment possible pour l’esprit humain d’unir ces deux visions du monde. Mais il m’est difficile de le comprendre. A mes yeux, l’évolution supprime les raisons principales de croire en Dieu.

Le Spiegel: La physique laisse-t-elle plus de place pour Dieu que la biologie ?

Dawkins : Peut-être. Les constantes fondamentales de l’univers sont effectivement très précises, et aucune théorie ne peut expliquer pourquoi ces constantes ont exactement ces valeurs. Mais la moindre différence de ces constantes aurait empêché l’univers, tel que nous le connaissons, d’exister. On peut en déduire qu’il existe forcément un designer, qui a fixé ces constantes de manière aussi précise.

Le Spiegel: Laissez-nous deviner : vous ne trouvez pas cet argument convaincant ?

Dawkins : Je le trouve insuffisant au plus haut point ! Car il nous revoie alors la question : d’où vient donc ce designer ?

Le Spiegel: Avez-vous une meilleure explication face à ce réglage si précis de notre univers ?

Dawkins : Il y a des raisons de penser qu’il existe de nombreux univers, chacun avec des lois et des constantes différentes. Parmi ces millions d’univers différents, il n’y en a qu’une infime minorité réunissant les conditions nécessaires à la naissance des étoiles, des éléments ou de la vie. Nous devons bien vivre dans l’un de ces quelques univers, puisque nous sommes là. Je trouve que c’est une explication assez élégante.

Le Spiegel: Mais on ne peut pas prouver l’existence de cette multitude d’univers, et cela laisse la place pour un Dieu, qui a initié toute création…

Dawkins : …et qui a pris sa retraite ensuite ? Même lui serait un énorme être surnaturel, une intelligence qui ne fait plus rien depuis le big bang. C’est au fond toujours la même hypothèse de Dieu.

Le Spiegel: Peut-être qu’il faut entendre autre chose par « vrai » ou « faux ». Lorsqu’on interroge les gens sur leur foi, on a l’impression que Dieu est une sorte de vérité que l’on ressent, que l’on éprouve. Se pourrait-il qu’en plus du concept scientifique de vérité, qui est le vôtre, il en existe un autre ?

Dawkins : Je me demande simplement lequel. On pourrait par exemple décréter qu’un morceau pour quatuor à cordes de Schubert est vrai, d’une manière ou d’une autre. Mais j’espère n’avoir jamais à défendre cette affirmation. Il est possible qu’il s’agisse ici d’une autre forme de vérité – le quatuor à cordes nous émeut aux larmes. Mais au fond on ne fait que jouer sur les mots.

Le Spiegel: La science n’a toujours pas résolu les trois questions qui sont peut-être les plus fondamentales de toutes : l’origine de la matière, l’origine de la vie et l’origine de la conscience. Toutes trois concernent des moments de création : au début il n’y avait rien, et tout d’un coup il y a quelque chose. Peut-être la science ne résoudra-t-elle jamais ces questions ?

Dawkins : Je doute que la science ne puisse jamais étudier de telles avancées. Je ne suis pas sûr non plus qu’il y ait eu à chaque fois une telle rupture. Prenons l’exemple de la conscience de soi : beaucoup pensent que les vers à soie ont un tout petit peu de conscience, les chiens beaucoup plus et c’est nous, les humains, qui en avons le plus.

Le Spiegel: Et l’origine de la vie ?

Dawkins : Tout a commencé avec l’apparition d’une molécule capable de se dupliquer. Mais cet événement n’a pas beaucoup changé la planète : avant, la mer était un bouillon de molécules ; après, elle devint un bouillon de molécules dont quelques unes pouvaient se dupliquer. Personne n’aurait pu savoir à l’époque qu’on en récolterait plus tard les formes de la vie complexe. Mais la plus dure de vos trois questions est celle de la conscience. Là, on a déjà du mal à définir l’essence même du problème.

Le Spiegel: Mais c’est justement ce manque que l’on comble à merveille avec Dieu. C’est bien ce que l’on reproche habituellement à la science : elle ne répond pas à la question cruciale : Qui suis-je, et quelle est ma raison d’être ?

Dawkins : Si un système théorique n’est pas en mesure de m’expliquer quelque chose, cela ne signifie pas pour autant qu’un autre en est capable ! C’est complètement illogique !

Le Spiegel: Si, comme vous le dites, la religion a si peu de réponses convaincantes, pourquoi a-t-elle autant d’adeptes ? L’évolution n’a-t-elle pas favorisé un besoin de spiritualité chez l’Homo sapiens ?

Dawkins : Comme beaucoup de biologistes, je pense que la sélection ne favorise pas la religiosité en tant que telle. Elle pourrait aussi être produite par une autre caractéristique qui serait, elle, favorisée.

Le Spiegel: Comment devons-nous imaginer ce phénomène ?

Dawkins : La religion pourrait, par exemple, être produite par la propension des enfants à obéir à leurs parents. L’avantage évolutif est facile à voir : dans les contrées hostiles, un enfant désobéissant menait une vie dangereuse en passant outre les mises en garde de ses parents. C’est pourquoi la sélection a vraisemblablement favorisé la soumission à des autorités. Mais un cerveau qui croit ce que disent les autorités ne peut plus distinguer entre le bon conseil – ne pas aller en forêt la nuit, car il pourrait s’y trouver un tigre à l’affût – et l’ordre insensé de sacrifier une chèvre pour faire tomber la pluie.

Le Spiegel: Mais cette théorie n’a rien de spécifique à la religion. Elle peut expliquer la diffusion de n’importe quelle sorte d’absurdité…

Dawkins : …ce qui est vrai. Regardez toutes les superstitions : « Ne passe pas sous une échelle », ou « Les chats noirs portent malheur ». Les idées se répandent comme des virus.

Le Spiegel: Et qu’est-ce qui fait le succès d’un virus ou d’un autre ?

Dawkins : Un virus qui dit : « Tu survivras à ta mort » est par exemple très attractif. Car il y a beaucoup de gens qui ont peur de la mort, et qui aiment donc cette idée. Ou bien prenez l’idée selon laquelle avoir la foi serait une vertu, et avoir la foi malgré tout argument rationnel serait une vertu encore plus grande. Il est facile de voir quel avantage évolutif peut apporter un tel virus.

Le Spiegel: La foi n’est qu’un aspect de la religion. Quelle importance accordez-vous aux autres : Tradition et rituel ?

Dawkins : La plupart des gens semblent accorder une certaine valeur aux rituels, c’est vrai. Les athées aussi lèvent leur verre en l’honneur d’un couple de jeunes mariés. Et je dois avouer que je me sens un peu gêné quand je vois quelqu’un en jean et T-Shirt, dans un dîner en ville où chacun est en costume-cravate.

Le Spiegel: Vous fêtez Noël ?

Dawkins : Oui, c’est-à-dire que nous faisons des cadeaux à nos enfants.

Le Spiegel: Avez-vous célébré votre mariage à l’Eglise ?

Dawkins (en riant) : La première des trois fois, oui. A l’époque, nous n’avons même pas songé à faire autrement. La société nous l’imposait en quelque sorte.

Le Spiegel: Se pourrait-il que les rituels soient le point crucial des religions – et non la foi ?

Dawkins : C’est possible. Je ne m’attaque pas aux rituels. Je m’intéresse aux fidèles qui pensent, par exemple, que Dieu leur a dit d’aller en Irak, de faire sauter des cliniques où l’on pratique l’avortement, ou d’empêcher la recherche sur les cellules-souches.

Le Spiegel: « Si Dieu n’existait pas, tout serait permis » disait Dostoïevski. Où en serions-nous sans l’éthique chrétienne ?

Dawkins : Nous n’avons pas du tout tiré notre éthique de la Bible. Nous ne devons pas nos valeurs – l’égalité, par exemple, ou l’interdiction de l’esclavage et de la torture – aux Ecritures. Elle sont nées d’un consensus libéral, que nous partageons avec tous ceux que nous considérons comme civilisés. Si nous tirions vraiment notre éthique de la Sainte Ecriture, le monde serait affreux. Comme l’Afghanistan sous les Talibans.

Le Spiegel: Et le Sermon sur la Montagne ?

Dawkins : Vous y faites référence parce que le Sermon correspond à votre consensus libéral moderne, tandis que ce n’est pas le cas du Deutéronome : on y apprend qu’il faut tuer par lapidation les femmes adultères.

Le Spiegel: Chacun prend donc de la Bible ce qui lui convient ?

Dawkins : Tout à fait. Nous nous accorderions vraisemblablement vite sur le fait que « Tu ne tueras point » est un bon commandement, et « Tu ne feras pas de représentations de moi » un commandement idiot.

Le Spiegel: Mais la croyance en un Dieu est peut-être appropriée pour imposer les normes d’une société ?

Dawkins : Oui, par la corruption et par la peur. Tu es un homme bon car tu as peur que Dieu te punisse. Si cela était vrai, si les hommes n’agissaient que par crainte de Dieu, cela me semblerait plutôt indigne. Je veux dire : seriez-vous l’ami d’un homme qui ne serait bon que par crainte de Dieu ?

Le Spiegel: Aimeriez-vous interdire la religion ?

Dawkins : Non. La liberté de penser sera toujours pleine et entière dans ma vision du monde. Je ne veux qu’aiguiser les consciences.

Le Spiegel: Vous semblez avoir agi plutôt brutalement jusqu’ici. Même certains de vos alliés contre le rejet de la science vous reprochent de donner l’impression, avec votre livre, que l’athéisme est aussi intolérant que ceux auxquels il s’oppose.

Dawkins : C’est une morale à deux poids, deux mesures. Si vous dites que Bush est un idiot, plus d’un seront d’accord. Mais si vous dites que la religion est idiote, vous êtes dur, acharné, emporté. Si vous comparez le ton de mon livre à celui des critiques de théâtre ou des commentateurs politiques, vous constaterez que j’y suis plutôt doux et calme.

Le Spiegel: Au moins cinq auteurs ont écrit des pamphlets récents contre la religion. Quelle en sera la portée selon vous ?

Dawkins : Les athées ont été gentils bien trop longtemps. Maintenant ils font entendre leur voix – et voyez-vous cela : nos livres sont d’énormes succès. Mon livre s’est déjà vendu à plus d’un million d’exemplaires dans l’édition brochée…

Le Spiegel: …peut-être certains ne l’ont ils acheté que pour le brûler…

Dawkins (en riant) : C’est possible. Je pense naturellement que je prêche avant tout pour ma paroisse. Mais je vois aussi que mes partisans sont bien plus nombreux qu’on ne le pensait. Même si nous n’arrivons pas à faire détourner les croyants de leur foi, nous amènerons peut-être les gens à assumer ouvertement leur athéisme.

Le Spiegel: Vous voyez-vous en chef de guerre contre la religion ?

Dawkins : Pouvez-vous m’imaginer en chef de file ?

Le Spiegel: Vous ne seriez peut-être pas le plus diplomate, mais cela correspondrait à votre surnom : « Le rottweiler de Darwin » ?

Dawkins : Les rottweilers sont de charmants petits chiens, très mignons.

Le Spiegel: M. Dawkins, nous vous remercions pour cet entretien.

© Der Spiegel 37/2007 - Tous droits réservés.

Traduit par M. Magniez.

dimanche 07 octobre 2007

in http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/10/07/1762-un-dieu-de-peur

Posté par Nath Szuchendler à 18:07 - Intégrisme - Permalien [#]

28 août 2007

D'Ariane Mnouchkine, metteuse en scène ( parole de soutien)

                                    

ariane_mnouchkine

J'ai tellement d'admiration pour ces femmes qui risquent leur vie, leur tête, leur corps, qui risquent tout, que ce soit en Iran, en Algérie, en Afghanistan, en Inde, que signer un texte pour les soutenir est presque dérisoire pour moi.

Je n'accepte pas que des valeurs qui sont pour moi transculturelles, l'égalité homme-femme, la démocratie, la laïcité, la liberté religieuse, c'est-à-dire la liberté de changer de religion ou bien la liberté de ne plus croire, la liberté de croire, des valeurs absolument inégociables, universelles, soient battues en brèche. La façon dont l’intégrisme tend et parfois réussit à s'infiltrer dans notre société me fait très peur, et me met très en colère. Je sais que l’intégrisme peut utiliser la liberté d'expression pour la nier, utiliser la démocratie pour la nier, c'est tartuffe !

Ariane Mnouchkine posté par Chalah Chafiq, iranfeministe.online.fr

dimanche 01 juillet 2007

in http://iranfeministe.online.fr/index.php?2007/07/01/13-d-ariane-mnouchkine-metteuse-en-scene

Posté par Nath Szuchendler à 10:13 - Intégrisme - Permalien [#]

02 août 2007

Grâce à la Scientologie, on réapprend l’apartheid en Afrique du Sud

L’une des provinces les plus touristiques d’Afrique du Sud s’apprête à confier tous les enfants scolarisés de deux à dix-huit ans aux bons soins de la Scientologie. Laquelle se charge de leur réapprendre que les êtres sont illégaux par nature…

Mi-juin, cent vingt enfants de la province de KwaZulu-Natal, triés sur le volet, ont participé à un atelier sur les  “droits humains”  coorganisé par Youth for Human Rights International  (YHRI). Cette association a pour particularité d’être dirigée par le responsable de la formation de l’Eglise de Scientologie en Afrique du Sud,  Allan Wohrnitz. Et elle a obtenu carte blanche des autorités pour mener à bien cette initiative. Le gouvernement local, ravi de l’expérience, songe même la plus sérieusement du monde à confier la formation de la totalité des enfants de la province – soit un cinquième des élèves du pays – à la Scientologie. Les négociations sont en cours.

Allan Wohrnitz s’en réjouit d’avance et se veut rassurant : “L’enseignement sera non-religieux. Juste basé sur la moralité, et établissant un code de conduite pour faire des droits humains une réalité.”  Cette dernière phrase est un leitmotiv de la Scientologie qui professe que les “droits humains” deviennent réels grâce à leur œuvre bénéfique.

L’Afrique du haut contre l’Afrique du bas

On ne voit d’ailleurs pas pourquoi cette secte, entièrement dédiée au prosélytisme, ne profiterait pas de cette aubaine pour bourrer le crâne des enfants qu’on lui confie si gentiment… Lors de leur stage en juin, quelques notions de base scientologues leur ont déjà été inculquées.  Après seulement  quelques heures d’endoctrinement – pardon, de “formation”  -, l’une des participantes, Samukelisiwe Ndlovu, élue au Parlement des enfants et interviewée dans le journal national Mail & Gardian, a ainsi expliqué : “les personnes dont les émotions  ont une tonalité haute sont vivantes, donnent en retour à la société. Celles du milieu peuvent faire de petites choses. Celles du bas sont complètement mortes. Elles regardent avec un visage de mort pendant les débats, elles ne veulent pas être actives dans la société.”

Formidable  initiative, donc, où des enfants nés après l’apartheid, réapprennent l’inégalité des êtres, l’inutilité des uns et l’inutilité des autres… Selon le gouvernement local, qui vient de recevoir un prix des mains de l’Organisation mondiale du tourisme, près de 4,4 millions d’enfants pourraient dans les prochains mois être confiés à cette association satellite de la Scientologie. Pas mal pour une organisation qui comptent à l’heure actuelle moins de quinze mille membres.

Cobayes en short

Ainsi, le gouvernement  du KwaZulu-Natal, le bastion des Zoulous, la nation la plus guerrière d’Afrique du Sud, celle qui peut se targuer avec fierté d’avoir toujours résister aux colons et aux envahisseurs, s’apprête à capituler  en douceur devant une secte américaine parlant de “mauvaise race”.

En fait, cette délégation de l’enseignement permet au gouvernement de la province de  se débarrasser de plusieurs problèmes. Dans un pays ravagé par les inégalités sociales, la drogue et la délinquance, mais où les impôts sont largement insuffisants pour financer  un véritable service public, l’offre de la Scientologie est une magnifique aubaine. Plus besoin de campagne d’information, la secte a trouvé une idée géniale – et pas chère – pour lutter contre la drogue : confier le titre honorifique de  “antidrug marshal” à certains adolescents, afin qu’ils dénoncent leurs camarades et qu’ils distribuent des brochures scientologues, notamment “La Voie du bonheur”, de Ron Hubbard. Trente mille adolescents ont déjà signé. C’est ce que la Scientologie appelle “la régénération des valeurs morales auprès des jeunes”. Autre proposition : un programme “anti crime”, consistant à transformer d’anciens prisonniers en missionnaires modèles, c’est à dire en scientologues.

Autant dire que plusieurs parents et élus locaux s’inquiètent  de voir leurs enfants  passer dans de telles mains. Et ils rappellent au gouvernement que la France a inscrit la Scientologie dans la liste des sectes. Mais personne ne leur a encore dit que le nouveau président veillait depuis 2003 à ce que la secte ne soit plus inquiétée ( notamment en démissionnant le responsable des R.G chargé de sa surveillance), ni qu’il songeait lui-aussi à lutter contre la délinquance et la drogue grâce aux bienfaits de l’espérance spirituelle bon marché…

Quarante ans d’incruste

Les missionnaires chrétiens et musulmans ne sont pas les seuls à rêver de coloniser l’Afrique par la foi. L’Eglise de Scientologie dispose de pions depuis les années 60. Très exactement depuis 1961, date à laquelle Ron Hubbard ouvre ses premiers centres en Afrique du Sud. A une époque où la plupart des pays et quelques entreprises boycottent le régime sud-africain, le gourou semble n’avoir aucun problème avec le système de l’apartheid. Jusqu’au jour où le gouvernement s’intéresse d’un peu trop près à ses finances et au contenu de certains séminaires.

Dès lors, à partir des années 1970, la Scientologie fait mine de s’opposer au régime. Ce qui lui permet aujourd’hui d’apparaître comme un héros de la lutte anti-apartheid, mais ne l’empêche pas, quarante ans plus tard, de demander à ses adeptes “As-tu jamais fais l’amour avec une personne d’une mauvaise race ?” dans l’un des ses questionnaires-confessions dont la secte raffole…

Au sortir de l’apartheid, les nouveaux gouvernements se laissent convaincre que se méfier de la Scientologie serait une forme de discrimination, voire de racisme. Libre de tout contrôle, l’Eglise se répand un peu partout, notamment dans les quartiers défavorisés, où elle la joue  “service public”, grâce à des programmes d’alphabétisation, de lutte contre la délinquance et la drogue. Une approche qui vient de porter ses fruits et lui vaut désormais une certaine reconnaissance institutionnelle.

Caroline Fourest et Fiammetta Venner

In Charlie-Hebdo du mercredi 1er Août 2007

Posté par Nath Szuchendler à 12:37 - Intégrisme - Permalien [#]

27 juillet 2007

Iran : la résistance permanente affronte une répression continue ( Parvin Ardalan )

Au petit matin du 9 juillet 2007, la créativité source de révolte secoue une fois de plus le corps de la société des immobilistes. L’annonce de l’arrestation des principaux membres du « Bureau de consolidation de la solidarité » , Bahareh Hédayat, Mohammad Hachémi, Ali Nikou Nesbati, Mehdi Arabchahi, Hanif Yazdani et Ali Vefghi, est rapidement diffusée. Assis, à même le sol, pancartes à la main, ils nous interpellent à travers l’image. Ces six personnes rassemblées à 6 heures du matin devant l’Université Amir Kabir, sous les regards oublieux, recrée dans notre imaginaire les événements de 1998 à la Cité Universitaire.

Cette fois, ce sont eux (et non pas les forces de pression) qui assaillent notre esprit et nous demandent de résister à l’immobilisme contagieux de notre époque. Ils nous forcent à ne pas oublier les événements du 9 juillet 1998 de la Cité Universitaire. A ne pas oublier les efforts fournis pour la libération des 8 étudiants de l’Université Amir Kabir emprisonnés. Dans ce rassemblement non déclaré, ils se montrent pour affronter les peurs et les compromis. Cet acte aboutit non seulement à leur arrestation, mais aussi à celle de 10 autres membres et la mise sous scellé de ce mouvement.

Ce geste conscient cristallise un choix délibéré contre le déterminisme ambiant et contagieux ambiant. Il agit dans un contexte où la dominance de l’économie de spéculation conduit à imprégner tous les domaines de la vie d’une culture fondée sur « l’intérêt à gagner » qui pousse à considérer tout acte de protestation comme irrationnel par rapport au « prix à payer ». Cette vision se justifie non seulement par rapport à la répression existante, mais aussi par le rappel des raisons liées à la préservation des intérêts économiques, politiques et situationnistes qui retardent toute sorte de changement. Ces acteurs troublent notre esprit, non par l’aspect héroïque de leur acte, ni par leur radicalisme, mais tout simplement par leur révolte contre l’immobilisme opportuniste qui nous domine.

Encadrée dans une photo, leur image frappe encore plus fortement notre esprit que l’annonce de leur rassemblement. Peut-être parce que ce tableau va à l’encontre des images habituelles et nous interpelle vivement.

En effet, personne ne peut se souvenir du 9 juillet 1998 sans penser à l’image de la chemise tachée de sang de Ahmad Batébi .

Qui peut oublier la photo du 12 juin 2006 de Délaram Ali, traînée par terre ; celle de Jila Bani Yaghoub, menottée ou celle des femmes battues ?

Quel rapport peut remplacer les photos du visage ensanglanté d’une femme agressée par la police à cause de sa tenue vestimentaire ?

Quelle description peut aller au-delà de la photo de cet ouvrier qui s’est pendu pour n’avoir pas eu de réponse à sa revendication syndicale ? Photo qui montre la douleur, la souffrance, l’harassement et la protestation.

Quel récit peut mieux démontrer la répression sanglante d’un gouvernement sinon les images des hommes portant une aiguière autour du cou ?

Quel rapport est capable de dégoûter l’esprit de la violence de la lapidation sinon la photo d’une femme ou d’un homme, à moitié nu/e, à moitié enterré/e ?

Là où les médias officiels parlent de cérémonies d’« inauguration » et d’ « accueil » , et camouflent les protestations, ou bien produisent démagogiquement des informations « de velours » à l’instar de celles du 20h30 » pour diffuser des falsifications et des mensonges, ces images percutantes qui prolifèrent de jour en jour, tourmentent nos yeux, comme « le chapeau de Clémintès » de Milan Kundera, et perturbent nos sommeils. Les photos des Délaram et des Batébi sèment le trouble, car elles ne peuvent rester inaperçues ni devenir gracieuses en se camouflant sous les réponses malicieuses des politiciens. Ces photos sont les tranches d’une réalité qui, constamment, est destinée à demeurer cachée. Le sourire complaisant des médias et ses phrases dorées et rêveuses ne peuvent dissimuler la véritable violence qui les contient. Ces photos sont celle d’une réalité qui interpelle les consciences.

SOUS L’OMBRE D’UN COUP D’ETAT RAMPANT

Durant ces derniers mois, les attaques contre les personnes et les groupes actifs se sont intensifiées. Le coup d’Etat rampant via les douces méthodes sécuritaires s’est transformé en attaques continues pour rendre impuissants les esprits et paralyser les activités des mouvements féministes, syndicaux, estudiantins et des droits de l’Homme. Les interpellations devant les tribunaux, la sentence de peines lourdes, comme la flagellation et les emprisonnements illégaux, se poursuivent et s’intensifient.

L’arrestation de Haleh Esfandiari , l’interdiction de sortie du territoire de Nazi Azima , la proclamation de peines inattendues contre les activistes du mouvement féministe, Délaram Ali et Alieh Eghdam Doust, la mise en détention des étudiants de l’Université Amir Kabir, l’arrestation des membres du « Bureau de la consolidation de la solidarité » (en tirant en l’air comme s’ils attaquaient un repaire de malfaiteurs !), la mise sous scellé du bureau de cette organisation estudiantine, l’arrestation de Mansour Ossanlou, dirigeant du syndicat du transport urbain, et de Amir Yaghoubali, l’un des initiateurs de « la campagne pour un million de signatures » , font partie des activités précipitées des forces de « sécurité » qui ne visent qu’à couper le souffle citoyen aux activistes de la société civile.

Cette action ne cessera pas. Nos « sécurisateurs » sont d’avance prêts à bondir, et, dès ce chaud été, à nous empêcher d’organiser tout mouvement, avant qu’il n’y ait un 7 décembre , avant qu’un 8 mars ne se montre, avant qu’une protestation syndicale ne se forme et que des idées qui profiteraient des opportunités électorales pour porter des revendications civiles, ne se mettent en route. Alors, dans les jours historiques des mouvements civils, sous un climat électoral contrôlé, il ne leur restera plus qu’à observer leur propre rassemblement policier.

Pour préserver l’étendue de cette « douce » sécurité militaire, habituer les esprits à la peur et à l’ordre militaire, et pour démontrer le pouvoir des « sécurisateurs », un outil est nécessaire : la lutte contre le « mauvais port du voile » et contre « la racaille ». Il faut étouffer la résistance dans l’œuf !

Nos responsables savent eux-mêmes que l’action contre le « non-port du voile » et, plus tard, contre le « mauvais port du voile », dans les premières années de la révolution, considérée comme porteuse d’une « valeur idéologique », est aujourd’hui, même pour les exécuteurs des lois, vidée de son sens. Et pour leurs interlocuteurs qui sont, la plupart du temps, des femmes et des jeunes filles qui n’ont pas vécu la révolution et vivent à l’époque de la tranquillité nucléaire, cela est une sorte de démonstration de force artificielle qui n’a aucune légitimité et dont les bases idéologiques sont chancelantes.

A l’heure actuelle, les agents de l’ordre et les femmes savent que, dans ces démonstrations de force, il n’y a ni effort ni volonté de convaincre d’une quelconque « valeur ». Tout cela est du passé. Même les agents concernés, au lieu d’exécuter les ordres, les contournent parfois. Cependant on continue à recruter des personnes et à trouver des prétextes pour la militarisation permanente de l’espace urbain.

AUCUNE PEUR FACE AU PROJET DE FAIRE PEUR

Actuellement, il y a nous, et en face, ce déploiement sécuritaire. Faut-il avoir peur et s’isoler ou s’expatrier, comme beaucoup l’ont fait parce que leur espace vital devenait étroit ? Faut-il avoir peur des interpellations, des arrestations, des interrogatoires, de la prison, des amendes, des flagellations ou de longues peines de prison, pour nous tous, ou bien faut-il résister dans cet espace clôturé et faire entendre notre voix ?

J’observe les photos des étudiants, des femmes et des syndicalistes arrêtés. Je fixe du regard la sérénité, la solidité de ces individus courageux, peu nombreux, mais puissant/es. Est-ce que la pression et la répression sont toujours efficaces ? Il semble que, dans la répression des activistes sociaux, la stratégie du système ne fonctionne plus comme avant. Dans le passé, toute attaque contre les activistes politiques ou contre les activistes de la société civile entraînait de lourdes conséquences. Certain/es ont été forcé de s’exiler, d’autres ont été emprisonné/es, d’autres encore assigné/es à résidence. En fait, l’anéantissement de l’espace vital des activistes de la société civile, de manière indépendante et organisée, était et est, à long terme, l’un des objectifs des gouverneurs face aux mouvements et organismes civils.

Par contre, l’existence de tout espace pour se rassembler et créer des courants de pensée et d’influence perturbent le sommeil de nos « sécurisateurs » et met en marche la machine du contrôle qui espère, avec chaque contre-attaque, écarter certaines personnes et empêcher l’amplification des mouvements.

Il paraît que, dans les gouvernances classiques, ces méthodes sont efficaces. En muselant, dans une certaine mesure, un groupe, une bande ou une mouvance, un calme passager peut s’installer.

Mais à l’époque actuelle où les mouvements civils compensent leur manque d’espace par l’organisation d’alliances et coalitions avec d’autres mouvements, ils répandent leur ombre protectrice en entraînant les parents en soutien aux revendications des enfants, et élargissent par là leur réseau de protection.

Ainsi, aujourd’hui, dans nos maisons, coule un mouvement qu’on ne peut plus arrêter ni contrôler. Aujourd’hui, contrairement à ce que les stratèges de la répression croient, face à une répression continue se prépare une résistance permanente. Car lorsque l’intensité des agressions gouvernementales s’expose, sans voile et directe, elle a un effet inverse qui transforme la peur en courage.

Je fixe encore une fois les photos. Une révolte créative, paisible, consciente et pleine de force s’avance et fait peur à la Peur. Il n’y a aucune crainte. Il y a de la chaleur, de la passion et de l’amour pour réchauffer le cœur de notre société immobiliste. Il nous appartient de ne pas laisser cesser battre ce cœur palpitant.

Parvin Ardalan

Extrait d’un article publié sur le site féministe persan « zanestan » (la cité des femmes). Traduit par Farivar.

Parvin Ardalan est journaliste et l’une des féministes fondatrices de la campagne « Un million de signatures pour le changement des lois discriminatoires envers les femmes en Iran ».

Recueilli par Chahla Chafiq in http://iranfeministe.online.fr:80/

Urgent  =  la pétition "Iran : Brisons le silence ! "

Posté par Nath Szuchendler à 21:16 - Intégrisme - Permalien [#]

26 juin 2007

Je suis indignée par l'indignation des intégristes, par Irshad Manji

A Vancouver, où j'ai grandi, j'allais à l'école islamique tous les samedis. On nous y apprenait à nous méfier des juifs, qui adorent "mollah" au lieu d'"Allah", l'argent au lieu de Dieu. L'instituteur nous décrivait tous les juifs comme des affairistes. Pourtant, mon quartier voyait alors proliférer des commerces asiatiques, avec leurs devantures en mandarin, en cantonais, en japonais, en coréen, en hindi, en pendjabi, et même en ourdou, la langue officielle du Pakistan. Mais pas en hébreu. Ce constat m'a fait douter : et si mon école religieuse, au lieu de m'instruire, était en train de m'endoctriner ?

Cette interrogation est ravivée aujourd'hui, alors que le romancier Salman Rushdie, auteur des Versets sataniques, vient d'être fait chevalier par la reine d'Angleterre. Le ministre pakistanais des affaires religieuses a estimé qu'au vu des provocations littéraires de Rushdie et de ses blasphèmes envers l'islam, il n'y avait rien d'étonnant à ce que les musulmans s'offusquent de son anoblissement et manifestent leur colère par des attentats-suicides. Plusieurs membres du gouvernement pakistanais ont répercuté cette condamnation envers le Royaume-Uni, attisant l'indignation des communautés musulmanes en Europe et en Asie.

En tant que musulmane, en effet, je me sens indignée - par l'absurdité de telles réactions.

Je suis indignée parce que ce n'est pas la première fois que des honneurs décernés par le monde occidental suscitent la haine et la violence. En 1979, Abdus Salam, premier musulman (pakistanais) à recevoir le prix Nobel de physique, avait ouvert son discours de réception par la citation d'un verset du Coran. Alors qu'on aurait pu s'attendre que sa patrie lui rende hommage, des manifestants essayèrent de l'empêcher de revenir au pays et le Parlement alla jusqu'à le déclarer "non musulman" sous prétexte qu'il appartenait à une minorité religieuse. Aujourd'hui encore, son nom reste controversé, et les autorités ne le mentionnent que du bout des lèvres.

Je suis indignée par le nombre de femmes tuées chaque année au Pakistan pour avoir prétendument souillé l'honneur de leur famille, qui excède le nombre de détenus à Guantanamo. Les musulmans ont dénoncé, à bon droit, les sévices infligés aux prisonniers de Guantanamo. Mais qu'en est-il de leur louable indignation quand il s'agit du meurtre de musulmans par d'autres musulmans ?

Je suis indignée quand, en avril 2006, j'entends les mollahs d'une mosquée extrémiste pakistanaise lancer une fatwa contre les accolades. La ministre pakistanaise du tourisme s'était en effet laissé donner l'accolade par son moniteur de parachute, après avoir réussi un saut au profit d'une organisation caritative française destinée à récolter des fonds pour les victimes du séisme qui a frappé le Pakistan en 2005. Les religieux, décrétant que l'accolade entre un homme et une femme constituait "un grave péché", ont demandé sa démission.

Je suis indignée par leur fatwa qui confine les femmes à la maison et les oblige à porter le voile en toutes circonstances. Je suis indignée par la fermeture forcée des commerces de disques et de vidéos. Je suis indignée par la faiblesse du gouvernement qui cède au chantage des fanatiques menaçant de lancer des attentats-suicides s'ils rencontrent la moindre opposition.

Je suis indignée par la mort d'une trentaine de musulmans dans l'attentat organisé à Kaboul par des musulmans, par la mort de quatre-vingts autres aux mains de "rebelles" islamistes, et par le silence du gouvernement pakistanais qui n'a pas fait la moindre déclaration officielle pour déplorer ces attaques visant des coreligionnaires. Je suis indignée de voir que, au milieu de tels massacres fratricides, un athée comme Salman Rushdie puisse se retrouver en haut de la liste des hommes à abattre.

Surtout, je suis indignée par l'attitude de ces nombreux musulmans qui ne semblent eux-mêmes pas suffisamment indignés pour s'opposer massivement à ces ambassadeurs divins autoproclamés. Nous n'avons de cesse de déplorer l'exploitation de l'islam par les intégristes, mais quand l'occasion se présente de répliquer vigoureusement à leurs hurlements, nous nous retranchons dans le mutisme. Entre les clameurs des intégristes et le silence des modérés, quelle voix portera le plus ?

Je sais bien qu'il n'est pas facile de résister à l'intimidation. Au printemps, le monde musulman a encore resserré la vis : à l'initiative du Pakistan, l'Organisation de la conférence islamique a fait pression sur le Conseil des droits de l'homme aux Nations unies pour adopter une résolution contre la "diffamation de la religion". Concernant spécifiquement l'islam, et non les croyances en général, cette résolution autorise les régimes autoritaires à réprimer toute liberté d'expression en se prévalant de la légitimité d'une instance internationale.

Cependant, le peuple pakistanais arrive parfois à montrer qu'il n'est pas complètement sous la coupe des chefs religieux et politiques. L'an dernier, des groupes citoyens ont contesté un ensemble de lois misogynes en vigueur depuis trois décennies et prétendument fondées sur le Coran. Leurs critiques, respectueuses de la religion, ont incité les mollahs eux-mêmes à admettre que ces lois avaient été établies par les hommes, et non dictées par Dieu.

Tout récemment, les Pakistanais ont amené le gouvernement à lever certaines restrictions sur la presse. Mon livre, traduit en ourdou et téléchargeable sur Internet, connaît d'ailleurs une diffusion spectaculaire, bien que les autorités religieuses en interdisent la commercialisation : car elles ne peuvent empêcher les Pakistanais, ou d'autres musulmans, d'assouvir leur profond désir de débat.

Dans ce contexte, il est grand temps d'en finir avec l'hypocrisie qui gangrène l'islam. Ce n'est pas Salman Rushdie qui pose problème. Ce sont les musulmans.

Salman Rushdie avait vu sa tête mise à prix à 2 millions de dollars. Les enchères sont passées à 2,5 millions, et elles n'ont pas fini de monter. Le gouvernement iranien, principal donateur, assure que c'est là un investissement rentable. Il semblerait que les juifs ne soient pas les seuls à être redoutables en affaires.

Irshad Manji

Le monde, 25 /06/2007

Traduit de l'anglais par Myriam Dennehy.

                                              irshad_et_salman

Posté par Nath Szuchendler à 22:08 - Intégrisme - Permalien [#]

20 juin 2007

Jésus sur la dalle d’Argenteuil

A la périphérie de New York, le Bronx étale la réussite de la politique de la ville à l’américaine, qui consiste à abandonner le service public et à confier le lien social aux religieux: façades éventrées, magasins délocalisés, églises champignons… Désormais, nous aussi en France, allons pouvoir tester la paix sociale façon « Jésus s’occupe de tout.

Après avoir nommé un directeur de cabinet formé chez les intégristes, Christine Boutin récidive  et choisit un curé pour pacifier les banlieues.

Comme Nicolas Sarkozy et quelques gauchistes égarés sur le chemin de Damas, elle pense qu’il faut parler de Dieu aux jeunes. Le père Jean-Marie Petitclerc avait le bon profil, puisqu’en 1996 il a écrit Dire Dieu aux Jeunes. Il sera donc chargé de mission à la coordination des acteurs locaux.

Dans la pratique, ce prête salésien a plutôt un bon bilan. Il a dirigé un foyer d’actions éducatives, habilité justice, qui accueille des mineurs confiés par des magistrats. Très actif après les émeutes de Vaulx-en-Velin en octobre 1990, il est chargé de la « médiation sociale » à Chanteloup-Les-Vignes et s’occupe depuis dix ans de l’association éducative Le Valdocco, à Argenteuil.

Mais ce proche du mouvement charismatique de l’Emmanuel aura-t-il la capacité d’inverser la solution de facilité prônée par Christine Boutin, qui consiste à remplacer les services publics par la parole religieuse pour créer du lien social ? Lui qui déclarait, il y a quelques mois, qu’il fallait revaloriser la puissance de la famille en dehors de la maison, saura-t-il résister à la tentation de l’évangélisme ou, au contraire, contribuera-t-il activement à transformer nos banlieues en autant de Bronx ?

Fiammetta Venner

In Charlie-Hebdo du 20 juin 2007

Posté par Nath Szuchendler à 13:55 - Intégrisme - Permalien [#]

19 juin 2007

Golias scandalisé par la bénédiction du Vatican à Tony Anatrella

Edito de Christian Terras du 14 juin

Mgr Tony Anatrella, psychanalyste social et théologien moraliste, vient de se voir renouveler son mandat de consulteur (1) par le Vatican. Cette confiance réitérée suscite largement le scandale en raison des accusations très sérieuses portées contre ce thérapeute contesté déjà pour ses qualifications en la matière (voir à ce sujet le numéro 110 de Golias de septembre-octobre 2006 téléchargeable en ligne). Tony Anatrella a cultivé une pratique bien étrange de la cure analytique : à savoir, des touchers et des masturbations justifiées de façon très sophistiquée comme se déroulant dans le cadre analytique et ne devant surtout pas être vécu avec quelqu’un d’autre, dans la vie « réelle ». Actuellement, cet ecclésiastique peu reluisant fait l’objet d’ailleurs de plaintes devant la justice civile et prochainement devant la justice de l’Eglise par le biais du droit Canon et des officialités (les tribunaux de l’Eglise). Il serait souhaitable et opportun que la justice ecclésiastique soit également saisie de ces situations.

Après les révélations faites par Golias, l’épiscopat français avait fini par lâcher discrètement Tony Anatrella, son spécialiste en « psychiatrie sociale » auquel il confiait jusqu’alors tous ses dossiers délicats. « Expert » en titre, ce dernier a notamment tenu des propos intransigeants, injurieux, agressifs et homophobes qui lui ont d’ailleurs acquis une triste réputation dans le cadre hexagonal, mais également bien au-delà. Le sieur Anatrella, en effet, fustigeait avec une virulence incroyable les homosexuels qu’il présentait comme des malades dangereux pour la société.

Rome, contre toute règle de prudence, reconfirme donc dans sa mission cet ecclésiastique bien sulfureux alors qu’elle vient de condamner le théologien de la Libération Jon Sobrino et qu’elle s’apprête à faire de même avec le théologien dominicain Claude Geffré.

Golias exprime ici son indignation. Il semblerait qu’un sommet d’hypocrisie et de mauvaise foi cléricale ait été désormais atteint. Et qu’une fois de plus, les évêques français qui, au passage ne se sont pas illustrés par leur courage dans cette triste affaire, ne comptent pour plus rien actuellement dans la gouvernance de l’Eglise universelle. Triste époque !

Christian Terras

(1) Pour information, précisons que les consulteurs au Vatican sont choisis pour leurs compétences dans un champ spécifique. Ils sont nommés par le Pape et font donc partie de la Curie romaine. Ils sont choisis après enquête du nonce apostolique auprès des évêques et désignés par le souverain Pontife pour un ou plusieurs mandats renouvelables. Leur mission consiste à être les conseillers d’un dicastère (ministère de la Curie romaine) et sont sollicités pour diverses tâches : élaboration des orientations du dicastère, travail sur un dossier particulier, préparation des documents officiels, conseils demandés par le préfet de la congrégation romaine, travaux de recherches. Ils sont parfois missionnés pour représenter le dicastère à la demande de son responsable. Sans commentaires !

in http://prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/06/19/1652-golias-scandalise-par-le-soutien-du-vatican-a-tony-anatrella

Posté par Nath Szuchendler à 22:09 - Intégrisme - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3   Page suivante »