egalibre, blog de Nathalie Szuchendler

une activiste éducative et prochoix

22 mai 2008

En Irak, la guerre "subprime", par Caroline Fourest

Trois mille milliards de dollars, c'est le coût probable de la guerre en Irak selon Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie, et Linda Bilmes, professeure de finances publiques à Harvard. Sorti il y a peu aux Etats-Unis, leur livre, Une guerre à 3 000 milliards de dollars, vient de paraître en France (Fayard, 300 p., 22 €). Les deux économistes ont pris en compte les dépenses officielles, mais aussi les dépenses collatérales ou occultées grâce à un budget prévisionnel anticipant les effets macroéconomiques de la guerre. Ils ont notamment calculé ce que coûteront les soins des anciens combattants, les pensions d'invalidité, les traitements des troubles mentaux et du stress post-traumatique affectant plusieurs centaines de milliers de soldats américains. Ce calcul peut paraître froid et cynique au regard du nombre de morts, directs et indirects, que l'on a déjà tant de mal à quantifier. Mais il fallait ce détour par l'économie concrète pour réveiller notre épiderme endormi par l'annonce quotidienne de morts en Irak, un rendez-vous devenu aussi banal que la météo.

Quel temps fait-il en Irak ?

- Dix morts dans un attentat.

- Tiens, comme hier... Pourtant, ils avaient prévu une accalmie.

- Que voulez-vous que je vous dise, il n'y a plus de saisons !"

Parmi les raisons expliquant ce dérèglement de l'épiderme, rappelons que les Irakiens victimes d'attentats sont tués par des djihadistes, et non par les Américains. Leur folie ne lave pas pour autant l'administration Bush du péché originel : avoir envahi l'Irak sans réfléchir aux conséquences. Ces dommages collatéraux sont quantifiables. Plusieurs facteurs ayant fait flamber le coût de la guerre auront en prime des répercussions sur le reste du monde. Le premier concerne la privatisation du militaire. Il y aurait en ce moment même sur le terrain irakien quelque 100 000 contractants privés chargés de sécuriser les activités des armées irakienne ou américaine. Non seulement ces agences de sécurité coûtent très cher aux contribuables, mais cette privatisation du militaire déresponsabilise les gouvernements en guerre, ouvre la porte aux crimes dont on se lave les mains, enrichit des mercenaires surarmés, donc accroît le risque d'instabilité au niveau mondial.

L'autre facteur aggravant concerne le mode de financement. Autrefois, les guerres se finançaient grâce à l'impôt, ce qui avait le mérite d'en faire porter le poids sur les générations qui les décidaient. Donc de pousser les citoyens à vouloir y mettre un terme. L'administration Bush, elle, a choisi de financer la guerre par l'emprunt. Ce qui coûtera cher en intérêts bancaires mais contribue, une fois encore, à déresponsabiliser les va-t-en-guerre. Les Américains ont décidément été traités comme des enfants. On leur a menti sur la présence d'armes de destruction massive, on leur ment désormais sur le coût de la guerre - que l'administration Bush continue d'évaluer aux environs de 800 milliards. C'est la technique des subprimes. Ils pensaient se venger d'Al-Qaida grâce à une guerre éclair. Ils se retrouvent endettés sur plusieurs générations avec un crédit à taux variable... Et comme l'économie américaine reste l'étalon, nous paierons tous l'addition, même si nous étions contre cette guerre.

Car le dernier volet inflationniste de cette revanche concerne bien entendu l'envolée des cours du pétrole. Certains paranoïaques pensaient l'administration Bush suffisamment machiavélique pour envahir l'Irak en vue de s'approvisionner en or noir à bas coût. Elle n'a rien prévu d'aussi élaboré. Il n'en reste pas moins que les compagnies pétrolières privées comme Halliburton - et leurs actionnaires comme le vice-président Dick Cheney - ont tiré profit du conflit. Ce qui pose la question des accointances entre milieux économiques pouvant tirer des bénéfices d'une guerre et monde politique ayant les cartes en main pour la déclencher.

Toutes ces considérations n'auraient pas le même effet consternant si cette guerre avait au moins servi à quelque chose. Or elle n'a fait qu'entamer le crédit moral de l'Amérique. Peut-on encore la considérer comme la première puissance démocratique du monde ? Tous les contre-pouvoirs qui faisaient sa grandeur ont sauté. La liberté de la presse n'a pas su empêcher le mensonge à l'origine de la guerre. La Cour suprême compte de nouveaux juges choisis par l'administration Bush pour fermer les yeux sur Guantanamo. Or comment donner des leçons de droits de l'homme aux autres pays quand on pratique soi-même la torture ? En se passant de l'avis du Conseil de sécurité de l'ONU pour mener une guerre préventive basée sur une intuition erronée, les Etats-Unis n'ont pas seulement perdu de l'argent, ils ont sali leur uniforme de "gendarmes du monde". Embourbés et endettés, ils n'ont plus les moyens d'intimider Ahmadinejad ou Bachar Al-Assad. Ne parlons pas des djihadistes et des islamistes qui bénéficient d'un nouveau camp d'entraînement à ciel ouvert. Ni de la guerre en Afghanistan que nous allons perdre à cause de l'éparpillement des forces. Ni des islamistes politiques dont le prosélytisme s'étend. Le 11-Septembre aurait pu devenir le tombeau de l'islamisme. Mais en répondant au terrorisme par une guerre illégitime et mal ciblée, les Etats-Unis ont surtout aidé les islamistes à faire du monde une fosse commune.

Caroline Fourest

Article paru dans Le Monde

in  http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/05/22/en-irak-la-guerre-subprime-par-caroline-fourest_1048310_0.html

Posté par Nath Szuchendler à 21:19 - International - Permalien [#]


21 mai 2008

Hezbollah, le parti du chaos

Le 15 mai, la délégation arabe est parvenue à arracher un « accord » entre le Hezbollah et le gouvernement légitime. Pas sûr que la milice, soutenue par l'Iran et la Syrie, s'en contente.

"Il faut renverser ce gouvernement de traîtres qui cherche à faire un coup d'État", a expliqué un porte-parole du Hezbollah, avant de mettre Beyrouth de nouveau à feu et à sang. Rétablir son autorité sur le territoire est donc un « coup d'État ». Ce n'était pourtant pas grand-chose. Lasse de circuler en voiture blindée pour échapper aux escadrons de Damas, la majorité anti-syrienne a demandé que le chef de la sécurité de l'aéroport ne soit plus aux ordres du Hezbollah. Elle a également réclamé une enquête sur un réseau de télécommunication alternatif, offert par l'Iran, qui permettait d'écouter chaque Libanais, boucher, surfeur ou ministre.

Interlocuteurs valables

Une « déclaration de guerre », selon Hassan Nasrallah. En quelques heures, la seule milice non désarmée depuis la fin de la guerre civile a envahi Futur TV, télévision proche de la famille Hariri, s'est servi de son réseau de télécommunication parallèle pour commander ses troupes, s'est déployée dans Beyrouth Ouest, a coupé les communications (hormis les siennes), les liaisons terrestres et l'aéroport. Effet réussi au centre de Beyrouth. Mais de violents combats ont pris le relais à Choueiffat, zone tampon entre Beyrouth et la montagne druze, ainsi qu'à Tripoli. Selon un plan de bataille visiblement bien préparé.

Tandis que les chaînes de télé parlaient d'un retour aux affrontements interconfessionnels, les Beyrouthins avaient plutôt l'impression d'assister au déploiement professionnel d'une armée surentraînée. Une impression corroborée par Al Mustaqbal. Le 14 mai, le journal libanais révélait qu'une réunion visant à préparer cette crise s'était tenue en présence de gardiens de la révolution iraniens, du Hezbollah et de groupes chiites irakiens.

Malgré l'inquiétante démonstration de force, les chaînes de télé françaises ont continué à désigner le Hezbollah comme un « mouvement issu de la résistance », tout en qualifiant la majorité parlementaire de « gouvernement pro-occidental ». De quoi ravir les militants des Indigènes de la République, qui ont défilé le 8 mai dernier sous des pancartes rendant hommage à Nasrallah...

Même au Quai d'Orsay, le Hezbollah est considéré comme un partenaire légitime. Qu'importent les otages français des années 80, les attentats suicides de 1983 ayant frappé l'immeuble du Drakkar, qui abritait les forces françaises d'interposition (58 parachutistes tués dans l'effondrement de l'immeuble). Qu'importé encore si, récemment, la milice s'est permis d'arrêter et de retenir le délégué représentant du PS français à l'Internationale socialiste, Karim Pakzad.

C'est que le Parti de Dieu est en position de force. La Hezbollah, la Syrie et l'Iran est scellée par l'argent et l'instabilité politique. Non seulement le Hezbollah est entraîné par des formateurs iraniens, mais toute sa force sociale et caritative tient à la perfusion financière de l'Iran et de la Syrie. Si, par miracle, un État de droit parvenait à s'instaurer au Liban, si l'armée multiconfession-nelle sillonnait l'ensemble du territoire en toute sécurité, l'existence même de cette milice religieuse n'aurait plus aucun sens. L'Iran et la Syrie perdraient leur capacité à susciter le chaos, donc à négocier sur certains dossiers.

Les ficelles de Téhéran

Si le Hezbollah ambitionnait sincèrement d'être un parti parmi d'autres, il n'aurait jamais choisi de tourner ses armes contre d'autres Libanais, au risque de perdre sa stature de résistant, gagnée en vingt ans de guérilla contre Israël. Même les chrétiens s'étaient sentis solidaires pendant la dernière invasion de l'ennemi juré ! Mais le Hezbollah s'en moque. Avec ce coup de force, il a montré à ceux qui en doutaient encore qu'il suffisait d'un ordre de Téhéran pour transformer le Liban en République islamique. Le Hezbollah n'est pas un parti mais une milice, l'avant-poste de l'Iran et de la Syrie à la frontière israélienne, sur une terre qu'ils n'ont jamais aimée.

Fiammetta Venner

in Charlie-Hebdo du mercredi 21 mai 2008

Posté par Nath Szuchendler à 22:09 - International - Permalien [#]

17 mai 2008

L’art du mantra, l'Algérie revisite l'antisémitisme pour créer de nouvelles normes, par Malka Marcovich

Lors du panel sur le dialogue interculturel organisé le 19 mars , le représentant de l'Algérie a repris mot pour mot les extraits de son discours de la première réunion du Comité Ad Hoc pour l'élaboration de normes complémentaires du 18 février 2008.
Ce sont également les mêmes formules qu'il a utilisées lors de son intervention le 14 mars autour du mandat du rapporteur spécial sur la liberté d'expression, et le 19 mars lors de la discussion avec le rapporteur spécial sur le racisme Doudou Diène.

Comment se fait il que l’expert de l’ONU qui a pour ambition de créer un observatoire international contre le racisme laisse passer de telles dérives sémantiques ?

- Réunion du Comité ad Hoc pour l'élaboration de normes complémentaires : 18 février 2008
Sur la diffamation de religion : l'antisémitisme serait de la diffamation de religion qui s'attaquerait à l'ensemble des musulmans

Le représentant de l'Algérie :

"Le second thème qui est également source de préoccupation pour ma délégation, a trait à l'attaque de groupes ayant une religion en partage et qu'on a appelé plus ou moins heureusement la "diffamation de religions". En effet, depuis le 11 septembre 2001, nous avons enregistré la mise en oeuvre d'une politique anti-sémite dirigée contre les Arabes en particulier, et étendue par association à l'ensemble des Musulmans. En fait, en ciblant les Musulmans, on chercherait davantage à les déshumaniser en s'attaquant à leur identité pour légitimer une attitude de discrimination raciale évocatrice de celle qui a ciblé d'autres Sémites au 20ème siècle."

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- CDH 7ème session : Discussion autour du mandat du rapporteur spécial sur la liberté d'expression : 14 mars 2008
Pas de liberté d'expression pour
 l'antisémitisme assimilé à de la diffamation de l'Islam 

Le représentant de l'Algérie :
"Le deuxième thème a trait à la liberté d’opinion et d’expression et son lien avec la liberté de religion et de conviction. Ma délégation souligne à ce propos que la liberté d’opinion et d’expression ne doit justifier en aucune manière les attaques et les atteintes 
contre les groupes ayant une religion en partage et qu'on a appelé plus ou moins heureusement la "diffamation de religions. Ces attaques et ces atteintes constituent une attitude de discrimination raciale et religieuse qu’il faudra impérativement combattre car elle cible l’identité des peuples en question.
Si nous ne mettons pas un terme une bonne fois pour toute à l'impunité dont jouissent ceux qui aujourd'hui prônent la haine raciale et religieuse et la violence en s'abritant derrière la liberté d'expression, on créera inéluctablement un environnement propice à faire ressusciter l'hydre immonde des campagnes anti-sémites du XXème siècle, cette fois sous le vocable "d'islamophobie".
Enfin, permettez moi de souligner pour le rapporteur spécial contre (lapsus ?) la liberté d’expression et d’opinion, à la nécessité de se conformer aux dispositions du code de conduite et notamment l’objectivité dans leur rapport et le traitement des questions qui leur sont soumises."

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- CDH 7ème session : Panel interculturel : 19 mars 2008
De l'indispensable dialogue des civilisations
pour endiguer «l’antisémitisme contre les musulmans»

Le représentant de l'Algérie :
"L'insistance pour le dialogue des civilisations, au cours des dernières années, n'est pas innocente. (...)
On ne joue pas impunément avec l'imaginaire des peuples. (...)
Depuis les décennies 80 et 90, les attaques se sont multipliées contre des
 groupes ayant une religion en partage et qu'on a appelé plus ou moins heureusement la "diffamation de religions". En effet, depuis le 11 septembre 2001, nous avons enregistré la mise en oeuvre
 
d'une politique anti-sémite dirigée contre les Arabes en particulier, et étendue par association à l'ensemble des Musulmans. En fait, en ciblant les Musulmans, on chercherait davantage à les déshumaniser en s'attaquant à leur identité pour légitimer une attitude de discrimination raciale évocatrice de celle qui a ciblé d'autres Sémites au 20ème siècle.
Si nous ne mettons pas fin à l'impunité dont jouissent aujourd'hui ceux qui prônent la haine raciale et religieuse et la violence en s'abritant derrière la liberté d'expression, on créera un environnement propice à faire ressusciter l'hydre immonde des campagnes anti-sémites du XXème siècle, cette fois sous le vocable "d'islamophobie".

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- CDH 7ème session: Discussion avec le rapporteur spécial sur le racisme : 18 mars 2008
De l’irresponsabilité à s’inquiéter des dérives possibles de Durban 2
 ou l’antisémitisme contre les sémites arabes

Le représentant de l'Algérie :
"Les attaques qui ciblent des groupes sociaux qui partagent une religion en commun, amplifiant la recrudescence d’antisémitisme, plus particulièrement d’Islamophobie et de Christianophobie, constituent des tendances particulièrement préoccupantes. (…)
Le racisme ne peut être compartimenté.
S’il y a des résurgences de haine raciale contre les sémites arabes, il y aura des retombées négatives sur d’autres groupes sémitiques. (….)
Nous condamnons la campagne de diabolisation de Durban, pour soustraire les états à leur responsabilité de protéger. La communauté internationale au contraire doit saisir cette occasion pour élaborer des normes complémentaires pour couvrir les lacunes de protection (…) afin de répondre à la gravité de la situation."

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Article consultable in

http://malkamarcovich.canalblog.com/archives/2008/03/22/8426026.html

Voir aussi : "Doudou Diène aurait-il une vision sélective du racisme et du monde ?"

in http://malkamarcovich.canalblog.com/archives/2008/05/16/9198550.html

Posté par Nath Szuchendler à 12:16 - International - Permalien [#]

09 mai 2008

Etat Unis : Obama piégé par la "laïcité positive"

Le candidat à l'investiture démocrate est en difficulté à cause des déclarations de son directeur de conscience. Effet pervers de la laïcité à l'américaine, chère à Nicolas Sarkozy.

Si Barak Obama s'était présenté aux élections en France, il aurait sûrement eu droit à la flopée d'articles demandant si sa "couleur" représente un atout ou un handicap. Comme Ségolène y a eu droit en tant que femme. Mais il ne risquerait pas de perdre l'investiture à cause des sermons de son pasteur et directeur de conscience. D'ailleurs, personne ne saurait s'il a ou non un directeur de conscience. Aux États-Unis, "laïcité positive" oblige, aucun débat politique ne peut avoir lieu sans que les candidats étalent leur appartenance religieuse. Au risque de voir leurs programmes dépendre du moindre commentaire de leurs Églises ou de leurs tuteurs spirituels.

Mon pasteur chez les paranos

Dans ce pays, où l'on pioche d'ordinaire le président parmi l'innombrable liste de candidats protestants, il faut être JFK pour être élu, bien que catholique. Et il faut être sacrement doué — ou avoir Bush }r. comme président sortant — pour être à ce niveau de popularité lorsqu'on s'appelle Barak Hussein Obama, que l'on est métis et de père musulman. Pour se prévenir de tout soupçon, le candidat démocrate a d'ailleurs revendiqué haut et fort sa foi chrétienne. Raté, son pasteur est noir, et il est encore plus déchaîné contre l'Amérique qu'un Frère musulman...

Il faut entendre le pasteur Jeremiah Wright haranguer ses fidèles avec le ton exalté des prédicateurs américains : « Honte à l'Amérique ! Dieu maudisse l'Amérique! » Ou dire, à propos du ii septembre : «Vous ne pouvez pas pratiquer le terrorisme envers les autres et ne pas vous attendre à un retour de bâton» Le pasteur Wright ne se contente pas d'attaquer l'Amérique de Bush, comme tout bon citoyen américain pacifiste ou simplement doué de raison. Il donne trop souvent le sentiment qu'il maudit l'Amérique... par haine de l'Amérique blanche. Ce qui est plus embarrassant quand on est le directeur de conscience d'un homme aspirant à incarner la nation américaine...

Aux États-Unis, le christianisme a permis aux enfants d'esclaves de se libérer des chaînes de la ségrégation, mais l'universa-lisme chrétien d'un Martin Luther Ring n'a pas triomphé du différentialisme américain. Aujourd'hui encore, malgré la fin de la ségrégation, la plupart des Églises protestantes ne sont guère mixtes. L'Amérique noire n'a pas inventé le culte de la "différence" et le ghetto qui va avec, elle le subit... Mais elle s'est laissé prendre au piège.

La Trinity Church du pasteur Wright s'inscrit dans une tradition très progressiste, celle de la théologie de la libération, qui pourrait rassembler les classes pauvres. Et pourtant elle s'adresse à la "communauté noire", parle de "valeurs noires" et semble bien avoir fini par croire au culte de la "différence", au point de céder parfois à la paranoïa. Ainsi, Jeremiah Wright n'exclut pas que le gouvernement ait pu créer le sida: « Sur la base de ce qui est arrivé aux Africains dans ce pays, je crois le gouvernement capable de tout. » Par solidarité "ethnique", il refuse de critiquer le fanatisme musulman et l'antisémitisme d'un Louis Farrakhan, leader de Nation of Islam, qu'il décrit comme «l'une des voix les plus importantes du XX ème et XX ème siècle» 

Mélange des genres

Barak Obama a beau répéter que les déclarations enflammées de son pasteur ne «reflètent pas ses idées ni sa campagne», tout le monde s'interroge. Peut-on fréquenter pendant vingt ans un directeur de conscience aussi radical sans être sous son influence ? Obama pensait avoir répondu par un sublime plaidoyer en faveur d'une Amérique unie contre le racisme. C'était sans compter sur l'effet toxique de la «laïcité positive». Quand on s'amuse à mélanger le rationnel et le sacré, le sermon d'un pasteur sera toujours supérieur à l'aura d'un très beau discours politique...

Nicolas Sarkozy devrait méditer l'affaire Obama-Wright. Si la France se convertit à la laïcité positive à l'américaine, l'étalage de sa vie privée ne lui vaudra plus seulement de baisser dans les sondages. Il devra aussi nous présenter son directeur de conscience.

Caroline Fourest

in Charlie-Hebdo du mercredi 07 mai 2008

Posté par Nath Szuchendler à 21:09 - International - Permalien [#]

17 avril 2008

Pas de voile sur la Turquie

Dans un monde où l'on se reprend à penser en termes d'Orient et d'Occident, comme s'il s'agissait de blocs monolithiques sans interactions, il faudrait envoyer des classes entières de jeunes lycéens européens se décrasser les neurones à Istanbul.

Difficile de dire si la Turquie d'aujourd'hui s'islamise au point de pouvoir régresser, mais une chose est sûre : sa société continue de s'américaniser. Depuis le Starbuck Café de l'aéroport jusqu'aux magasins Nike et Levis des rues branchées du centre, en passant par les immenses affiches de femmes tout en chevelure et peu vêtues qui bordent le périphérique, le libéralisme économique saute aux yeux, bien plus que le retour au religieux. Les rues du quartier de Taksim, où se retrouve la jeunesse branchée, ressemblent à celles de Genève, d'Athènes ou de Barcelone. On y trouve même un quartier gay, où des garçons et quelques filles viennent danser et s'enivrer.

Attention toutefois à ne pas se laisser piéger par les apparences. Cette liberté-là, on la doit à l'histoire mi-chrétienne mi-musulmane mais surtout laïque, de la Turquie. Et non à la bienveillance des islamistes au pouvoir. Entre une bière et une feuille de vigne, alors qu'un groupe de chanteurs traditionnels fredonne une musique d'inspiration hébraïque, une jeune Française d'origine turque nous explique que l'AKP a voulu faire interdire l'alcool le soir des élections dans l'un de ces passages branchés où nous sommes attablés. « Les gens ont protesté. » Aujourd'hui, l'AKP parle de construire une nouvelle mosquée dans ce haut lieu de la vie nocturne turque. Les Turcs laïcs vont sûrement descendre dans la rue pour montrer leur vigilance. Jusqu'à quand ?

Atatùrk toujours là

Alors que la Cour constitutionnelle vient de donner le feu vert à une procédure d'interdiction du parti islamiste au pouvoir, Charlie-Hebdo est allé à Istanbul prendre le pouls de la Turquie laïque. Récemment, l'AKP a fâché les héritiers du kémalisme en levant l'interdiction du voile à l'Université. Cette mesure avait été pensée pour mettre un frein au prosélytisme et au développement de l'usage du voile comme symbole politique sur les campus. Le fait que l'AKP remette en cause en priorité cette mesure sitôt la présidence de la République conquise — au lieu de voter des mesures libérales, bien plus urgentes — n'a pas du tout plu aux gardiens de la République laïque. Aujourd'hui le parti islamiste est sous le coup d'une procédure d'interdiction...

Dans un quartier résidentiel d'Istanbul, nous avons rendez-vous avec Pervin Oztabag, qui préside l'antenne locale de l'Association des femmes de la République, soit la branche féminine de l'Association pour la pensée d'Atatùrk. Dans son intérieur de grand-mère, la bibliothèque, riche d'ouvrages européens, est truffée de portraits du "Père de la Nation". «J'adore la France, Atatùrk aussi aimait la France », nous dit-elle en nous accueillant. Elle s'est engagée dans le kémalisme après avoir découvert la condition des femmes dans le sud du pays. Elle est républicaine, farouchement laïque, mais se dit croyante. Il suffit d'aborder la question kurde pour sentir vibrer sa fibre nationaliste : « Les Kurdes ne formeront jamais une nation, ils ne parlent pas la même langue, mais sept dialectes différents. » Un argument quelque peu exagéré, pour minimiser l'annexion d'un peuple doté d'une langue — même si elle n'est pas uniforme — et d'une culture propres. Avec son discours militant bien rôdé, Pervin Oztabag fait penser à ces vieux communistes envers qui on aimerait pouvoir éprouver une certaine tendresse, maintenant que le mur de Berlin est tombé. Mais en Turquie, les kémalistes ont encore la main ferme. Quand je lui demande, inquiète, si l'armée turque est prête à utiliser des méthodes antidémocratiques pour stopper l'AKP, elle cherche à me rassurer: « Non, nous ne sommes plus à cette époque. Aujourd'hui, il existe d'autres moyens pour intervenir. » Son sourire est terriblement confiant. Deux jours après cet entretien, la Cour constitutionnelle annonçait qu'elle acceptait d'examiner une requête visant à dissoudre l'AKP pour non-respect de la laïcité. Comme à la fin des années 1990 donc, la Cour constitutionnelle s'apprête une fois de plus à dissoudre le parti islamiste au pouvoir pour le rappeler à l'ordre. À l'époque, la dissolution avait eu un impact plutôt positif. Le parti islamiste s'était séparé en deux branches, et l'aile plus modérée avait gagné les élections législatives cinq ans plus tard. Sans cette dissolution, personne ne peut savoir si l'aile dure du parti islamiste turque, incarnée par Necmettin Erbakan — qui décrivait l'Europe comme un "club de croisés" —, n'aurait pas pu aller plus loin dans ses réformes antilaïques.

Mais comme par le passé, la dissolution, si elle aboutit, ne va pas pour autant mettre un terme à l'existence d'une formation islamiste. Habitué à ce genre d'exercice, le parti se choisit déjà un futur nom et de nouvelles banderoles. Après s'être appelé successivement Parti du salut national, Parti de la prospérité, Parti de la vertu et Parti de la justice et du développement, il envisage de choisir le "Parti pour une Turquie forte". Pas sûr, en revanche, que les islamistes raflent à l'avenir autant de voix qu'aux dernières élections. Les électeurs ont notamment été séduits par l'approche pro-européenne de l'AKP. Sans cette perspective et ce contre-pouvoir possible, il perd largement de l'intérêt aux yeux des Turcs. Or le parti islamiste a largement tourné le dos à cet horizon et à une modernisation libérale pour leur préférer des mesures symboliques, comme le fait d'autoriser de nouveau le voile à l'Université. Récemment, des intellectuels libéraux ont publié un manifeste pour lui reprocher cette attitude et lui demander de maintenir le cap européen et laïc. Reste à savoir si la Turquie doit se démocratiser en s'islamisant pour mieux devenir la dernière roue du carrosse européen, au risque de tirer l'Europe vers moins de laïcité, au même titre que la Pologne. Ou si elle doit rester l’avant-garde laïque du monde musulman.

Caroline Fourest et Fiammetta Venner

in Charlie-Hebdo du mercredi 09 avril 2008


Une tradition laïque

Contrairement aux intégristes musulmans arabes, les héritiers de l'Empire ottoman ayant triomphé de l'Empire byzantin, n'ont jamais eu le moindre complexe à puiser dans la culture occidentale, dont ils aimaient la modernité. Au début du XXème siècle, Istanbul fourmillait de cercles de penseurs rationalistes, darwinistes, férus de philosophie des Lumières. Le Mouvement des Jeunes-Turcs, proche de la franc-maçonnerie, préparait la résistance au sultan lors de grands rassemblements à Paris, alors en pleine bataille autour de la loi de 1905. Sans nier La dureté du régime d'Atatùrk, ni les crimes commis au nom de la République (notamment le massacre des Arméniens, qui avait débuté sous le califat, mais qui a continué sous Atatùrk), il faut bien reconnaître que le "père de la Nation" a eu le génie de dissoudre le califat pour proclamer une république laïque, qui résiste encore aujourd'hui malgré l'islamisme. Le retour en force du conservatisme religieux était prévisible dans la mesure où le kémalisme a su séculariser, mais pas démocratiser. Sa laïcité ne ressemble d'ailleurs pas du tout à la laïcité française. Dirigiste, Atatùrk n'a jamais renoncé à piloter la religion avec l'appareil de l'État, via le ministère des Affaires religieuses. Que ce soit en éditant un Coran en turc servant de "bible officielle", ou en maintenant des cours officiels de religion. Au risque de pérenniser la légitimité de religieux qui peuvent, en prime, se dire plus démocrates.

C. F. et F. V.

in C-H du 09/04/2008

Posté par Nath Szuchendler à 21:03 - International - Permalien [#]

26 décembre 2007

Ayaan Hirsi Ali : "L’Europe est en train de se suicider"

Rencontre avec Ayaan Hirsi Ali, alors que le gouvernement néerlandais refuse de continuer à payer pour sa protection.

Caroline Fourest : Quelle est votre situation aujourd'hui, comment financez-vous votre protection ?

Ayaan Hirsi Ali : Je vais de lieu en lieu pour quémander de l'argent. Ma situation n'est pas bonne. Ils ont voulu me faire taire, me faire passer pour folle. Ils n'y sont pas arrivés. Mais sans protection, le danger se rapproche, de façon très sérieuse. Pour moi, cela n'a rien de théorique. Théo Van Gogh a été tué lorsqu'il n'avait pas de protection. En fait, il a été tué parce qu'il n'avait pas de protection...

Pourquoi avez-vous voulu vivre aux Etas-Unis, et pourquoi voulez-vous y rester ?

J'y ai pensé une première fois quand, en Hollande, des voi­sins ont porté plainte et ont réussi me chasser de la maison où le gouvernement m'avait fait loger. Puis, la ministre de l'Immigrarion a voulu me retirer ma nationa­lisé. J'ai alors demandé un emploi à plusieurs universités aux Etats-Unis et à plusieurs think tanks, notamment des think tanks de gauche. Mais le seul à avoir répondu, et dans la journée, ce fut l'American Enterprise Institute. C'était pareil en Hollande. La gauche m'a lais­sée tomber. C'est son pro­blème. Mais c'est triste, parce que je suis de gauche...

Partagez-vous les vues des néoconservateurs sur la "guerre" contre le terro­risme ?

Je ne suis pas d'accord avec la façon dont on aborde la ques­tion terroriste depuis le 11 septembre, sur le mode "nous sommes en guerre contre la terreur". Le terro­risme est une tactique. Ce n'est ni un pays, ni une idéo­logie. Vous ne pouvez pas déclarer la guerre à une tac­tique ! La guerre est déclarée au nom de l'islam et d'une idéologie islamique de nature politique. Il fallait faire cette analyse au lieu d'aller en Irak. On aurait ainsi porté plus d'attention à l'Arabie Saoudite et à l'Iran.

Vous dites que la guerre est déclarée  "au nom de l'islam". Faites-vous la dis­tinction entre l'idéologie et les croyants, qui ne sont pas tous intégristes ?

Il ne faut jamais confondre les idées et ceux qui les écou­tent. Mais mon idée de l'is­lam, c'est qu'il s'agit d'un sys­tème politique, social et culturel qui transforme les individus en esclaves et aliène le corps des femmes. C'est mon opinion. Vous voulez me tuer pour penser cela ? Cela ne changera pas ma façon de penser. Il est très important de pouvoir critiquer l'islam en tant que religion, surtout quand on vient d'une culture musul­mane. Mais comment conti­nuer à parler à ceux qui sou­haitent rester musulmans tout en respectant les valeurs européennes ? J'ai une amie d'origine maghrébine à qui j'ai demandé si elle se considé­rait comme musulmane. Elle m'a répondu : Je pratique l' "islam à la carte". Si l'is­lam à la carte est possible, s'il met l'accent sur la liberté de choisir, alors, bien sûr, je n'ai aucun problème. Les gens peuvent croire en ce qu'ils veulent, je m'en fiche. Je connais des chrétiens qui croient que Jésus a marché sur les eaux. J'ai des amis juifs qui ne mangent pas de crustacés. Pourquoi ce type de poisson et pas un autre ? Allez savoir... La religion n'est pas rationnelle. Le souci, avec l'islam, c'est qu'il n'y a pas de sortie possible. Soit vous êtes croyant, soit vous êtes un mécréant. Du coup, parce que je ne crois pas, n'im­porte qui peut venir m'accu­ser d'être une infidèle et réclamer qu'on me tue. Le vrai problème, c'est que de nombreux musulmans, même en Occident, pensent que la charia passe avant la Constitution. C'est la princi­pale différence avec les inté­gristes chrétiens. Nous n'au­rons la paix que lorsque tous les musulmans accep­teront d'être français ou européens en premier, puis musulmans.

La religion n'est pas en soi importante. Ce qui compte, c'est que les croyants accep­tent de faire passer leurs croyances après le respect des lois.

Oui, mais demander le res­pect des lois n'est pas suffi­sant. Il faut se battre pour gagner les cœurs et les esprits de nos propres conci­toyens, au lieu de rester assis et de laisser les Saoudiens implanter leurs écoles, finan­cer leurs mosquées et tout un système de socialisation dif­férenciée, pour convertir ou radicaliser des citoyens qui vivent en Europe.

Justement, l'université de Leyde, aux Pays-Bas, a auto­risé le sultanat d'Oman à financer une chaire d'islamologie qui a été attribuée à Tariq Ramadan 1 . Comment le vivez-vous ?

Le plus douloureux, c'est que c'est sur le banc de cette université que j'ai appris à être un esprit éclairé, libre et progressiste. Et maintenant, une obscure nation islamiste donne de l'argent à mon uni­versité pour faire venir un homme qui pratique le double discours, qui n'est même pas universitaire, qui n'a rien à voir avec ce que l'université est censée être, pour diffuser le message de l'islam et de Hassan al-Banna [ fondateur des Frères musul­mans, ndlr]. J'ai dû lire l'un de ses livres pour une chronique, Le Messager, dans lequel il demande de "suivre les pas de Mahomet". Il raconte qu'à quatre ans deux anges sont venus ouvrir le torse du Pro­phète, ont enlevé son cœur et l'ont remplacé par un cœur nettoyé de tous péchés. Je m'attendais à ce que Tariq Ramadan ajoute qu'il s'agit d'une parabole. Pas du tout. Il en parle comme de faits vraiment survenus ! Qu'est-ce que ça a à voir avec l'univer­sité ? Et sur la jaquette de ce livre, il est écrit: "Tariq Ramadan, professeur à l'uni­versité d'Oxford" ! L'Europe est en train de se suicider...

Plusieurs députés socialistes européens ont pris l'initiative de demander à l'Union euro­péenne de financer votre pro­tection, qu'en pensez-vous ?

J'apprécie énormément et j'en serais très reconnais­sante si cela arrivait. Cela montrerait alors qu'il existe des forces pour défendre les libertés face au totalitarisme. Cela me rend plus optimiste. Si vous étudiez la façon dont le nazisme a réussi à prendre le pouvoir au sein de la démocratie européenne la plus avancée de l'époque, l'Al­lemagne, vous vous aperce­vez qu'il y est parvenu grâce à l'aveuglement et à la complai­sance de ceux qui disaient : Hitler est juste fou, il n'y arri­vera jamais. Cette leçon est toujours valable. Ce finance­ment européen de ma protec­tion, s'il se concrétise, signi­fiera qu'en Europe les esprits qui veulent résister au totali­tarisme seront protégés, que leurs vies seront sauvées. Ce sera un message clair : "Nous sommes sérieux à propos de nos valeurs."

1- Suite à la polémique, Tariq Rama­dan vient d'annoncer qu'il renonçait à ce poste, pour des raisons familiales et en vue d'autres projets.

Propos recueillis par C. F.

In Charlie-Hebdo du 05 décembre 2007

Posté par Nath Szuchendler à 08:29 - International - Permalien [#]

08 novembre 2007

Les Pays-Bas laissent partir Hirsi Ali mais accueillent Ramadan (C. Fourest)

Après la Suisse, les États-Unis (où il a été finalement interdit de permis de travail) et l'Angleterre, Tariq Ramadan se voit offrir une nouvelle fois une chaire d'enseignement dans une université : The University of Leiden aux Pays-Bas. Où il occupera la chaire sur l"Islam" financée par le Sultan d'Oman.

Suivant l'exemple de son grand-père et modèle, Hassan al-Banna, Tariq Ramadan ne refuse jamais un poste d'où il pourra "évangéliser" et diffuser sa vision politique de l'islam héritée des Frères musulmans. La méthode n'est pas nouvelle. Dans les années 80, l'Arabie Saoudite a soutenu la diffusion de l'islam fondamentaliste en Europe en sponsorisant l'ouverture de Centres islamiques sous la houlette de Saïd Ramadan, le père et l'autre modèle de Tariq Ramadan...

Le VVD, parti de centre droit où a été élue Ayaan Hirsi Ali, a protesté. Mais l'université regarde ailleurs. En 2007, Tariq Ramadan a d'ailleurs été accueilli comme professeur "visiteur" à l'Université Erasmus de Rotterdam, pour donner conférence sur "Citoyenneté et Identité". Quitte à servir de relais à une propagande dont ces lieux universitaires préfèrent visiblement ignorer la portée.

C'est une nouvelle très rude pour ceux qui connaissent l'impact de Tariq Ramadan chaque fois qu'il prend un poste dans un pays. Et plus encore pour ce pays déjà déchiré par l'affaire Van Gogh. A la croisée des chemins pour adapter son multiculturalisme à l'exigence de vivre ensemble, Les Pays-Bas vont bientôt voir de plus en plus leur débat public parasité par un discours poliment fondamentaliste mais fermement méprisant envers les musulmans laïques. Qui n'avaient pas besoin de cela.

Caroline Fourest

in http://carolinefourest.canalblog.com/archives/2007/11/08/6813945.html#trackbacks

Posté par Nath Szuchendler à 18:42 - International - Permalien [#]

06 novembre 2007

Iran : la répression continue

Les dernières nouvelles en provenance d'Iran confirment la répression continue des militantes féministes et des femmes qui ne respectent pas les normes misogynes de la République islamique d'Iran (voir ci-dessous). L'appel à protestation lancé en mai reste d'actualité. Nous vous remercions de bien vouloir continuer à le diffuser dans vos réseaux.

Chahla Chafiq

http://iranfeministe.online.fr

Novembre 2007

Delaram Ali, étudiante active au sein des mouvements estudiantins et militante de la campagne « Un million de signatures pour l'abrogation des lois discriminatoires envers les femmes », a été condamnée en appel par le tribunal islamique à deux ans et six mois de prison ferme pour avoir participé en 2005 à une manifestation de protestation contre les discriminations vécues par les femmes en Iran.

Octobre 2007

Ronak Safar Zadeh, graphiste et militante kurde de la campagne « Un million de signatures pour l'abrogation des lois discriminatoires envers les femmes » a été arrêtée les agents des renseignements qui ont procédé à la fouille du domicile familial. Ses parents avec qui elle vivait, n'ont aujourd'hui aucune information quant au sort réservé à leur fille.

Zahra Bani Yaghoub, médecin de 27 ans, a été arrêtée dans un parc de la ville de Hamedan par des agents de contrôle des moeurs parce qu'elle s'y promenait avec son fiancé et est donc soupçonnée d'avoir avec lui des rapports sexuels hors mariage. Elle a été déclarée morte après 48 heures de détention. Selon la police, elle se serait suicidée, fait que sa famille refuse et dénonce.

Voir : la pétition "Iran : Brisons le silence ! "

Posté par Nath Szuchendler à 12:35 - International - Permalien [#]

01 novembre 2007

“Big Love”, la série qui fait pleurer le petit Jésus

Les mormons sont furax. Pétitions, manifestations, déclarations publiques et menaces d’excommunication. L’objet du courroux : Big Love, une série télé regardée par 6 millions d’Américains et dont la première saison est actuellement diffusée sur canal+.

Sur le papier, Bill Henriksen est un homme heureux : il est marié à trois femmes. Mais la vie dune famille polygame n’est pas rose tous  les jours… Le pitch de Big Love pourrait être celui de n’importe quelle série américaine chrétienne visant à “ouvrir l’esprit des américains” sur les différentes – amis respectables – manières de pratiquer le Christ : aux Etats-Unis, près de 40 000 personnes vivraient dans des familles polygames.

En réalité, les créateurs de la série, Mark V. Olsen et Will Scheffer, ont pensé à tous les ressorts dramatiques du postulat. Couple gay monogame à la vile,  ils voulaient réagir à l’accusation faite par la droite religieuse, selon laquelle la nature polygame des gays leur interdit de fait le droit au mariage. Tom Hanks qui a été mormons pendant son enfance, a adoré l’idée et accepté de produire la série. Le premier épisode fut diffusé le 12 mars 2006 sur la chaîne HBO. Succès immédiat (6 millions de spectateurs et 7,7 millions de pages web). Une deuxième saison a donc été programmé en 2007.

Il faut dire que Big Love décortique avec malice les mœurs mormones et que l’on passe très vite de la simple curiosité – ça marche comment une famille polygame – à l’addiction. Plusieurs personnages semblent  homos.  Les enfants sont priés de ne pas écouter les fadaises de l’école du vice, un institut privé catholique.  Le  patriarche, même s’il jure être l’homme le plus heureux du monde, avale des tubes entiers de Viagra pour contenter ses femmes. Et il n’y arrive pas, il a droit à une réunion où on lui demande des explications… Pas question pour lui de faire des grasses matinées ? A 9 heures, il doit avoir quitté le lit de sa première femme, sinon il  “trahit”  la deuxième.

Le canal du diable

La vie n’est pas plus simple du côté féminin. Si la première femme bénéficie d’une certaine vitrine sociale, les autres se cachent des voisins ou prétextent un mari mort. Et si l’Etat est relativement tolérant, en revanche, les mormons non polygames haïssent  ces “talibans”   et ne rêvent que de les dénoncer et les punir au moindre faux pas. Tout est permis,  des humiliations publiques aux affrontements physiques. Car depuis 1890, les mormons condamnent la polygamie et contraignent ceux qui s’y adonnent à vivre hors des villes.

Pour échapper à cet ostracisme, les polygames n’ont qu’une solution : retourner d’où ils viennent ,  le  “compound” , une sorte de village dirigé par un “prophète”   dont la dernière femme est une enfant, où la télévision est proscrite,  où une milice privée fait respecter la pression du chef.  Aucune échappatoire n’est possible.

Le succès continu de la série commence à sérieusement inquiéter les mormons. Dès la fin du deuxième épisode, les autorités mormones se sont aperçues que la série n’était pas une ode à leur grandeur.  L’Eglise de Jésus-Christ  des saints des derniers jours a demandé par mail à ses membres d’envoyer individuellement à la même heure – cela s’appelle du spam – à la chaîne un message demandant l’arrêt de la série. Un guide est par ailleurs distribué pour expliquer que la polygamie est une déviation et condamner les scènes trop osées du film. Et depuis peu, les anti- Big Love ont un soutien de taille : les catholiques intégristes ont relancé ne campagne contre la “perversité” de Tom Hanks, devenu le diable incarné depuis qu’il a joué dans le Da Vinci Code.

Chose assez rare aux Etats-Unis, la série a suscité chez les spectateurs des interrogations qui chiffonnent  les autorités religieuses  chrétiennes. Les musulmans ne sont donc pas les seules à pratiquer la polygamie ? Est-ce que, sous prétexte de respect des différences, on peut laisser un  “prophète”   terroriser tout un village ? Si les hétéros peuvent être polygames, pourquoi  interdire le mariage aux gays ? Que deviennent les femmes répudiées, sans droits ? Sans compter que les témoignages de femmes  “abandonnées sur l’autoroute qui commence à filtrer dans  les médias, laisse pantoise une Amérique persuadée d’incarner la civilisation.

Fiammetta Venner

In Charlie-Hebdo du mercredi 31 octobre 2007 

Posté par Nath Szuchendler à 12:10 - International - Permalien [#]

31 octobre 2007

Indonésie : arrestation des membres d'une secte musulmane

M. Sutanto, général de la police nationale indonésienne, a donné l'ordre il y a quelques jours de procéder à l'arrestation des membres d'une secte musulmane (Al-Qiyadah al Islamiyyah). Créée il y a sept ans dans la région de Bogor par Haji Salam, aussi connu sous le nom de Ahmad Moshaddeq, la secte a convaincu près de 42 000 membres. En juillet dernier, après une méditation de 40 jours, son gourou a déclaré qu'il était un prophète de l'islam et qu'il remplaçait désormais le Prophète Mahomet. Il expliquait qu'Allah lui parlait en rêve et lui demandait de purifier les preceptes de Mahomet. Parmi ses enseignements, le nouveau prophète récusait l'obligation de la prière 5 fois par jour et le fait de se tourner vers la Mecque pour prier. Suite à cette déclaration, les organisations musulmanes indonésiennes ont émis des protestations. Habib Abdurahman Assegaf, porte parole de l'Indonesian Islamic Movement, a demandé officielement au gouvernement de mettre fin aux agissements de la secte, "sans quoi" a-t-il déclaré, "nous nous en occuperons nous même". Le mouvement a même donné jusqu'a jeudi 1er novembre au gouvernement pour régler le problème. Au delà de cette date, le mouvement "déploiera ses membres et détruira tous ses biens". Le chef de la police s'est donc exécuté. Deux raisons ont été données pour justifier l'interpellation. Empêcher la secte de diffuser de "faux enseignements" et la "protéger" contre les éventuelles attaques de groupes musulmans. Lors d'une conférence de presse, le général Sutanto a déclaré "nous avons demandé (aux autorités locales) de trouver tous les dirigeants de la secte, car elle a déclenché une grande anxiété auprès du public" (1) Et de poursuivre, "nous demanderons aux dirigeants de nous avouer leurs vraies motivations et aux simples membres d'abandonner leur idéologie et de retourner à leur foi précédente".

Fiammetta Venner

(1) Jakarta Post, 30 octobre 2007

in http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/10/31/1795-indonesie-arrestation-des-membres-d-une-secte-musulmane

Arrestation du gourou

Le gourou de la secte musulmane Al-Qiyadah al Islamiyyah s'est rendu à la police indonésienne. Sans attendre la fin de leur ultimatum, qui prenait fin le 1er novembre, les militants des organisations islamistes ont mis a sac mardi 30 octobre les locaux de la secte à Bogor.. Ahmad Moshaddeq, le gourou de la secte, risque 5 ans de prison en vertu de l'article 165 A pour blasphème.

F. Venner

Posté par Nath Szuchendler à 11:04 - International - Permalien [#]
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