26 juin 2008
Nous voulons que vive France 3 - Opinions - Le Monde
Aujourd'hui, notre chaîne est menacée, dans son identité nationale et régionale, demain peut-être dans son existence. Menacée, non par la désaffection du public - France 3 est la chaîne généraliste qui a le mieux résisté à l'arrivée de la TNT - ni par les déficits - son budget est équilibré - mais par des décisions politiques relevant d'enjeux qui la dépassent.
Le 8 janvier, le président de la République a annoncé la suppression totale de la publicité sur les chaînes publiques, qui seront ainsi "libérées de la dictature de l'Audimat". Les observateurs saluent le beau coup politique. "La gauche en a rêvé, je le fais", se félicite Nicolas Sarkozy. Qui se plaindra de la disparition des tunnels de publicité ? A l'époque, seuls les esprits chagrins s'inquiètent du financement des cinq chaînes de France Télévisions : comment compenser la perte de 820 millions d'euros de ressources par an, et même de 1,2 milliard, si l'on tient compte des programmes qui devront remplacer les écrans de publicité (trois heures d'antenne par jour) ?
Nicolas Sarkozy a pris tout le monde par surprise, à commencer par sa ministre de la culture et de la communication, qui n'était pas au courant. Le ministère des finances non plus, qui n'avait pas travaillé le dossier. Et les pistes esquissées par le gouvernement et la commission Copé - où ne siège aucun journaliste de France Télévisions, alors que l'information est l'un des piliers du service public - apparaissent vite incertaines et aléatoires.
Taxer les recettes publicitaires des télévisions commerciales ? Le principe est non seulement choquant dans sa philosophie, mais pervers dans son application : le service public recevrait de l'argent en fonction du volume de publicité engrangé par ses concurrents privés, volume directement lié à leurs taux d'audience... En clair, plus TF1, M6, Canal+ prendront de téléspectateurs au service public, plus ils auront de pub et plus les chaînes publiques recevront d'argent ! Nous aurions donc "intérêt" à ce que nos concurrents réussissent mieux que nous !
Surtout, les chaînes privées ne sont pas du tout disposées à jouer le jeu : à peine l'idée d'un prélèvement de 80 millions d'euros - environ le quart de la manne publicitaire récupérée - est-elle avancée que les patrons des trois grandes chaînes rejettent "les exigences exorbitantes d'un secteur public qui souffre d'une mauvaise gestion structurelle". Les prélèvements sur les opérateurs de téléphonie mobile, sur Internet, ou sur les achats de téléviseurs ont provoqué les mêmes cris d'orfraie. Quant à l'augmentation de la redevance, l'une des plus faibles d'Europe, elle a bien été envisagée par la commission Copé... avant d'être écartée, par le président de la République.
Ne s'agit-il que d'impréparation dans la recherche de nouveaux financements du secteur public ?
Quelques semaines avant l'annonce présidentielle, TF1 adresse à l'Elysée un "Livre blanc" sur "les grands enjeux de la régulation dans l'audiovisuel". Il y est question d'une "redéfinition globale du marché pertinent de la publicité", et d'un service public "dont les missions sont clairement identifiées, financé exclusivement par des fonds publics". Et pour cause : TF1 a perdu près de 5 points d'audience en trois ans (de 32 % à 27 %) et voit au premier trimestre 2008 ses revenus publicitaires diminuer de 17 millions d'euros... Mais aussitôt l'annonce présidentielle sur la suppression de la publicité dans l'audiovisuel public faite, les titres des chaînes privées TF1 et M6 font un bond en Bourse (+ 9 % pour TF1). A l'inverse, les recettes publicitaires de France Télévisions chutent de plus de 20 % au premier semestre 2008, soit un manque à gagner de 160 millions, que l'Etat ne s'est engagé à compenser, "dans les meilleurs délais", qu'à hauteur de 150 millions... Ce qui conduira immanquablement à un déficit du groupe qui en 2007 encore enregistrait un bénéfice de 22 millions d'euros.
En février, le gouvernement réclame des "efforts de gestion" à France Télévisions. Patrick de Carolis doit "réduire la voilure" : coupes dans les budgets (dont l'annulation d'une émission de Michel Drucker), gel de nombreux projets de téléfilms, documentaires ou coproductions cinéma, économies dans les rédactions...
Il y a quelques semaines, alors même que le chef de l'Etat exclut une augmentation de la redevance pour financer l'audiovisuel public, les télévisions privées obtiennent une deuxième coupure publicitaire dans les films, l'augmentation de six à neuf minutes de la durée de publicité autorisée par heure, et l'assouplissement des seuils anticoncentration dans le capital des chaînes du câble et de la TNT (ce qui entraînera un déficit de plus pour France Télévisions).
Presque en même temps, TF1 envoie à la commission Copé un document lui suggérant un cahier des charges pour le service public faisant large place aux débats et aux émissions scientifiques en remplacement des émissions grand public, notamment les retransmissions de grands événements sportifs ! Quelle sollicitude !
La commission Copé, délestée des députés de l'opposition, qui ont démissionné, poursuit ses travaux, suscitant de plus en plus de craintes et d'interrogations : "Au lieu d'une chaîne nationale et de décrochages régionaux, on propose un réseau de chaînes régionales (sept ou huit contre treize actuellement) et un décrochage national", annonce Jean-François Copé le 11 juin.
L'idée n'est pas neuve, mais avec quel argent ? De quels moyens disposeraient ces chaînes régionales pour produire et mettre à l'antenne les programmes que la chaîne nationale ne leur fournira plus ? La télé publique allemande (avec les chaînes ARD et ZDF), qui sert de modèle, bénéficie d'un budget de 7,5 milliards d'euros - plus du double des 2,9 milliards de France Télévisions - consolidé par une redevance plus élevée...
De plus, comment justifier une information recentrée sur les seules régions, sans traitement de l'international, alors que la mondialisation et les enjeux nationaux et européens influent quotidiennement sur la vie de nos concitoyens ? Les journaux nationaux de France 3, en synergie avec les éditions locales et régionales, ont su imposer une liberté de ton et des choix éditoriaux différents de ceux des autres chaînes.
Des journaux qui participent au pluralisme de l'information, rencontrent le succès et bénéficient de la confiance des téléspectateurs. Avec 20 % à 25 % de parts d'audience, les éditions nationales et régionales de France 3 sont parmi les plus regardées de France, et, selon un baromètre IFOP du début de l'année 2008, France 3 reste la chaîne préférée des Français.
C'est ce travail et cette confiance dont nous sommes fiers que nous défendons, en refusant un service public rabougri ou démantelé. La commission Copé se veut rassurante. Mais nous demandons de véritables garanties sur le maintien de notre périmètre, et un financement pérenne et ambitieux qui permette à France 3 - ainsi qu'aux autres chaînes publiques - de poursuivre, en toute indépendance, sa mission d'informer, d'instruire et de divertir le plus grand nombre.
Véronique Auger, Jean-Jacques Basier, Laurence Bobiller, Marie Drucker, Stéphane Dubun, Hervé Godechot, Rémy Giudicelli, Patrick Labarrière, Francis Letellier, Gérard Leclerc, Stéphane Lippert, Catherine Matausch, Audrey Pulvar, Michel Reinette, Alain Rodier, rédacteurs(rices) en chef et présentateurs(rices) des journaux nationaux de France 3.
Lien : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/06/25/nous-voulons-que-vive-france-3_1062632_3232.html
08 juin 2008
Les tribunaux sous pression du religieux (Caroline Fourest)
Faut-il voir le jugement du tribunal de grande instance de Lille comme une concession au "différentialisme" culturel ? Selon l'article 180 du code civil, un mariage peut être annulé si l'un des conjoints estime avoir été induit en erreur sur une "qualité essentielle". La juge de Lille n'a pas estimé que la "virginité" était une qualité en soi, mais une qualité "essentielle" aux yeux de son mari. C'est au nom du droit à une certaine subjectivité dans ce domaine, et non du respect des cultures, que le procureur a accepté de défaire union si mal engagée.
Il ne s'agit pas à proprement parler d'un "accommodement raisonnable" tel qu'on l'entend au Québec ni même d'une concession claire au relativisme culturel comme on peut le redouter en Grande-Bretagne ou en Allemagne. A Francfort, le 12 janvier 2007, une juge a refusé d'accorder le divorce à une Allemande d'origine marocaine battue par son mari, marocain, sous un prétexte autrement plus ambigu. Le Coran autorisant un mari à battre sa femme, elle a estimé que "l'exercice du droit au châtiment (par le mari)" ne permettait pas "d'invoquer une rudesse excessive" prévue par l'article 1565 du code civil allemand. Les Allemandes ayant épousé des musulmans seraient donc moins égales que les autres, puisqu'elles doivent accepter de se faire tabasser au nom de la religion. La juge a été dépossédée du dossier litigieux pour suspicion de partialité...
La France est-elle à l'abri de tels dérapages ? En 2005, déjà, à Lille, le tribunal a empêché l'incinération du corps d'un Français d'origine algérienne au motif qu'il était de culture musulmane et devait donc être enterré selon le rite musulman, dans un carré musulman. La demande émanait de sa seconde épouse, pourtant séparée de corps. Elle s'opposait à la volonté des enfants du premier mariage, et du défunt athée qui avait explicitement demandé à être incinéré. C'était compter sans l'intervention de la Ligue islamique du Nord d'Amar Lasfar, membre de l'Union des organisations islamiques de France - UOIF - et du Conseil français du culte musulman. Ce dernier a expliqué que "seule une autorité judiciaire musulmane dans un pays musulman doit définir et vérifier les causes de l'apostasie d'une personne". Le tribunal a ordonné l'inhumation, conformément au souhait religieux de la seconde épouse. Incidemment, cette dernière était défendue par le même avocat que le mari souhaitant faire annuler son mariage pour "non-virginité".
La tentation de céder au relativisme culturel est d'autant plus inquiétante que les instances communautaires religieuses de France sont plus que jamais aux mains des religieux réactionnaires. Jadis respectée pour son respect de la laïcité, la Fédération protestante de France se raidit sous la pression de ses nouveaux adhérents, évangéliques exaltés ou adventistes. Ceux-là réclament plus de souplesse entre la loi de 1901 et celle de 1905.
Le Consistoire, créé par Napoléon, ne représente guère plus que les orthodoxes. Le grand rabbin Joseph Sitruk règne sur cette instance depuis vingt et un ans au prix d'une régression générale de la mixité dans les synagogues. Dans la plupart d'entre elles, les femmes sont confinées dans des poulaillers, de plus en plus souvent fermés par un rideau, d'où elles peuvent à peine entrevoir la bar-mitsva de leur enfant. A quelques exceptions près, les tribunaux communautaires continuent de pratiquer le divorce unilatéral au détriment des femmes, qui ne peuvent obtenir le divorce religieux si leur mari s'y oppose. Les choses pourraient changer le 22 juin prochain grâce à l'élection de Gilles Bernheim, beaucoup plus ouvert bien qu'orthodoxe. Mais les instances sont largement verrouillées par les tenants de la régression. Idem au plus haut niveau de l'Eglise française. Il y a bien longtemps que les catholiques de gauche ont été purgés au profit d'un clergé fidèle à la vision anti-moderniste et antiféministe de Benoît XVI.
Quant au Conseil français du culte musulman, le bilan n'est guère plus glorieux. Légitimée grâce à sa participation au sein d'un conseil voulu par la République, l'UOIF continue d'agrandir ses mosquées à moitié vides dans l'espoir de peser sur le scrutin, fondé sur le nombre de mètres carrés des mosquées participant au vote. Or cette organisation prend ses avis religieux auprès du Conseil européen de la fatwa, une instance fondamentaliste qui autorise un mari à battre sa femme ou à lui interdire certaines fréquentations. La Mosquée de Paris et le Rassemblement des musulmans de France, plus proche du Maroc, se disputent la présidence Place Beauvau. Tandis que les plus intégristes noyautent les conseils régionaux du culte musulman, où se joue l'essentiel.
Car, jusqu'ici, les concessions les plus graves faites au particularisme religieux ne se font pas dans nos tribunaux mais dans nos communes. Comme à Asnières ou à Sarcelles, où des élus locaux pratiquent le clientélisme au point d'écouter les religieux les plus organisés - souvent les plus intégristes -, au détriment de la majorité silencieuse et de la laïcité.
Il faut non seulement dresser une frontière infranchissable entre les tribunaux communautaires religieux et ceux de la République, mais aussi entre nos élus et ceux qui dynamitent les valeurs de la République. Cette frontière s'appelle la laïcité à la française. Et notre président devrait avoir à coeur de l'incarner au lieu de l'affaiblir.
Caroline Fourest
Article paru dans Le Monde
21 mai 2008
Manifestation en France contre la lesbophobie, par LaTéléLibre.fr
Pour la première fois en France, a eu lieu une manifestation contre la lesbophobie, à l’appel du Comité IDAHO, d’ACT UP PARIS et des Panthères roses.
Ce rassemblement avait pour but de dire haut et fort que les femmes homosexuelles sont non seulement victimes d’homophobie mais aussi de sexisme, d’invisibilisation, d’insultes, de violences physiques et de viols.
Pourquoi ce 17 mai ? c’était la journée mondiale de lutte contre l’homophobie, enfin pas tout à fait mondiale, puisque dans 70 pays l’homosexualité est pénalisée, et dans certains pays, elle est même punie de peine de mort. Et dans la plupart des pays, les homosexuels n’ont pas les mêmes droits que les hétérosexuels.
Jusqu’à samedi, la France refusait de reconnaître cette journée de lutte. Ce jour là, des associations ont été reçue par Rama Yade, secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, qui aurait affirmée que la journée mondiale de lutte contre l’homophobie serait reconnue par la France. Est-ce une simple annonce pour calmer les esprits ou une réelle envie de suive une politique de lutte contre l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie en France et, en particulier, une complète égalité des droits pour les personnes et les couples LGBT ??? A suivre…
Pendant que la cour suprême de Californie légalise le mariage entre personnes de même sexe, la police française arrête, devant l’Elysée, une quinzaine de militants qui dénoncent la non-reconnaissance de cette journée par la France…
En retard la France ???
Ludovic Castet
Pour voir la vidéo : http://latelelibre.fr/index.php/2008/05/kiss-in-lesbophobie/
27 avril 2008
Benoît XVI dit « pardon » pour des drames qu'il aurait pu empêcher.
Lorsque Jean-Paul II a demandé pardon aux Juifs pour l'attitude du Vatican pendant la Shoah, il s'excusait pour son prédécesseur Pie XII. Lorsque Benoît XVI fait acte de « repentance » à propos des viols d'enfants commis par des prêtres, il dit « pardon » pour des drames qu'il aurait pu empêcher.
Lors de son voyage aux États-Unis, alors qu'il avait toujours refusé de les rencontrer et même de les entendre, le pape a enfin daigné prendre 25 minutes de son précieux temps pour recevoir cinq victimes de viols commis par des membres du clergé. Faith Johnston, l'une des victimes, n'a pas pu dire un mot. Elle a fondu en larmes. Bernie McDaid, 52 ans, violé quand il était enfant de choeur, a pris son courage à deux mains : «Je lui ai dit que lorsque j'étais enfant de chœur, j'avais été sexuellement abusé.» II avait 12 ans, et le père Joseph Birmingham, son violeur, a simplement été transféré dans une autre paroisse... où il a pu tranquillement s'attaquer à d'autres gamins. Un classique.
Un pater et au lit
D'après un rapport de l'Église, 4392 prêtres américains ont violé 10 667 enfants entre 1950 et 2002. Les associations de victimes, elles, parlent de presque 100000 enfants abusés, dont 80 % ne veulent pas parler. Une telle ampleur s'explique par la technique de la « tournante », pratiquée sous Jean-Paul II, et donc sous le cardinal Ratzin-ger. Chaque fois, ou presque, qu'une famille venait rapporter un viol commis par un prêtre à son supérieur, les évêques ont choisi de culpabiliser la famille, de dissuader les parents de porter plainte, de nier la souffrance de l'enfant et de soutenir le prêtre violeur en le transférant dans une autre paroisse, souvent à quelques kilomètres de là, où il a pu étendre son marché aux enfants.
Cette succession d'abus sexuels n'est pas seulement un scandale, elle pose la question du fonctionnement tout entier de l'Église catholique. Comment ne pas provoquer de tels drames lorsqu'on envoie de jeunes hommes immatures — parfois violés au séminaire — prêcher au cœur même de familles où ils ont un statut de "demi-dieux", et donc la tentation de reproduire l'abus dont ils ont eux-mêmes été victimes ? Ces familles les perçoivent comme d'autant plus inoffensifs qu'ils sont, à leurs yeux, "asexués". Alors qu'ils évoluent depuis leur plus jeune âge dans un monde masculin où le tabou sexuel et le devoir de chasteté les tendent comme une corde prête à rompre.
Pendant son séjour aux États-Unis, Benoît XVI n'a pas voulu regarder en face cette machine infernale fabriquant une chaîne de violeurs potentiels depuis si longtemps. Il a parlé de « honte », de ses propres défaillances, pour mieux rendre responsable la "pornographie" qui sévit à la télévision... C'est bien connu, au Vème siècle déjà, des prêtres violaient des enfants parce qu'ils regardaient trop de pornos sur le câble.
Caroline Fourest et Fiammetta Venner
in Charlie-Hebdo du mercredi 23 avril 2008
"Délivrez-vous du mal"
Le film d'Amy Berg, Délivrez-nous du mal (à voir absolument), raconte l'histoire du père Oliver O'Grady, un prédateur d'enfants systématiquement protégé par ses supérieurs, qui l'ont déplacé de paroisse en paroisse alors que les plaintes contre lui s'accumulaient.
Il faut voir le regard éberlué d'un de ses supérieurs lorsqu'un tribunal lui demande enfin des comptes. « Je n'avais pas fait la connexion. Dans un cas, il s'agissait d'une petite fille. Dans l'autre, d'un petit garçon. Donc je n'ai pas fait le lien... »
Comprenez qu'un viol sur une petite fille est naturel, tandis qu'un viol sur un petit garçon relève de l' "homosexualité" et qu'il est donc "contre nature" aux yeux de cet évêque, dont l'incompétence en humanité explose à l'écran. Derrière le costume sacralisé perce le vieux célibataire pétri de certitudes sur la morale sexuelle, mais dont les connaissances sont si brumeuses qu'il est incapable de faire la différence entre homosexualité et pêdophilie, et plus encore entre le consentement et le viol... Il ne faut pas s'étonner qu'avec des serviteurs aussi qualifiés, l'Église soit partie en guerre contre l'homosexualité, tout en organisant le viol tournant de prêtres pédophiles.
Caroline Fourest
in C-H du 23/04/2008
05 mars 2008
Bagneux : une jeune homme victime de violences antisémites et homophobes
Un jeune homme de 19 ans, de confession juive, a été séquestré à Bagneux (Hauts-de-Seine) le 22 février par un groupe de 6 jeunes. Il a été insulté et battu à coups de poing et de pieds pendant plusieurs heures. Selon une source judic! iaire, les agresseurs lui auraient fait subir des sévices à caractère antisémite et homophobe. Ils auraient écrit « sale juif » et « sale pédé » sur son visage, l'auraient obligé à avaler des mégots de cigarette et à sucer un préservatif déroulé sur un bâton.
Les six jeunes on été mis en examen pour "violences en réunion en raison de l'appartenance véritable ou supposée à une race ou à une religion et en raison de l'orientation sexuelle, séquestration en bande organisée, actes de torture et de barbarie, vol aggravé, extorsion et menaces". Ils auraient reconnu « à peu près l'ensemble des faits".
Cette affaire ignoble montre que le racisme, l'antisémitisme et l'homophobie naissent à la même source, la déshumanisation de l'Autre, et se traduisent par des actes similaires.
Comme très souvent dans les agressions homophobes, il apparait que les auteurs présumés sont des mineurs et de jeunes adultes, âgés de 17 à 24 ans. D'où la nécessité, systémat! iquement répétée par SOS homophobie, d'un politique ambitieuse! de prévention de l'homophobie à destination de l'ensemble de la jeunesse.
En présentant la semaine dernière le Plan santé des jeunes, la ministre de la Santé annonçait « la conduite d'une politique gouvernementale vigoureuse de lutte contre l'homophobie ». Plus que jamais, il est temps que le gouvernement passe aux actes, en appliquant les circulaires de l'Education nationale relatives à la prévention, et en permettant aux associations d'y concourir, comme le Président de la République s'y est engagé.
Il est temps aussi que cesse le soutien inconditionnel de l'UMP à Christian Vanneste, condamné pour avoir déclaré que « l'homosexualité est une menace pour la survie de l'humanité », car des témoignages reçus par SOS homophobie montrent que de tels propos peuvent ne pas être sans influence sur les agresseurs. En 2007, un homme agressé dans la rue à Metz nous a rapporté les propos tenus par son agresseur lors de la confrontation au commissariat : « Sale P! D, si tout le monde était comme toi ce serait la fin de l'humanité ».
SOS homophobie étudie la possibilité de se porter partie civile aux côtés de la victime de Bagneux, à laquelle elle exprime son plein soutien.
Source : SOS Homophobie
24 février 2008
Robert Badinter : "Nous sommes dans une période sombre pour notre justice"
Nicolas Sarkozy a demandé, vendredi 22 février, au premier président de la Cour de cassation de lui faire des "propositions" pour que la rétention de sûreté des criminels dangereux à leur sortie de prison s'applique immédiatement. Le Conseil constitutionnel avait pourtant censuré une telle application, jeudi. Qu'en pensez-vous ?
Il est singulier de demander au plus haut magistrat de France les moyens de contourner une décision du Conseil constitutionnel, dont le respect s'impose à toutes les autorités de la République selon la Constitution elle-même. Si le président entend passer outre la décision du Conseil, une voie lui est ouverte : demander au Parlement la révision de la Constitution. Rendez-vous au Congrès !
Comment interprétez-vous la décision du Conseil constitutionnel ?
Le Conseil constitutionnel a admis la conformité à la Constitution de la rétention de sûreté. Mais, dans le même temps, tout en disant que ce n'est pas une peine, il la traite comme telle, en déclarant qu'elle ne peut être rétroactive. En pratique, le système ne sera pas applicable avant quinze ans. Et même après, sa mise en oeuvre risque d'être problématique. En plus de la censure de la rétroactivité (de la loi pénale la plus dure), le Conseil constitutionnel a fait une réserve d'interprétation importante, en imposant à la juridiction compétente de "vérifier que la personne condamnée a effectivement été en mesure de bénéficier, pendant l'exécution de sa peine, de la prise en charge et des soins adaptés au trouble de la personnalité dont elle souffre".
D'où l'alternative : soit les soins n'ont pas été donnés et le détenu ne pourra pas aller dans un centre de rétention de sûreté ; soit la prise en charge et le traitement sont intervenus - ce qui implique que la prison aura bénéficié de toutes les ressources nécessaires, changement radical par rapport à la situation actuelle - et dans ce cas, il n'y aura sans doute pas lieu de l'envoyer dans un centre de rétention de sûreté. Nous retrouvons là une situation proche de la loi sur l'ADN : le Conseil constitutionnel la valide, mais en fait elle est quasiment inapplicable. De surcroît, d'ici quinze ans, la majorité politique aura sans doute changé.
Le Conseil a donc retiré une partie du venin de la loi. Mais il a accepté le principe de la détention pour dangerosité, hors toute commission d'infraction. Qui ne voit le brouillard dans lequel on va plonger la justice ? On crée l'emprisonnement pour raisons de dangerosité, concept éminemment flou. Une personne sera enfermée, non plus pour les faits qu'elle a commis, mais pour ceux qu'elle pourrait commettre. On perd de vue l'un des fondements d'une société de liberté. On est emprisonné parce que l'on est responsable de ses actes. Nous passons d'une justice de responsabilité à une justice de sûreté. C'est un tournant très grave de notre droit. Les fondements de notre justice sont atteints. Que devient la présomption d'innocence, quand on est le présumé coupable potentiel d'un crime virtuel ?
Mais ce tournant est désormais constitutionnel.
Lorsque j'étais président du Conseil constitutionnel (1986-1995), j'avais posé sur mon bureau une affichette : "Toute loi inconstitutionnelle est nécessairement mauvaise. Mais toute loi mauvaise n'est pas nécessairement anticonstitutionnelle." Le fait que la loi sur la rétention de sûreté ait été jugée conforme à la Constitution ne change pas sa nature : ce sera toujours une mauvaise loi. Il y a eu des heures de gloire pour la justice : la fin de la torture, du bagne, l'abolition de la peine de mort, la possibilité pour un citoyen français de faire un recours à la Cour européenne des droits de l'homme. Aujourd'hui, nous sommes dans une période sombre pour notre justice.
Si la gauche revient au pouvoir, va-t-elle abroger cette loi ?
Quand la gauche reviendra au pouvoir, je souhaite qu'elle supprime cette loi sur la rétention de sûreté. Elle n'en sera pas quitte pour autant. Il faut repenser le traitement des criminels dangereux. Des solutions sont là, inspirées des exemples hollandais et belges.
Il faut, dès le début de l'instruction, procéder aux examens pluridisciplinaires nécessaires pour établir un diagnostic de l'auteur présumé du crime. A partir de ce diagnostic, s'il est affecté de troubles graves de la personnalité qui relèvent d'un traitement médico-psychiatrique, il est placé dans une structure hospitalière fermée, pour une durée indéterminée, variant selon son état. Ou bien il apparaît qu'il peut répondre de son acte devant la justice, et on doit utiliser le temps de l'emprisonnement, de longue durée s'agissant de criminels, aux traitements nécessaires. Il ne faut pas que la prison soit un temps mort. Cela vaut pour tous les prisonniers et encore plus pour tous ceux qui sont atteints de troubles de la personnalité. Mais cela demande un investissement important, auquel la France ne s'est pas résolue.
Craignez-vous un nouveau durcissement de la loi ?
Le prochain fait divers saisissant nous le dira. Lorsqu'un crime grave aura été commis par une personne qui aura tué ou violé plusieurs années auparavant, mais n'aura été condamnée qu'à une peine de dix ans par exemple, au lieu des quinze ans prévus par la loi, on demandera l'abaissement de ce seuil à ce niveau. Ainsi, par touches successives, on verra s'étendre le domaine de la rétention de sûreté.
Propos recueillis par Alain Salles
16 février 2008
Laissons les enfants en paix (Communiqué de La Paix Maintenant)
Après avoir chassé en terre chrétienne (discours de Latran), puis musulmane (discours de Riyad), le Président de la République française chasse maintenant en terre juive (discours lors du dîner annuel organisé par le Crif). C’est logique. A chaque fois, il a exposé sa même vision du rôle des religions, en particulier à l’école. Sur cet aspect des choses, nous ne pouvons que renvoyer à notre communiqué « Le chanoine et la République » (http://www.lapaixmaintenant.org/communique1737).
Tout aussi préoccupant : en terminant son allocution lors de ce dîner, le Président de la République a demandé au gouvernement, et plus particulièrement au ministre de l'Éducation nationale, Xavier Darcos, "de faire en sorte que, désormais, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d'un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah".
Nous joignons notre voix aux nombreuses protestations qui se sont déjà exprimées.
En premier lieu, mieux vaudrait, quand on tente d'imposer un devoir de mémoire, disposer de connaissances en histoire : rappelons que ces quelques 11 000 enfants juifs déportés de France n’avaient pas tous la nationalité française, et pour cause (faut-il rappeler les lois anti-juives de Vichy ?).
Nous savons aussi que l’histoire et l’émotion font souvent mauvais ménage. Jouer sur le registre de l’émotion, pour ce sujet comme sur d’autres, c’est jouer avec le feu, en particulier à l’école.
Enfin, nous pensons que, si la mémoire de tous les enfants victimes de la Shoah, prise dans son ensemble, appartient à l’humanité tout entière, celle de chacun d’entre eux est singulière et n’appartient à personne en particulier. De quel droit propose-t-on de "confier" cette mémoire, et qui plus est, à des enfants de 10 ans?
Les enfants ne sont pas, ne doivent jamais être, des objets qu’on manipule. Ni les morts, ni les vivants.
La Paix Maintenant
15 décembre 2007
Ode de Calixthe Beyala à Khadafi ... la honte !
Dans une tribune au Figaro le 11 décembre 2007, Calixthe Beyala a dressé une ode à Khadafi. On peut y lire :
"Le colonel Kadhafi est un homme hautement respecté dans son pays et en Afrique. Ce respect n’est pas lié, comme aiment à le clamer les langues chagrines, aux pétrodollars, dont, dit-on, la Libye regorge, mais à ses actions. Il a été de tous les combats de libération des peuples opprimés. Les combattants de l’ANC en Afrique du Sud ont été heureux de le compter parmi leurs plus grands soutiens, et les Noirs maltraités de l’ancienne Rhodésie lui doivent un morceau de leur accession à l’indépendance. Autour de sa personnalité se cristallisent les mille espoirs de l’Afrique de demain, celle qui aspire au bien-être, celle qui veut compter et compte déjà dans le concert des Nations, celle qui, pleine d’espoir et dont les yeux sont braqués sur l’horizon 2015, attend impatiemment que se confirme la création des États-Unis d’Afrique, cette organisation qui la verra plus forte, plus unie, plus que jamais pacifiée. Oui, Kadhafi en est un des symboles forts, il en est ainsi, et pour moi qui ai visité à maintes reprises la Libye, je n’y ai point vu de peuple opprimé tel que décrit dans la presse, je n’ai point rencontré d’homme affamé, mourant sur les trottoirs. Tout au contraire, j’ai été dans des hôpitaux gratuits, ultramodernes, où chaque ci toyen avait accès aux soins ; j’ai rencontré des hommes heureux de me dire qu’à vingt-cinq ans, chacun d’entre eux avait automatiquement droit à un appartement climatisé avec eau et électricité ; j’ai rencontré des jeunes femmes rieuses, voilées certes, mais souriantes, car, grâce à Kadhafi, elles fréquentent de plus en plus les universités, elles sont avocates, femmes d’affaires, médecins, malgré le courroux des chefs religieux, qui voient leur pouvoir s’effriter face à cet homme qui a donné une place importante aux femmes dans un pays musulman ; ce n’est pas moi qui le dis, mais les statis tiques des Nations unies soulignent qu’au pays du Guide, un fonctionnaire sur cinq est une femme. J’y ai vu de magnifiques avenues, des enfants scolarisés, je n’y ai pas vu de Libyens faisant la queue devant les ambassades étrangères pour y quémander un visa, afin de fuir leur terre. Bien sûr qu’il traîne comme tout un chacun des scories, mais cela mé rite-t-il un tel déchaînement de haine, d’anathèmes ? Pour ma part, je n’ai malheureusement pas vu, à la courte échelle de ma vie, un pays parfaitement démocrate, égalitaire ou du moins pratiquant une équité sans faille."
Au sujet des protestations de Rama Yade, elle écrit préférer : "entendre Rama Yade, notre jolie sous-ministresse aux Droits de l’homme, tenir des propos aussi insultants contre la Chine et plus particulièrement la Russie. C’est curieux, mais on a la désagréable impression qu’elle ne retrouve sa langue que lorsqu’il s’agit de l’Afrique. Curieux !"
Elle est en revanche beaucoup plus séduite par le discours de Nicolas Sarkozy : "Je me suis toujours opposée aux discours de Sarkozy relatifs à l’Afrique. Voilà qu’il me plaît qu’il reçoive le colonel Kadhafi avec les honneurs dignes de son rang. Voilà qui me fait sourire. Voilà qui me met quelque baume au cœur. Voilà qui apaise quelque peu les relations France-Afrique. Voilà qui réconcilie quelque peu, juste un petit peu, les Afro-Français avec leur nouveau président."
in http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/12/14/1868-france-ode-de-calixthe-beyala-a-khadafi
08 décembre 2007
Sarkozy et la double bourde sur l'Algérie (Caroline Fourest)
Nicolas Sarkozy n’aime pas jouer sur les mots. Trop intellectuel. Les sondages sont ses seuls garde-fous. Pour le reste, la réflexion, la précaution, la sémantique, c’est un peu comme la séparation des pouvoirs. Un principe poussiéreux, invoqué par les hommes qui pensent pour freiner ceux qui courent. Autant dire un complot anti-Sarkozy.
Réfléchir sur les raisons de la radicalisation actuelle des violences urbaines ? Vous n’y pensez pas ! « Expliquer l’inexplicable reviendrait à excuser l’inexcusable » ! Tolérance zéro pour la pensée divergente ! Le tout au nom de la lutte contre la pensée unique bien sûr.
Pourtant, cette semaine, même les intellos adeptes de la pensée unique du président ont dû se gratter sous le crâne en entendant leur homme d’action préféré prononcer — par deux fois — le mot « islamophobie ». En réaction aux propos antisémites du ministre des anciens combattants algériens, le président de la République français s’est dit décidé à combattre au même titre l’ « antisémitisme et l’islamophobie ».
Il l’a dit une première fois à son retour de Chine, au 20h, puis il a récidivé quelques jours plus tard en Algérie. Sans que, visiblement, aucun argument d’ordre intellectuel n’ait réussi à perturber son cerveau reptilien d’homme d’action.
Voilà pourtant des années que l’on met en garde contre le danger d’utiliser le mot « islamophobie » (littéralement phobie envers l’Islam) pour parler du racisme envers les Musulmans. Car si le racisme envers les Musulmans existe et doit être combattu, la critique de la religion ou d’une idéologie — elle — ne peut être confondue avec du racisme. À moins de considérer que toute critique d’une idéologie ou d’une religion est raciste. Et donc un délit.
Le président de la république aurait pu promettre de combattre « l’antisémitisme et le racisme ». Mais il a préféré laisser pensé qu’il allait se battre équitablement contre tous ceux qui critiqueraient les Juifs et les Musulmans… en tant que religieux voire en tant que religions ! Quitte à porter plainte aux côtés de l’UOIF contre Charlie Hebdo si nous publions des caricatures de Mahomet ?
À l’époque du procès, Sarkozy le candidat nous avait envoyé un fax de soutien. A-t-il seulement pris le temps de le lire ? Le fax serait arrivé moins vite… Mais la réflexion aurait peut-être survécu à l’action. Et Nicolas Sarkozy dirait aujourd’hui moins de conneries.
Il éviterait notamment de parler de « réparation » pour annoncer un programme de discrimination positive en faveur des enfants de harkis à son retour d’Algérie. Il aurait pu s’engager contre les discriminations favorisées par l’imaginaire post-colonial, au nom de l’égalité. Il aurait pu reconnaître le rôle de l’Etat français dans le sort des harkis, au nom du devoir de mémoire. Mais non. Il a préféré parlé pudiquement de la colonisation comme d'un « système injuste », tout en promettant de tout faire pour « réparer » le sort injuste fait aux harkis. Quitte à mettre la discrimination positive non pas au service de l’égalité mais d’une lecture de l’histoire ne pouvant que générer aigreur, ressentiment et surenchère.
Sur les campus américains, aujourd’hui, des groupes noirs américains veulent exclure d’autres Noirs des bénéfices de l’ « affirmative action » sous prétexte qu’ils ne sont pas descendants d’esclaves… Tellement l’idée de « réparation » pour certains s’est substituée à l’exigence d’égalité pour tous. En y réfléchissant, Sarkozy ne pouvait trouver meilleur moyen d’importer cette machine infernale, propre à attiser les tensions intercommunautaires, et au passage raviver les plaies (encore non cautérisées) de la guerre d’Algérie. Grâce à lui, le volontarisme politique ne vise plus à aider les victimes du racisme (ce qui pourrait rassembler toutes les minorités) mais à récompenser ceux dont les parents ont le plus souffert (ce qui ouvre la voie à toutes les surenchères et à toutes les concurrences identitaires).
Jusqu’ici, seule la précision des mots permettait d’éviter tant bien que mal ce type de dérive. Grâce à une conception de l’égalité et de l’identité fragile comme du cristal. En quelques mots, le président de la république vient de briser l’antidote en milles morceaux. Gare aux éclats de verres.
Caroline Fourest
in http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/12/08/1858-sarkozy-et-la-double-bourde-sur-l-algerie
05 décembre 2007
Violences urbaines : la pensée unique du président
Les révoltes urbaines se succèdent, mais ne se ressemblent pas. La violence qui s’en dégage devient de plus en plus préoccupante. Les balles sifflent désormais. Les policiers sont pris pour cibles comme s’il s’agissait d’une simple bande rivale. Or tirer sur un policier revient à tirer sur l’État de droit. Est-ce une raison pour que la droite et Nicolas Sarkozy s’abstiennent de toute analyse et de tout esprit critique quant à leur bilan depuis 2002 ?
Au journal de 20H, le président a franchi une étape dans l’anti-intellectualisme. Analyser les raisons de cette violence reviendrait à « expliquer l’inexplicable » et donc à « excuser l’inexcusable ». Comme s’il fallait uniquement sévir et arrêter de réfléchir. Comme si on ne pouvait refuser l’inexcusable et prendre ses responsabilités en cherchant à dénouer la crise en profondeur.
Le malaise des quartiers populaires et surtout la perte de confiance en la police ne sont pas une fatalité. Contrairement à ce qu’aimeraient nous faire croire ceux qui préfèrent continuer à utiliser les mêmes recettes improductives au lieu de se remettre en question.
Des dizaines de rapports et de livres analysent les causes des violences urbaines. Le rétablissement d’une police de proximité d’un côté et de politiques publiques favorisant la mixité sociale de l’autre s’impose comme le seul horizon possible. Mais cela supposerait un mea-culpa que le président de la République ne semble pas prêt à faire. Il a balayé d’un revers de la main l’idée de rétablir la police de proximité et son projet pour l’école demeure de supprimer la carte scolaire au lieu de la redistribuer. Il veut supprimer des dizaines de milliers de postes d’enseignants alors qu’il faudrait en embaucher pour faire baisser le nombre d’élèves par classe dans les quartiers populaires… Pour les accompagner et leur redonner ce goût de l’école que certains ont perdu et font même flamber.
Quant aux parents, rendus responsables de la crise, il est moins question de les épauler, ou de lutter contre les parents violents (pouvant en effet être responsables d’une partie de cette violence reproduite par leurs enfants) que de les montrer du doigt dans leur ensemble pour mieux — encore une fois — déresponsabiliser l’Etat.
Cet orgueil coûtera cher aux quartiers et à la paix sociale.
Les habitants de ces quartiers en ont conscience. Ils doivent se serrer les coudes pour que cette violence aveugle et cette autodestruction cessent.
En se rendant à la marche silencieuse organisée par les habitants de Villiers-le-bel ce mardi 27 novembre 2007, on pouvait entendre le désarroi qu’a suscité l’incendie d’une école ou d’une bibliothèque. Un homme de 50 ans apostrophait la foule de jeunes venus protester en silence : « pourquoi la bibliothèque ? pourquoi l’école maternelle ? pourquoi avoir fait ça ? ». Une jeune fille lui répondit que tous les jeunes n’étaient pas pour les dégradations. Et de fait, beaucoup étaient là et marchaient en silence.
Reste que l’incendie d’une bibliothèque et d’une école demeure difficile à comprendre. On pourra rebâtir. Mais à condition de reconstruire aussi la jeunesse qui tous les jours s’abîme en participant à ces incendies contre l’intelligence.
Malgré les flammes, il faut nous obliger à distinguer les « meneurs » des jeunes entraînés dans ce cycle infernal. La fermeté est sans aucun doute nécessaire face aux meneurs mais attention à l’injustice envers ceux qui n’ont pas mesuré la gravité de leur geste. Elle pourrait bien transformer ces « suiveurs » en « meneurs » de demain. Lors des émeutes de novembre 2005, un jeune homme avait confié à la presse qu’il « aimerait seulement avoir un travail pour avoir l’impression d’exister ». À moins de le mettre en prison à vie pour avoir brûlé une voiture, n’est-ce pas en s’attaquant aux racines de la « crise sociale » qu’on l’empêchera de récidiver ?
Safia Lebdi (militante aux Insoumises) et Caroline Fourest
