Suite à la diffusion d'un reportage, la guerre de l'IVG a repris, à deux mois des législatives.

Contrairement à son prédécesseur, Benoît XVI n'est pas un grand voyageur. Heureusement pour lui, la technologie avance. Le 30 décembre dernier, elle a permis au vicaire du Christ de rester sur son trône, à Rome, tout en apparaissant sur écran géant à la fin d'une grande manifestation organisée en Espagne par les réseaux catholiques antiavortement.

Un reportage danois — encore eux ! — a mis le feu aux poudres, en montrant qu'il était possible d'avorter en Espagne, même à huit mois de grossesse. En effet, au lieu de reconnaître l'IVG comme un droit des femmes dans la limite de certains délais, l'interruption de grossesse y est seulement dépénalisée (depuis 1985) et soumise à conditions : en cas de viol (12 semaines de grossesse maximum), de malformations du fœtus (22 semaines) et lorsqu'il y a danger pour la santé physique ou psychique de la mère. Cette dernière appréciation psychiatrique est tellement arbitraire — voire morale — que certains experts la contournent en choisissant de ne pas examiner la mère et de lui laisser la responsabilité de ce choix. Résultat, l'Espagne attire des femmes venant de pays où l'IVG n'est pas "moralisée", mais bien encadrée par des délais.

Furieux de cette découverte, des commandos anti-IVG composés de phalangistes nostalgiques de Franco, d'intégristes et de quelques ecclésiastiques ont attaqué des cliniques. Loin de calmer le jeu, les responsables catholiques espagnols ont montré qu'ils étaient en parfaite symbiose avec cette radicalité — d'ailleurs, les Légionnaires du Christ ou l'Opus Dei, tous deux fondés par des admirateurs du Caudillo, sont très bien vus à Rome.

Ce 30 décembre, donc, il n'était pas question de dénoncer la violence contre les cliniques, mais bien de pourfendre "la culture de la laïcité radicale". Pour l'archevêque de Valence, Agustin Garcia-Gasco, il s'agirait d'une "tromperie" qui "ne conduit qu'à l'avortement et au divorce express", voire à la "dissolution de la démocratie". Des propos qui ont reçu la bénédiction de Benoît XVI en personne. En duplex, il a martelé le même refrain, en insistant sur l'importance de " l'union indissoluble d'un homme et d'une femme ".

Après cet encouragement, autant dire que les actions contre les cliniques ont repris de plus belle. Et, pour faire bon poids, suite au reportage danois, les autorités ont perquisitionné quatre établissements pour savoir si des IVG hors délai y étaient pratiquées. Fin novembre, à Barcelone, trois personnes ont même été mises en détention provisoire pour des avortements illégaux. Face à ce double harcèlement, celui des assaillants et celui de la police, trente-huit cliniques se sont mises en grève la semaine dernière pour protester contre "la persécution". Près de 1800 avortements n'ont pas pu avoir lieu.

Pour autant, le gouvernement de Zapatero tient bon et refuse d'envisager l'interdiction de l'IVG. L'Église catholique, qui le vomit, est donc décidée à lui faire payer son insoumission. Quitte à intervenir pour influencer le choix des Espagnols en cette période d'élections législatives. "L'Église catholique", a déclaré l'archevêque de Pampelune, Fernando Sébastian Aguilar, "ne peut dire de voter pour tel ou tel parti, mais peut dire "ne votez pas pour qui défend directement des actions clairement immorales (avortement, euthanasie, lois antifamiliales)". Autrement dit, pour la gauche. Et il a tenu à rappeler que la Phalange, le parti des nostalgiques de Franco, était "fidèle à la doctrine sociale de l'Église" ...

Fiammetta Venner et Caroline Fourest

in Charlie-Hebdo du 16 janvier 2008